| Deux choses sont frappantes en ce qui concerne la catastrophe actuelle, outre son
échelle clairement dévastatrice et la complexité des facteurs techniques impliqués. La première ressort des deux précédents paragraphes; cíest que cette catastrophe est simultanément globale, régionale et locale. La seconde concerne les perceptions et les représentations des différents acteurs. Sauf preuve contraire, ce qui est largement montré -et spécialement dans les communiqués de presse des porte-paroles des gouvernements- comme un désastre ënaturelí, a en fait ses racines dans les activités díêtres humains, et dans les politiques à long terme des gouvernements et des sociétés. Il níest pas nouveau de décrire comme ënaturellesí des causes qui sont dans une grande mesure sociales ou culturelles. Nous faisons tous cela, assez innocemment, la plupart du temps. Les forêts tropicales, comme nous líavons déjà dit, ne sont ënaturellesí que dans ce sens. Cependant, ce serait une calomnie si le blâme pour ces feux et ce smog polluant était rejeté au nom díune catastrophe naturelle face à laquelle les gouvernements et le commerce sont impuissant, ou síil devait se répercuter sur les fermiers locaux qui utilisent quotidiennement le feu pour modifier la forêt et qui pendant des milliers díannées ont assuré par là la richesse de ses espèces et la productivité économique. Roy Ellen et Bill Watson |
| 5. Le Nouveau Millenium, líUnion Monétaire Européenne et le |
| Pape |
| Les cultes du cargo, une sorte de mouvement religieux millénariste, sont présents
en Papouasie Nouvelle Guinée depuis les premiers contacts avec les Européens. Une littérature substantielle existe sur ce sujet aujourdíhui. Les cultes cargo fleurissent en temps de crise. Ils incluent des éléments de protestation, díadaptation et díaffirmation de soi dans un monde en rapide évolution . On peut les envisager comme des essais désespérés díexpliquer par des moyens traditionnels les changements imposées de líextérieur, incorporer ces changements dans la matrice culturelle existante et de récolter une partie des bénéfices de líéconomie occidentale. Ces cultes forment une strate idéologique sous-jacente partagées par les sociétés rurales en Papouasie Nouvelle Guinée, tandis que la niche occupée auparavant par les dirigeants coloniaux líest maintenant par les élites rurales et urbaines expatriées. Etant donné que la Papouasie Nouvelle Guinée níest pas un pays de citadins scolarisés ayant un accès limité au flux díidées et de pensées transnational et international, il suffit díun déclic approprié pour déclencher une activité millénariste. Dans beaucoup de régions de Papouasie Nouvelle Guinée des signes montrent que les idées du cargo et millénaristes sont relancées par líapproche du millenium. Cet événement est spécial, non seulement pour líEglise catholique qui a déclaré lían 2000 comme une année de Jubilé, mais aussi pour les expatriés non cléricaux et les membres de líélite urbaine. En outre, la présence díopérations minières et díexploitation forestière dans de nombreuses zones du pays fournit à la population rurale une ample justification à son sentiment de crise, de ressentiment et de changement. La situation est aggravée par la diffusion díune mauvaise information. Par exemple, on prévoit que líUnion Monétaire Européenne englobe le monde entier, rendant la monnaie locale, le Kina, obsolète et permettant au Pape (un européen) de reprendre le gouvernement de ce monde uni. De tels événements sont interprétés comme la réalisation des prophéties de líAncien Testament. Les prédicateurs radicaux amé-ricains sont particulièrement actifs pour lier líEurope au règne de líAntéchrist qui va précéder la seconde venue du Christ (et la fin du monde). Leurs publications sont disponibles dans beaucoup de librairies religieuses en PNG et leurs idées síétendent ensuite aux aires rurales par líintermédiaires des visiteurs des villes. Un exemple : Morris Cerullo (666 par 1999 ? Attention à líEconomie Globale en Explosion !, San Diego, 1991) voit le CEE comme "líéconomie mondiale la plus grande et la plus riche" (p.11), et affirme quíune devise européenne unique, " est prophétiquement significative parce que dans les Révélations, Chapitre 13, il est dit quíil va y avoir une résurgence de líancien Empire Romain, qui existait du temps de la Première Venue du Christ. Ce nouvel Empire Romain prendra vie avec la Seconde Venue du Christ. Les nouveaux Etats Unis díEurope seront comme cet ancien Empira Romain" (p.12). De plus, "Le Chancelier Kohl a déclaré : ëNous Allemands voulons étendre la CEE au sein de líUnion Européenne. Notre objectif central est, et continuera à être, líunification politique de líEurope.í Le résultat final de cet objectif sera líétablissement díune Europe unifiée qui mènera le monde, sous le règne de líAntéchrist, à sa plus haute gloire, et, en fin de compte, à sa plus grande catastrophe." (pp. 13-14). Il conclut : "Partenaire, écoutez bien ceci : La Communauté Européenne (CEE) est destinée par le plan final de Dieu à émerger comme la puissance mondiale principale du 21ème siècle." (p.15). Une telle rhétorique favorise les attentes locales syncrétiques pour le tournant du millenium, et ces espérances influencent, évidemment, des décisions prises en ce qui concerne líexploitation forestière et minière. Ces opérations qui entraînent des changements à grande échelle dans les environnements ruraux peuvent être perçus par les villageois comme des nécessités cataclysmiques (les Catholiques) précédant le gouvernement monolithique du Pape, dont ils profiteront ; ou comme étant díaucune importance puisquíil níy a pas de futur après lían 2000 (dénominations radicales). Donc, les attentes rurales pour le tournant du millénaire peuvent avoir de sérieuses conséquences pour líétat du pays et de ses ressources après lían 2000. En effet, les efforts faits pour stopper líépuisement des ressources naturelles de Papouasie Nouvelle Guinée, tels que la promotion des commerces à petite échelle, líagriculture de rente, les scieries portables ou les programmes de sensibilisation de propriétaires terriens, sont peut-être inappropriés dans |
| certaines régions. Par exemple dans la Province rurale Sepik à líEst, "LíAssemblée
de membres de líEglise de Dieu misent presque littéralement sur le retour du Christ en lían 2000 et la destruction ultérieure du monde par le feu. Les gens estiment que couper la forêt est une bonne manière de générer des revenus puisque tout sera de toute façon détruit. Il y a aussi une perspective très fataliste de líenvironnement et de la sécurité économique générale - les gens croient que les deux dépendent ëde la volonté de Dieuí et ne sont pas sous contrôle humain." (Jolene Stritecky, communication personnelle). Les sociétés malaises díexploitation forestière ont déjà pris avantage díune telle attitude et utilisent la notion de fin du monde imminente pour obtenir líaccord des propriétaires terriens pour leurs opérations (e.g., avec le peuple Kasua de la Southern Highland Province, Florence Brunois, communication personnelle). A Enga, beaucoup de personnes ne voient pas la raison de planter des cultures de longue durée telles que le café ou les Pandanus, des cultures qui nécessitent plusieurs années pour produire, et qui sont généralement plantées par les pères pour líusage de leur fils (Charles Yala, communication personnelle). Ces quelques exemples ne sont pas exceptionnels; les idées millénaristes semblent être répandues à travers tout le pays. Une enquête préliminaire effectuée en avril de cette année à líUniversité de Papouasie Nouvelles Guinée, a montré que 46 des 55 étudiants interrogés faisaient état de la présence de croyances millénaristes semblables au sein de leur village. A retenir : En Papouasie Nouvelle Guinée, la pensée millénariste encourage líexploitation à court terme de la forêt, sans envisager une gestion durable des ressources puisque, dans les esprits, la fin du monde est proche. Christin Kocher-Schmid QUELQUES REFERENCES Burridge, K. (1960) Mambu. A Melanesian Millennium. London: Methuen & Co. Lawrence, P. (1964) Road Belong Cargo. A Study of the Cargo Movement in the Southern Madang District, New Guinea. Melbourne: Melbourne University Press. Wanek, A. (1996) The State and its Enemies in Papua New Guinea. (Nordic Institute of Asian Studies Monograph Series 68) Richmond (Surrey) Curzon Press. Worsley, P. (1957) The Trumpet Shall Sound. A Study of 'Cargo Cults' in Melanesia. London: Paladin. |
| 6. La sécheresse en PNG |
| Lié au phénomène díEl Niño, le type de temps actuel, qui a causé
des conditions de sécheresse importantes et anormales à travers líAsie et líAustralie, affecte particulièrement líîle de Nouvelle Guinée. La nation de la Papouasie Nouvelle Guinée qui occupe la moitié Est de líîle est durement touchée. La plupart de ses habitants vivent dans des zones rurales et comptent sur líéconomie de subsistance. Habituellement la Papouasie Nouvelle Guinée est un pays assez humide et nuageux et ainsi líagriculture de subsistance est adaptée à ces conditions climatiques. Les cultures de base peuvent tolérer certaines conditions de sécheresse mais ne peuvent pas survivre lors díépisodes prolongés. La situation síest aggravée avec les gels plus tôt cette année qui, en haute altitude, a détruit les cultures de pommes de terre. Aujourdíhui plus de 650.000 personnes (sur une population de 3,9 millions) sont nourries par les gouvernements et des organisations díaide étrangères. En plus, comme des pluies sont attendues tôt cette année, ce nombre va augmenter parce que des nouveaux jardins níont pas pu être plantés pendant la sécheresse. Les météorologistes prévoient que ce temps sec va continuer. Cela signifie que les gens vivant dans les zones de plaines seront aussi affectés. Là ils comptent sur le palmier sago mais ils ont besoin de beaucoup díeau pour extraire líamidon de la chair. La situation est aggravée par certains facteurs reliés à la sécheresse : Líeau : líeau potable síépuise dans de nombreuses zones rurales. Les habitants doivent parcourir des kilomètres pour chercher de líeau potable et les sources sont souvent polluées. Les personnes âgées et les bébés meurent de maladies comme la typhoïde. La nourriture : on rapporte depuis les zones les plus affectées que des personnes meurent après avoir mangé des aliments sauvages non comestibles. Le feu : les cultivateurs de Papouasie Nouvelle Guinée brûlent généralement la végétation sèche pendant la saison sèche avant díétablir de nouveaux jardins. On a perdu le contrôle de beaucoup de ces feux et de grandes zones sont plongées dans des épais nuages de fumée. Dans certaines régions, les feux ont balayés les forêts primaires qui sont une importante attraction touristique. Mt Wilhem, líaire de faune protégée à une altitude de 4502 m, est à présent en flammes. Les feux ont aussi détruit les plantations alimentaires restantes, les fruits díarbres et les habitations. Le smog : les problèmes ne se limitent pas à des dégâts causées directement par le feu. Les épais nuages de fumée causent des maladies respiratoires et tuent la faune (un récent message sur Internet parle de marsupiaux arboricoles morts découverts sur le sol de la forêt). Le smog a aussi causé une mauvaise visibilité et le trafic aérien a été suspendu dans de nombreuses régions du pays, tandis que les parties les plus éloignées étaient tout simplement isolée. Ce smog níest pas seulement de résultat de feux locaux. Des nuages de fumée énormes générés ailleurs en Asie du Sud-Est glissent maintenant au sud et à líouest vers la Nouvelle Guinée et líAustralie du Nord. Líinfrastructure est également salement touchée. Les niveaux díeau des barrages díénergie hydro-électriques sont bas et les interruptions de courant dans les centres provinciaux sont fréquentes. La capitale fait face à des rationnements díénergie et díeau. Beaucoup díécoles et de bureaux díaide sont contraints à fermer. Il níy a plus díeau dans les réserves et plus de nourriture. Le rapport de líAAID (Agence Australienne pour le Développement International) sur la situation estime quíapproximativement 50% des écoles communautaires (servant de maisons de la culture) étaient déjà fermées en octobre à cause du manque de résistance des étudiants et du besoin de chercher de la nourriture et de líeau (Allen & Bourke, p. 3). Díaprès les récents rapports du gouvernement (The National, 14/11/97), 6.4 millions de kina (à peu près £2.56 millions) sont nécessaires chaque mois pour nourrir la population dans les zones les plus sévèrement affectées. LíAustralie contribue actuellement pour un montant de 4 millions de dollars australiens par mois à líaide directe, mais cependant les vols díapprovisionnement des Forces de Défense Australiennes sont gênés par le smog. Síil doit payer líaddition, le gouvernement va devoir geler les nouveaux projets et réduire les services |