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APFT Briefing Notes No 1-10 (Fr)

1. Forêts Tropicales: un espoir cinq ans après Rio?

  L'Assemblée générale extraordinaire des Nations Unies, qui s'est tenue fin juin pour évaluer
l'après Rio n'a pu que dresser un constat bien amer. Cinq ans après le 1er sommet de la Terre,
l'espoir né d'une mobilisation exceptionnelle s'est évanoui. Certes, entre-temps, la conscience
du péril écologique s'est largement répandue, mais cela s'est peu traduit par des actes et la
grande idée de développement durable risque bien de passer aux oubliettes de l'histoire, belle
utopie de plus.
La pauvreté comme l'appât du gain, l'égoïsme comme l'intérêt à court terme conjuguent leurs
effets, au nord comme au sud, pour rendre plus illusoire que jamais la mise en oeuvre de la
stratégie globale qu'appelle un péril mondial. Si, à des nuances près, tout le monde s'accorde
sur le diagnostic, les divergences de vues entre Américains et Européens sur la façon d'y
remédier illustrent bien la difficulté et n'augurent guère de l'avenir. Alors que les Européens
défendent des positions très volontaristes, les Américains n'ont jusqu'à présent pas voulu
ratifier de mesures contraignantes.
Le bilan "Rio+5" est inquiétant. En ce qui concerne les progrès de la désertification, les
menaces sur les écosystèmes et la biodiversité, les émissions de gaz et le réchauffement, tous
les indicateurs sont bloqués au rouge. Seule lueur d'espoir, semblerait-il, on noterait un léger
mieux en ce qui concerne les forêts tropicales. Ne nous leurrons pas. Si le rythme de leur
disparition s'est ralenti, c'est surtout lié au fait que les forêts les plus facilement exploitables ont
déjà disparu. Entre 1960 et 1990, un cinquième de la totalité des forêts tropicales a été détruit.
Ainsi en Amérique Centrale et en Afrique de l'Ouest elles sont déjà virtuellement anéanties. Ce
qui reste ailleurs est gravement menacé. Paradoxalement la forêt amazonienne qui représente la
forêt tropicale par excellence, et qui dans l'absolu paye le plus lourd tribut à la déforestation, est
proportionnellement moins menacée que celle d'Afrique centrale ou d'Asie / Océanie tropicales.
Il est difficile de proposer des chiffres précis, mais sur base des estimations actuelles, des
concessions déjà accordées aux compagnies forestières, la disparition totale des forêts tropicales
semble inéluctable. A l'échelle de la Belgique et de l'Europe que pouvons nous tenter pour
sauver cet irremplaçable patrimoine naturel? Sans renoncer à une action globale indispensable, il
parait envisageable de concentrer une partie de nos moyens et de nos efforts sur quelques
objectifs limités.
Que faire et où?
Examinons les deux régions du monde où le péril est le plus grand à brève échéance.
En Asie/ Océanie, les forêts tropicales se rencontrent encore en Indonésie et en Papouasie
Nouvelle Guinée. D'après une étude du World Resources Institute qui vient d'être publiée, leur
situation paraît moins critique que celle de l'Afrique. Sur ce continent, ce qui reste de forêt
tropicale naturelle se concentre dans le bassin du Congo. La situation y est particulièrement
préoccupante essentiellement pour trois raisons :
les guerres civiles, coup d'Etat et autres crises politiques et humanitaires ont un impact direct
(chasse, déforestation, etc.) et indirect (difficulté de contrôle, accroissement de la pauvreté,
désorganisation, voire saccage des Parcs Nationaux) dont l'ampleur nous apparaît
progressivement.
la crise économique pousse au développement de la chasse commerciale afin de satisfaire les
besoins de première nécessité dans les villages et d'approvisionner les centres urbains en
viande. La disparition des animaux, et notamment de la grande faune, menace gravement les
écosystèmes. En effet, quelques espèces clés, dont l'éléphant, jouent un rôle crucial dans la
propagation des plantes et donc du maintien de la biodiversité.
enfin, les compagnies forestières sud asiatiques, après avoir fini d'exploiter de nombreuses
régions d'Amérique, d'Asie et d'Afrique de l'ouest se rabattent sur l'Afrique centrale.
Travaillant pour le marché extrême oriental, elles ne se contentent pas des essences forestières
les plus précieuses, coupent plutôt à blanc que de façon sélective et causent ainsi de gros
dégâts.
Il ne reste donc plus beaucoup de temps pour agir. Nous avons cependant un certain nombre
d'atouts. La coopération européenne, sous toutes ses formes, est de loin la plus importante
dans une région dont nous avons une connaissance approfondie. Grâce à des programmes de la
Commission Européenne comme ceux qui portent sur les Ecosystèmes Forestiers de l'Afrique
Centrale (ECOFAC) et sur l'Avenir des Peuples des Forêts Tropicales (APFT), nous avons



 



  développé une expertise unique en partenariat avec les responsables et les chercheurs locaux.
Leur qualité et leur motivation montrent qu'ils partagent de plus en plus nos préoccupations.
Il y a là une opportunité à saisir, mais quelle stratégie développer pour sauver ce qui peut encore
l'être?
En fait il y a beaucoup d'initiatives, malheureusement souvent dispersées, voire concurrentes.
La Commission Européenne devrait prendre le leadership et mettre en place la coordination des
activités des différents intervenants. L'organisation, en avril dernier, par la Commission d'une
réunion informelle de tous ceux qui sont actifs dans le Bassin du Congo est un excellent début.
En ce qui concerne l'exploitation forestière, il faut aider les pays concernés à faire appliquer les
règlements et encourager un prélèvement le plus respectueux possible de l'environnement, et
donc le développement de la certification, c'est-à-dire l'attribution d'un éco-label de qualité aux
essences vendues sur nos marchés.
Il faut continuer à étudier les écosystèmes dont toute la complexité ne nous apparaît que très
progressivement. De ce point de vue, il ne faut plus être dupe du mythe de la forêt vierge, pur
produit de l'idéalisation de la nature par les citadins occidentaux.
Ces forêts sont habitées depuis des millénaires et leur exploitation selon les habitudes
ancestrales ont contribué à la biodiversité. Il est donc indispensable d'associer les populations à
la conservation. Ce n'est pas simple mais c'est la seule garantie de succès à long terme. De la
ville au village, les populations doivent de spectateurs devenir acteurs et donc nos partenaires
d'un développement durable.
Enfin, il faut être plus ambitieux. En effet, le résultat des recherches indiquent qu'en région
tropicale peut être plus qu'ailleurs, il faut voir grand. Les distances parcourues par la grande
faune étant considérables, il faut protéger des surfaces beaucoup plus importantes que les
réserves et les parcs actuels. Dans ce but, on peut soit réunir plusieurs aires déjà protégées par
des couloirs également contrôlés, c'est ce qui est actuellement proposé aux confins du
Cameroun, Congo Brazzaville et Centrafrique, soit préserver une seule très vaste zone d'un
seul tenant.
De ce point de vue, au centre du Bassin du Congo, le Parc National de la Salonga vient
immédiatement à l'esprit. Délimité il y a de nombreuses années, il n'existe que sur papier.
Immense, enclavé et situé dans une zone très peu peuplée, il présente une opportunité
exceptionnelle pour préserver en un ou deux blocs près de 36.000 km2, soit nettement plus que
la surface de la Belgique. Le programme ECOFAC avait prévu de l'intégrer dans ses activités.
La situation politique dans l'ancien Zaïre avait fait interrompre toute activité dans ce pays. Avec
les changements intervenus, il y a maintenant une opportunité exceptionnelle pour l'Europe et le
gouvernement du Président Kabila de faire un geste majeur pour les générations futures.
Gageons que notre pays qui a eu le rôle que l'on sait dans la création des Parcs Nationaux du
Congo aura à coeur, avec le soutien de la Communauté européenne, de soutenir une initiative en
la matière.
Pierre de Maret

QUELQUES REFERENCES
Article paru dans La Libre Belgique, dans la rubrique Université díEté, 11/08/1997
Pierre de Maret est professeur díAnthropologie à líUniversité Libre de Bruxelles et Directeur du
programme APFT.



 




2. Conférence Trinational Sangha River Yale University,
  25-29 sept. 1997

  Líobjectif de cette réunion était de promouvoir une meilleure communication entre trois projets
de conservation :·
dans la zone du lac Lobeke (Cameroun);·
Dzanga-Sangha (RCA);·
Nouabale-Ndoki (Congo).
Ce symposium avait aussi pour but de réunir des chercheurs (en sciences humaines -
préhistoire, histoire, anthropologie- et en sciences naturelles -écologie...) avec des responsables
díaires protégées, des praticiens du développement et des responsables nationaux des
ministères concernés.
Cinq représentants díAPFT ont participé à cette conférence :
- Serge Bahuchet (LACITO);
- Edmond Dounias (ORSTOM);
- Alain Froment (ORSTOM);
- Daou V. Joiris (ULB);
- Manuel Thuret (LACITO).
Au cours de la deuxième session, «Knowledge and policy interactions in Conservation », Daou
V. Joiris fit une communication sur ë les contraintes anthropologiques dans le cadre des projets
de conservation en Afrique Centraleí.
Serge Bahuchet et Edmond Dounias sont intervenus en tant que commentateurs.
Cette communication traita des princi-paux critères socio-culturels que les programmes de
conservation dans les forêts tropicales devraient prendre en considération. Ces critères sont
spécifiques aux économies forestières en Afrique Centrale. Il faut aborder en détails la question
des terroirs coutumiers. Il faut aussi envisager les changements socio-économiques causés par
la gestion díaires protégées. La présentation fut illustrée par des études de cas dans le cadre du
programme ECOFAC.
La troisième session à laquelle participa M. Thuret traita des approches de conservation dans la
région de la Sangha.
Plusieurs points ont été soulevés au cours de ces discussions :
Díune manière globale, beaucoup díefforts restent à faire pour que les gestionnaires des aires
protégées entendent les arguments émanant des sciences humaines, cíest-à-dire prennent en
compte díune manière plus efficace les facteurs humains;
En ce qui concerne líaccès aux ressources forestières par les populations locales, les
recommandations díAPFT pour ECOFAC rejoignent celles faites dans la zone de Lobeke par le
consultant du WCS (Bryan Curran, études socio-économiques) pour les plans díaménagement
(cíest-à-dire délimiter une zone à exploitation villageoise correspondant plus ou moins aux
terroirs coutumiers); toutefois cette idée est difficilement acceptée par les gestionnaires des aires
protégées;
Une certaine confusion se manifeste dans les divers types de juridiction auxquels répondent les
surfaces protégées -zones périphériques, réserves de faune, " forestières " ou "spéciales", parc
national, zones à usages multiples, etc;
Un accent est mis sur líimpact du braconnage et du commerce de viande sauvage, sans que
soient mis en évidence les raisons díun tel commerce, tout en entretenant la confusion entre
chasseurs traditionnels et braconniers professionnels originaires díautres régions;
Les aires protégées de Dzangha-Sangha, RCA et de Nouabale-Ndoki, Congo, proposent des
plans díaménagement arbitraires du point de vue humain.
Plusieurs collaborations futures sont envisagées :
APFT propose au projet trinational de centraliser la bibliographie sur la zone moyennant son
intégration dans la bibliographie du site APFT;
Publication de la communication de Daou V. Joiris dans les actes du colloque;
En 1999, participation díAPFT à la seconde conférence du projet trinational en Afrique, qui
aura lieu à Yaoundé ou à Ouesso. Cette même année se tiendra la réunion de synthèse APFT-
Afrique;



 



  Contact avec plusieurs responsables de la GTZ en charge de tout le volet développement pour
les aires protégées en République Centrafricaine et au Congo;
APFT pourrait prendre en charge la publication des résultats de ces projets en sciences
humaines pour assurer une meilleure diffusion.
Daou V. Joiris

QUELQUES REFERENCES
Daou V. Joiris : « Les contraintes anthropologiques dans le cadre des projets de conservation en
Afrique Centrale », Colloque Trinational Sangha River Conference, Université de Yale, 25-29
Septembre 1997. A paraître dans les actes du Colloque.
Daou V. Joiris est anthropologue et coordinatrice des expertises díAPFT.
Civilisations, Vol. XLIV, N° 1-2, «Les Peuples des Forêts Tropicales : Systèmes traditionnels
et développement rural», Janvier 1997.



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