Section 6

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    - Langues

    - Ethnoécologie

et occupation de l'espace)
  1. - Organisation sociale et politique, vie familiale
    ( cf. aussi section 3 : Etudes par ethnie)
  1. - "Problème amérindien" : le choc entre les cultures
    (étant donné la labilité des écrits sur ce thème très lié à l’actualité, cette section de la bibliographie n’indique que des textes qui m’ont paru importants)
Albert, B., 1990, Développement et sécurité nationale : les Yanomami face au projet Calha Norte, in Brésil : Indiens et développement en Amazonie, Albert, B., ed., Ethnies, 11-12 : 128-135, Survival International-France, Paris. Ricardo, C.A., & Rocha, G., 1990, Compagnies minières et terres indiennes, in Brésil : Indiens et développement en Amazonie, B.Albert, ed., Ethnies, 11-12 : 28-32, Survival International-France, Paris.
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(4 - Questions d’anthropologie Guyanaise)

Même
si nos préoccupations dominantes sont les rapports que les sociétés entretiennent avec leur environnement, j’évoquerai ici un certain nombre de points d’ethnologie régionale, qui à un moment ou à un autre, même de façon transverse, concerneront immanquablement les chercheurs du programme APFT. J’attirerai d’ailleurs ici l’attention sur le fait que les recherches en ethnoécologie et en ethnoscience pour les Amérindiens des Guyanes sont rares, ne concernant pratiquement que les Yanomami et les Wayãpi, et dans une moindre mesure les Wayana. Une lecture transverse des autres travaux ethnographiques permet cependant d’extraire de nombreuses données touchant à ces domaines.

En revanche il existe de nombreux et excellents textes concernant la civilisation matérielle, ce qui servira considérablement notre recherche. De ce point de vue il serait très important d’avoir une approche comparative dans ce domaine avec :

- à l’est de la région, une comparaison entre les peuples de langue tupi et ceux de langue karib;

- dans les zones côtières, l’interpénétration des ethnies de langue arawak et les Karib (Kaliña);

- à l’ouest, une comparaison entre les Yanomami, les Piaroa et les ethnies de langue karib.

Mais ce sont aux domaines de l’anthropologie sociale et de l’histoire qu’appartiennent les grandes questions de l’ethnologie guyanaise.

Les sociétés du Plateau des Guyanes présentent de grandes affinités du point de vue de l’organisation sociale. Selon le mot de Peter Rivière, la plupart des groupes “au nord de l’Amazone n’ont aucun groupement social formel qui présente une quelconque permanence, ne formant en aucune sorte des corps organisés”.

Il semble cependant que cette affirmation s’applique avant tout aux ethnies de langue karib qui ont marqué le faciès culturel de la région peu de temps avant l’arrivée des Européens et poursuivi cette emprise pendant trois siècles après leur arrivée. Cet aspect intrusif est d’ailleurs confirmé par plusieurs mythologies indigènes (Wapishana, Warrau, Arawak, Palikur). L’expansion des peuples de langues karib, bien que controversée, semble de plus en plus s’être faite à partir des hautes terres de l’ouest des Guyanes; archéologie et linguistique sont désormais en accord sur ce point.

Les évidences archéologiques et ethnohistoriques se font en effet de plus en plus nombreuses depuis deux décennies pour suggérer que le panorama culturel ancien était sans doute différent. Ainsi des sociétés claniques (patrilinéaires ou matrilinéaires) comme celles des Arawak-Lokono, des Palikur ou des Wapishana étaient sans doute plus nombreuses jadis et correspondaient sans nul doute à des organisations politiques et territoriales plus lourdes et plus rigides. Pour les zones côtières, on possède également l’évidence de systèmes agricoles intensifs renvoyant eux aussi à des organisations sociales aux structures complexes.

On peut se demander dans ce cas si l’irruption des Européens n’a pas permis le remplacement des ordres anciens par le système social moins formel, adapté à des communautés plus petites, qui était celui des ethnies de langues karib. La multitude de noms d’ethnies trouvé dans les archives reflète sans doute cette atomisation correspondant souvent à de simples groupes locaux. La fusion de ces groupes a donné naissance aux ethnies contemporaines au fur et à mesure de la progression de l’écroulement démographique. Ainsi c’est chose faite pour les Karib côtiers dès le début du XVIIIème siècle, pour les Palikur au début du XIXème siècle alors que les Tiriyo en tant qu’identité constituée n’émerge que vers 1940. Les chercheurs du projet APFT devront donc garder en tête ce passé complexe et être prompts à le détecter à travers les stratégies politiques des communautés contemporaines. En particulier, le passé pèse encore lourd dans l’organisation des fédérations indigènes modernes.

Par ailleurs les contrecoups de la colonisation européenne ont permis d’autres mouvements de population, autres que ceux des Karib. C’est le cas des Yanomami à l’ouest qui se sont taillés au XIXème siècle un territoire immense au détriment des ethnies périphèriques. C’est aussi celui de populations de langues tupi dans l’est des Guyanes dont l’apparentement avec les ethnies tupi-guarani du sud de l’Amazone mériterait discussion. L’insertion de toutes ces ethnies dans l’univers guyanais a sans doute pesé beaucoup plus lourd qu’on ne le pense généralement et mériterait une étude approfondie.

Ainsi, si le modèle karib est fédérateur dans les Guyanes, il serait important d’examiner ce qui constitue la spécificité de certaines ethnies et de comprendre le maintien de leur identité. Ainsi on peut s’interroger :

- sur la survivance des clans chez plusieurs ethnies de la famille linguistique arawak;

- sur l’endogamie villageoise des Wayãpi face à l’uxorilocalité des ethnies de langues karib voisines;

- sur le maintien de l’identité de petits groupes, comme les Emerillon ou les Apalai, en dépit de mariages intertribaux incessants avec des membres d’autres ethnies plus importantes et ce, sur le temps long.

Ceci implique que les relations intertribales, ainsi que je le suggerais plus haut, doivent être prises en considération. Là encore des concepts comme ceux d’ “ami préférentiel” (yepe, pawana) ou de “dépendant” (peito, puitio, pitoŠ) constituent le cadre sociologique qui permet les rapports intercommunautaires et intertribaux. Ceux-ci peuvent être assymétriques (domination-subordination) ou fondés égalitairement sur l’échange généralisé.

Toujours dans la même perspective des relations intertribales mais aussi dans celle de l’adaptation à des environnements différents, il convient de rappeler dans les Guyanes l’opposition qui est souvent faite entre les sociétés de l’intérieur et celles de la côte. Même s’il s’agit d’une coupure largement accentuée par la colonisation (liens précoces des sociétés côtières avec les colonisateurs, isolationisme des sociétés de l’intérieur), cette coupure ou mieux cette opposition, date sans doute de l’époque précolombienne, ce que d’ailleurs l’archéologie confirme de plus en plus. Ceci nonobstant des liens commerciaux importants. Là encore cet état de fait continue d’influer sur les représentations que les ethnies amérindiennes ont les unes des autres.

Si le caractère éphémère des groupes locaux tel que je l’énonce au début de ce chapitre a été souvent souligné par les ethnologues, on possède finalement peu d’éléments qui puissent être traités de façon comparative sur les causes et les mécanismes de ces transformations incessantes. Ceci est d’autant plus important que cette caractéristique des sociétés guyanaises demeure. En effet, si la sédentarisation imposée par les colonisateurs puis les Etats indépendants ont aujourd’hui un impact considérable sur l’appropriation et l’utilisation des ressources naturelles par les ethnies amérindiennes, il n’en reste pas moins que la mobilité des groupes locaux persiste, la composition de communautés apparemment sédentaires variant sans cesse. Cette continuité devra être prise en compte et étudiée avec le plus grand soin, pour comprendre l’évolution contemporaine des Amérindiens des Guyanes et surtout leur attitude face aux projets de développement.

Un autre domaine essentiel découlant de ce qui précède est l’étude de la notion de territoire. Directement lié chez les Amérindiens des Guyanes à l’atomisation des communautés, le territoire correspondait classiquement à la zone exploitée. Compte tenu de la mobilité des communautés, il est donc évident que les zones exploitées changeaient fréquemment, d’où une grande difficulté à appréhender sur le temps long l’espace occupé par une ethnie donnée, et ce d’autant plus que des superpositions aréales étaient fréquentes. Cette question est d’autant plus cruciale en Amazonie en général et dans les Guyanes en particulier, que les indigènes se sont trouvés progressivement assignés à des territoires fixés (qu’il s’agisse de réserves, d’aires indigènes, de réserves de biosphèreŠ) par les populations allogènes. Il conviendra donc d’étudier avec soin les conceptions indigènes actuelles du territoire qui doivent faire face à deux impératifs contradictoires : mobilité indispensable à une gestion durable des écosystèmes; délimitation garantie à long terme d’espaces collectifs.

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(5. chercheurs apft des guyanes : leurs programmes)

La coordination scientifique est assurée par Pierre Grenand (SUE), ORSTOM, assisté de Laura Rival (SUE), University of Kent.

Les journées de formation à Bruxelles en Octobre 1995 ont permis pour les Guyanes et le Bélize les avancées suivantes :

• L’ aspect le plus positif a été la définition des programmes et leurs possibles articulations au niveau de la coordination régionale.

• Il est désormais clair pour tous que nous sommes engagés dans une recherche finalisée et qu’il est offert à des scientifiques la tâche passionnante d’influer sur la politique de l’Union Européenne au niveau mondial.

• Il nous a été donné de comprendre et de faire comprendre que les objectifs du Programme APFT, même s’ils sont primordiaux, doivent être modulés en fonction des réalités régionales. Par exemple, la relation ville/forêt est un axe peu opérant pour ce qui touche la coordination Caraïbes, mais peut être repensée sous l’angle de l’impact global du développement.

• Enfin il est certain que, jointe à la qualité de la relation qu’ils surent établir avec un public jeune et exigeant, la valeur scientifique des intervenants aux journées permet d’ores et déjà de considérer APFT comme un programme essentiel dans le dispositif de la recherche tropicaliste.

Ces remarques formulées, je présenterai les programmes des différents chercheurs et doctorants tels qu’ils ont été définis à ce jour. L'équipe Guyane Française est définitivement formée. Reste à achever la constitution de l'équipe pour la Guyana qui pour l'instant est basée sur une professeur de Guyana, une étudiante boursière de Kent et une étudiante boursière de l'ULB. La recherche en Guyana devrait être précisée dans les semaines qui viennent.

(7 Guyane Française)

Les autorités préfectorales ainsi que les institutions scientifiques de Guyane ont été mises au courant du Programme APFT, représenté localement par l’ORSTOM. Les partenaires principaux seront la Préfecture de la Guyane, les responsables de la cellule de mise en place du futur Parc Naturel de la Forêt Tropicale Guyanaise, la Direction Régionale à l’Industrie et à la Recherche.

Des demandes de collaboration ponctuelle ont été formulées, l’une par le GERDAT, concernant le développement de l’agroforesterie chez les Noirs Marrons du bassin du Maroni (M. Brochier), l’autre par l’INSERM (Mme Sylvaine Cordier), concernant l’alimentation des populations forestières dans le cadre de la pollution par le mercure. Enfin, une collaboration avec une ONG intitulée “Association d’aide médicale et dentaire aux Wayampi du haut Oyapock en Guyane Française” a été amorcée, autour du thème de l’alcoolisation des populations indigènes.

La liste des populations qui feront l’objet d’études a été définitivement arrêtée. Il s’agit des Amérindiens Wayãpi, Wayana et Palikur, ainsi que des Noirs Marrons Aluku. Les Amérindiens Emerillon seront abordés subsidiairement dans la mesure de leurs relations avec les autres ethnies citées.

L’un des enjeux majeurs du Programme en Guyane est d’examiner la situation des groupes ci-dessus en fonction des tendances du développement régional. En particulier, tout ce qui va tourner autour du Parc Naturel de la Forêt Tropicale Guyanaise.

Nous avons procédé à la sélection de jeunes chercheurs boursiers (BoUE) et au recrutement pour des missions spécifiques de post-doctorants (JUE). Chacun de ces jeunes gens sera géré par l’ORSTOM pour la durée du programme. Les journées de formation de Bruxelles nous ont amené à définir avec eux des opérations de recherche précises. Nous tenons à préciser une fois pour toutes que faute de candidatures, il ne nous a pas été possible de sélectionner d’étudiants guyanais. Il faut savoir que dans cette région, seule la minorité créole accède aux études universitaires et qu’elle n’a pas, jusqu’à présent, montré un intérêt pour les disciplines (sciences naturelles, ethnoécologie) qui nous occupent.



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Updated Thursday, September 12, 1996