avec la collaboration de P. Grenand (SUE)
La recherche visera à croiser les objectifs et les méthodes des ethnologues, géomorphologues, pédologues, botanistes et archéologues, pour cerner les rapports que les populations amérindiennes ont entretenu et entretiennent avec leur environnement. La recherche archéologique sera effectuée dans le haut Oyapock sur des sites historiques récents déjà repérés au cours des études ethnohistoriques de P. & F. Grenand. La fouille de sites récents confrontée au témoignage ethnologique apportera des résultats fiables et originaux sur lévolution des vestiges et traces humaines après abandon du lieu et renseignera efficacement sur les conséquences de lactivité humaine des populations traditionnelles forestières sur le milieu. Parallèlement à cette approche, après la reconnaissance des sites dans une aire choisie, un ou deux sites précolombiens seront fouillés. Les données obtenues sur les sites historiques permettront ainsi une meilleure compréhension des découvertes qui y seront faites.
Î Ethnoécologie : François OUHOUD-RENOUX (BoUE)
avec Marie FLEURY (JUE)
et la collaboration de P. & F. Grenand (SUE)
1) Le programme de François Ouhoud-Renoux permettra de dresser tant pour les Wayampi que pour les Palikur un bilan dont les items seront les suivants :
Lhistoire du peuplement dune vallée fluviale (découpée en trois zones : haut, moyen et bas Oyapock) : micro-événements internes aux communautés amérindiennes; histoire du contact avec lOccident, la population créole et brésilienne; causes de limplantation et de la sédentarisation des villages.
La relation homme/milieu naturel : inventaire des activités de subsistance des populations concernées; impacts de ces activités sur le milieu naturel, toutes populations confondues; évaluation du devenir de leur produit.
Une approche technologique et culturelle mérite également dêtre engagée : relevé des chaînes opératoires relatives à la fabrication dobjets employés lors des activités domestiques et de subsistance; description et analyse de la répartition sexuelle du travail; inventaire des emprunts et des innovations; enfin, relevé du vocabulaire spécifique aux techniques, aux emprunts et aux innovations. Cette dernière opération sera menée en collaboration avec F. Grenand, qui sattachera à déterminer les stratégies de changement langagier qui accompagnent le changement technologique, non seulement au niveau de la nomination des nouveaux objets, mais aussi au niveau des gestes qui conditionnent leur emploi.
2) Une opération dethnobotanique quantitative sera menée à des fins comparatives par P. Grenand, en collaboration avec F. Ouhoud-Renoux et un botaniste, chez les Amérindiens Palikur. Menée sur un ha de forêt concentrant plusieurs écotones, elle permettra dévaluer létat des connaissances botaniques de cette population. On aura recours à la collaboration ponctuelle dune botaniste brésilienne, Mme Angélica Cortês.
3) Le programme de Marie Fleury se déroulera chez les Noirs Marrons Aluku (Boni), chez qui elle a déjà travaillé, et surtout chez les Amérindiens Wayana du bassin du Maroni. Ses activités scientifiques porteront sur :
La dénomination et la classification ethnobiologique des végétaux.
Létat actuel de lalimentation, à partir dun questionnaire et en fonction de léloignement progressif du bourg principal de la région, Maripasoula.
La gestion des terres cultivables autour de Maripasoula, avec évaluation de limpact de lagglomération et comparaison avec lagriculture sur brûlis telle quelle est pratiquée dans les communautés éloignées.
Létude des différentes techniques et rituels liés aux plantes dans les deux populations.
Enfin, une opération dethnobotanique quantitative du même type que celle menée chez les Palikur, sera effectuée chez les Wayana. Elle recevra lappui dun SUE Marie-Françoise Prévost, botaniste à lorstom.
Marie Fleury recevra égalementlappui dun chercheur senior, M. Jean Hurault, qui effectue depuis 1995 une recherche démographique sur les Aluku auxquels il a consacré dans le passé, des travaux de renommée internationale.
Î Anthropologie sociale : Jean CHAPUIS (JUE)
avec la collaboration de Marie Fleury (JUE)
et de F. & P. Grenand (SUE)
Dans le cas des Wayampi étudiés par P. & F. Grenand, il sagira de synthétiser des données accumulées depuis de longues années sur les transformations contemporaines de la société wayampi, en passant en revue lensemble des composantes culturelles. Lun des aspects essentiels sera entre autres de percevoir comment la langue exprime et gère ces changements.
De son côté, J. Chapuis se consacrera aux Amérindiens Wayana, à travers une étude qui se veut globalisante. Il postule quen dépit des apparences, lactuelle transformation de ces Amérindiens na rien danarchique. Il explorera trois axes importants :
Un axe lexical, qui se veut le plus complet possible, devrait aboutir à mieux appréhender les catégories de la pratique sociale dune part et à déterminer les niveaux de compréhension ou de blocage entre les Wayana et lextérieur.
Un axe économique permettra de mieux définir lévolution des pouvoirs et des lieux de décision, ainsi que la place de léconomie monétaire dans la société wayana actuelle (commerce, salariat, coopérative artisanale, pêche semi-professionnelle).
Un axe écologique enfin sera mené de pair avec Marie Fleury. Pour sa part, J. Chapuis sintéressera plus particulièrement au domaine des représentations du monde animal.
Î anthropogéographie du développement :
Jean François Orru (BoUE)
Ludovic Leprêtre (JUE)
Le travail de Ludovic Leprêtre sera une approche anthropologique des représentations de la nature chez les Amérindiens Wayana, dans le cadre de la mise en place du Parc Naturel de la Forêt Tropicale Guyanaise. En particulier, seront abordés :
Les discours construits par les Wayana au sujet de lappropriation sociale de la nature.
Les schèmes symboliques organisant lusage de la nature.
La confrontation des conceptions indigènes avec les objectifs occidentaux de préservation de lenvironnement. A un niveau plus concret et à travers des enquêtes individuelles, sera abordée la question de savoir ce que les Amérindiens attendent du Parc.
Jean-François Orru tentera de faire un bilan des opérations de développement impulsées de lextérieur, dans la moitié méridionale des bassins de lOyapock et du Maroni. Le travail se divisera en deux volets :
Un historique des projets entre 1970 et 1989, correspondant à une période molle du développement.
Une analyse de la période contemporaine, qui voit émerger des projets beaucoup plus lourds, en particulier en ce qui concerne les sources dénergie nouvelles, les télécommunications, le projet de la communauté des communes de louest (pour le Maroni), le retour de lexploitation aurifère, et surtout le projet de Parc Naturel de la Forêt Tropicale Guyanaise. Il sagira de confronter le point de vue des décideurs et des élus dune part, celui des communautés indigènes de lautre.
Cette double approche (L. Leprêtre et J. F. Orru) devrait permettre de définir une vision différenciée du développement et déboucher sur des recommandations pratiques.
conclusion : Tous les programmes qui viennent dêtre exposés ici prendront effet dès les premiers mois de 1996 par des opérations de terrain.
Dores et déjà, nous savons que la problématique pour la Guyana tournera autour de limpact dentreprises de développement sauvage (déforestation et mines) sur les populations indigènes forestières.
Deux boursiers européens (BoUE) ont été sélectionnés pour ce faire : Silke SECO-Grutz, de lUniversité de Kent, est encore en train de définir son programme. Géraldine Ford, de lUniversité Libre de Bruxelles, après une recherche bibliographique approfondie, a déjà pu affiner sa problématique.
Géraldine Ford souhaiterait travailler chez les Karib de la Barama River, pour lesquels on a la chance de posséder une monographie rédigée voilà 50 ans. Ses thèmes de recherche, qui doivent être compris dans la dialectique des changements suscités par le développement, seraient les suivants :
Étude des systèmes de production et de la division du travail.
Etude de lalimentation en relation avec létat actuel de lenvironnement et la situation économique de la population.
Étude de la structure familiale, des réseaux dalliance (partage, entraide, travail collectif, mécanisme de réduction des risques) et des cercles de mariages.
Étude des systèmes de représentation du monde et de la nature, notamment à travers lanalyse des phénomènes magico-religieux liés à la forêt et aux cours deau.
Enfin, étude du mode de subsistance dans un contexte de destruction intense de lenvironnement.
Comme pour la Guyane Française, les opérations de terrain démarreront en 1996. La collaboration avec des chercheurs extérieurs à APFT, comme celle par exemple avec M. COLCHESTER, sera, je nen doute pas, précisée dans les prochains mois.
Chapuis, Jean
mission en Guyane Française :
du 15 Mars au 30 avril
Guyane Française :
du 1er juillet au 31 août
Fleury, Marie
mission en Guyane Française :
du 1er juillet au 31 août
Ford, Géraldine
affectation en Guyana :
du 1er mars au 31 décembre
Grenand, Françoise
mission en Guyane et Guyana :
30 avril au 7 mai
Grenand, Pierre
mission en Guyane et Guyana :
30 avril au 7 mai
hurault, Jean
mission en Guyane Française :
du 15 Juillet au 15 Août
Leprêtre, Ludovic
mission en Guyane Française :
du 1er Octobre au 31 décembre
Orru, Jean François
affectation en Guyane Française : du 1er mars au 31 décembre
Ouhoud-Renoux, François
affectation en Guyane Française : 1er Août au 31 décembre
Rival, Laura
mission en Guyana :
du 15 janvier au 1er février
Rostain, Stephen
mission en Guyane Française :
Avril ou Octobre
Seco-Grutz, Silke
affectation en Guyana :
du 1er avril au 31 décembre.
(le mot de la fin)
Jai
écrit ces pages spécialement à votre
intention. Vous comprendrez sans peine que je vous demande de les
lire avec autant de soin que jai mis à les rédiger.
Les rapports dactivités semestriels pour ceux qui seront
en affectation, aussi bien que les rapports de mission pour ceux qui
travailleront de manière plus ponctiforme, devront me parvenir
aussi rapidement quil vous sera possible de le faire. Mais je
tiens à ce que ce type dinformation ne fasse pas que
remonter de vous à moi. Voilà pourquoi il revient à
chacun dentre vous den envoyer copie à chacun des
membres de notre équipe Guyane.
Le terrain le plus neutre ou le plus préparé peut se
révéler plein dembûches imprévues.
Les coups de cafard existent, même pour les plus chevronés
dentre nous. Je vous demande instamment de ne jamais laisser
pourrir une situation. Essayez toujours, dans la mesure des moyens
dont vous disposerez, de me faire savoir au plus tôt la nature
de vos problèmes, si possible avant que lirréparable
ait été commis. En particulier, soyez prudents avec
les autorités face auxquelles vous vous trouverez; en cas de
conflit, cherchez à temporiser et retranchez-vous derrière
votre autorité de tutelle : vous serez bien plus difficile
à expulser, congédier ou éconduire si elles sentent
que vous nêtes pas seul et isolé mais au contraire
que vous faites partie dun dispositif cohérent et solidaire.
Enfin, et sans pour autant tomber dans un sentimentalisme débridé,
nous ne devons jamais perdre de vue que les bénéficiaires
de nos travaux sont prioritairement les Amérindiens, cest
pourquoi je prends la peine de vous redire ici que nous ne devons
jamais rien dire ou écrire qui puisse leur nuire.
Je souhaite à chacun dentre vous de fructueuses recherches,
des terrains passionnants, des contacts formidables avec les hommes
et les femmes que vous côtoierez.
Je souhaite vivement que les chercheurs et étudiants
travaillant sur les Guyanes gardent lenthousiasme dont ils ont
fait la preuve durant les journées de Bruxelles. Je souhaite
aussi quils soient animés dun fort esprit déquipe
et quen particulier quils fassent circuler le maximum
dinformations auprès de leurs collègues.