Section 7

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Quatre opérations de recherche seront développées :

Î Archéologie : Stéphen ROSTAIN (JUE)

avec la collaboration de P. Grenand (SUE)

La recherche visera à croiser les objectifs et les méthodes des ethnologues, géomorphologues, pédologues, botanistes et archéologues, pour cerner les rapports que les populations amérindiennes ont entretenu et entretiennent avec leur environnement. La recherche archéologique sera effectuée dans le haut Oyapock sur des sites historiques récents déjà repérés au cours des études ethnohistoriques de P. & F. Grenand. La fouille de sites récents confrontée au témoignage ethnologique apportera des résultats fiables et originaux sur l’évolution des vestiges et traces humaines après abandon du lieu et renseignera efficacement sur les conséquences de l’activité humaine des populations traditionnelles forestières sur le milieu. Parallèlement à cette approche, après la reconnaissance des sites dans une aire choisie, un ou deux sites précolombiens seront fouillés. Les données obtenues sur les sites historiques permettront ainsi une meilleure compréhension des découvertes qui y seront faites.

Î Ethnoécologie : François OUHOUD-RENOUX (BoUE)

avec Marie FLEURY (JUE)

et la collaboration de P. & F. Grenand (SUE)

1) Le programme de François Ouhoud-Renoux permettra de dresser tant pour les Wayampi que pour les Palikur un bilan dont les items seront les suivants :

• L’histoire du peuplement d’une vallée fluviale (découpée en trois zones : haut, moyen et bas Oyapock) : micro-événements internes aux communautés amérindiennes; histoire du contact avec l’Occident, la population créole et brésilienne; causes de l’implantation et de la sédentarisation des villages.

• La relation homme/milieu naturel : inventaire des activités de subsistance des populations concernées; impacts de ces activités sur le milieu naturel, toutes populations confondues; évaluation du devenir de leur produit.

• Une approche technologique et culturelle mérite également d’être engagée : relevé des chaînes opératoires relatives à la fabrication d’objets employés lors des activités domestiques et de subsistance; description et analyse de la répartition sexuelle du travail; inventaire des emprunts et des innovations; enfin, relevé du vocabulaire spécifique aux techniques, aux emprunts et aux innovations. Cette dernière opération sera menée en collaboration avec F. Grenand, qui s’attachera à déterminer les stratégies de changement langagier qui accompagnent le changement technologique, non seulement au niveau de la nomination des nouveaux objets, mais aussi au niveau des gestes qui conditionnent leur emploi.

2) Une opération d’ethnobotanique quantitative sera menée à des fins comparatives par P. Grenand, en collaboration avec F. Ouhoud-Renoux et un botaniste, chez les Amérindiens Palikur. Menée sur un ha de forêt concentrant plusieurs écotones, elle permettra d’évaluer l’état des connaissances botaniques de cette population. On aura recours à la collaboration ponctuelle d’une botaniste brésilienne, Mme Angélica Cortês.

3) Le programme de Marie Fleury se déroulera chez les Noirs Marrons Aluku (Boni), chez qui elle a déjà travaillé, et surtout chez les Amérindiens Wayana du bassin du Maroni. Ses activités scientifiques porteront sur :

• La dénomination et la classification ethnobiologique des végétaux.

• L’état actuel de l’alimentation, à partir d’un questionnaire et en fonction de l’éloignement progressif du bourg principal de la région, Maripasoula.

• La gestion des terres cultivables autour de Maripasoula, avec évaluation de l’impact de l’agglomération et comparaison avec l’agriculture sur brûlis telle qu’elle est pratiquée dans les communautés éloignées.

• L’étude des différentes techniques et rituels liés aux plantes dans les deux populations.

• Enfin, une opération d’ethnobotanique quantitative du même type que celle menée chez les Palikur, sera effectuée chez les Wayana. Elle recevra l’appui d’un SUE Marie-Françoise Prévost, botaniste à l’orstom.

Marie Fleury recevra égalementl’appui d’un chercheur senior, M. Jean Hurault, qui effectue depuis 1995 une recherche démographique sur les Aluku auxquels il a consacré dans le passé, des travaux de renommée internationale.

Î Anthropologie sociale : Jean CHAPUIS (JUE)

avec la collaboration de Marie Fleury (JUE)

et de F. & P. Grenand (SUE)

Dans le cas des Wayampi étudiés par P. & F. Grenand, il s’agira de synthétiser des données accumulées depuis de longues années sur les transformations contemporaines de la société wayampi, en passant en revue l’ensemble des composantes culturelles. L’un des aspects essentiels sera entre autres de percevoir comment la langue exprime et gère ces changements.

De son côté, J. Chapuis se consacrera aux Amérindiens Wayana, à travers une étude qui se veut globalisante. Il postule qu’en dépit des apparences, l’actuelle transformation de ces Amérindiens n’a rien d’anarchique. Il explorera trois axes importants :

• Un axe lexical, qui se veut le plus complet possible, devrait aboutir à mieux appréhender les catégories de la pratique sociale d’une part et à déterminer les niveaux de compréhension ou de blocage entre les Wayana et l’extérieur.

• Un axe économique permettra de mieux définir l’évolution des pouvoirs et des lieux de décision, ainsi que la place de l’économie monétaire dans la société wayana actuelle (commerce, salariat, coopérative artisanale, pêche semi-professionnelle).

• Un axe écologique enfin sera mené de pair avec Marie Fleury. Pour sa part, J. Chapuis s’intéressera plus particulièrement au domaine des représentations du monde animal.

Î anthropogéographie du développement :

Jean François Orru (BoUE)

Ludovic Leprêtre (JUE)

Le travail de Ludovic Leprêtre sera une approche anthropologique des représentations de la nature chez les Amérindiens Wayana, dans le cadre de la mise en place du Parc Naturel de la Forêt Tropicale Guyanaise. En particulier, seront abordés :

• Les discours construits par les Wayana au sujet de l’appropriation sociale de la nature.

• Les schèmes symboliques organisant l’usage de la nature.

• La confrontation des conceptions indigènes avec les objectifs occidentaux de préservation de l’environnement. A un niveau plus concret et à travers des enquêtes individuelles, sera abordée la question de savoir ce que les Amérindiens attendent du Parc.

Jean-François Orru tentera de faire un bilan des opérations de développement impulsées de l’extérieur, dans la moitié méridionale des bassins de l’Oyapock et du Maroni. Le travail se divisera en deux volets :

• Un historique des projets entre 1970 et 1989, correspondant à une période “molle” du développement.

• Une analyse de la période contemporaine, qui voit émerger des projets beaucoup plus lourds, en particulier en ce qui concerne les sources d’énergie nouvelles, les télécommunications, le projet de la communauté des communes de l’ouest (pour le Maroni), le retour de l’exploitation aurifère, et surtout le projet de Parc Naturel de la Forêt Tropicale Guyanaise. Il s’agira de confronter le point de vue des décideurs et des élus d’une part, celui des communautés indigènes de l’autre.

Cette double approche (L. Leprêtre et J. F. Orru) devrait permettre de définir une vision différenciée du développement et déboucher sur des recommandations pratiques.

conclusion : Tous les programmes qui viennent d’être exposés ici prendront effet dès les premiers mois de 1996 par des opérations de terrain.

(7 Guyana)

Après à divers contacts épistolaires avec Mme Janette Forte, anthropologue de l’Amerindian Research Unit, University of Guyana, il avait été convenu que Laura Rival, Serge Bahuchet, Pierre Grenand et Françoise Grenand visiteraient cette institution en janvier 1996. Suite à des retards budgétaires, cette visite, qui aurait eu pour but de définir le champ de notre collaboration et de sélectionner deux boursiers guyanans (BoACP) a dû être différée pour les chercheurs français. Seule Laura Rival s’est rendue en Guyana.

D’ores et déjà, nous savons que la problématique pour la Guyana tournera autour de l’impact d’entreprises de développement sauvage (déforestation et mines) sur les populations indigènes forestières.

Deux boursiers européens (BoUE) ont été sélectionnés pour ce faire : Silke SECO-Grutz, de l’Université de Kent, est encore en train de définir son programme. Géraldine Ford, de l’Université Libre de Bruxelles, après une recherche bibliographique approfondie, a déjà pu affiner sa problématique.

Géraldine Ford souhaiterait travailler chez les Karib de la Barama River, pour lesquels on a la chance de posséder une monographie rédigée voilà 50 ans. Ses thèmes de recherche, qui doivent être compris dans la dialectique des changements suscités par le développement, seraient les suivants :

• Étude des systèmes de production et de la division du travail.

• Etude de l’alimentation en relation avec l’état actuel de l’environnement et la situation économique de la population.

• Étude de la structure familiale, des réseaux d’alliance (partage, entraide, travail collectif, mécanisme de réduction des risques) et des cercles de mariages.

• Étude des systèmes de représentation du monde et de la nature, notamment à travers l’analyse des phénomènes magico-religieux liés à la forêt et aux cours d’eau.

• Enfin, étude du mode de subsistance dans un contexte de destruction intense de l’environnement.

Comme pour la Guyane Française, les opérations de terrain démarreront en 1996. La collaboration avec des chercheurs extérieurs à APFT, comme celle par exemple avec M. COLCHESTER, sera, je n’en doute pas, précisée dans les prochains mois.

N

Plan de travail pour l’ANNEE 1996

calendrier des missions et affectations prévues

Bahuchet, Serge
mission en Guyane et Guyana :
30 avril au 7 mai

Chapuis, Jean
mission en Guyane Française :
du 15 Mars au 30 avril
Guyane Française :
du 1er juillet au 31 août

Fleury, Marie
mission en Guyane Française :
du 1er juillet au 31 août

Ford, Géraldine
affectation en Guyana :
du 1er mars au 31 décembre

Grenand, Françoise
mission en Guyane et Guyana :
30 avril au 7 mai

Grenand, Pierre
mission en Guyane et Guyana :
30 avril au 7 mai

hurault, Jean
mission en Guyane Française :
du 15 Juillet au 15 Août

Leprêtre, Ludovic
mission en Guyane Française :
du 1er Octobre au 31 décembre

Orru, Jean François
affectation en Guyane Française : du 1er mars au 31 décembre

Ouhoud-Renoux, François
affectation en Guyane Française : 1er Août au 31 décembre

Rival, Laura
mission en Guyana :
du 15 janvier au 1er février

Rostain, Stephen
mission en Guyane Française :
Avril ou Octobre

Seco-Grutz, Silke
affectation en Guyana :
du 1er avril au 31 décembre.

(le mot de la fin)

J’ai

écrit ces pages spécialement à votre intention. Vous comprendrez sans peine que je vous demande de les lire avec autant de soin que j’ai mis à les rédiger.
Je souhaite vivement que les chercheurs et étudiants travaillant sur les Guyanes gardent l’enthousiasme dont ils ont fait la preuve durant les journées de Bruxelles. Je souhaite aussi qu’ils soient animés d’un fort esprit d’équipe et qu’en particulier qu’ils fassent circuler le maximum d’informations auprès de leurs collègues.

Les rapports d’activités semestriels pour ceux qui seront en affectation, aussi bien que les rapports de mission pour ceux qui travailleront de manière plus ponctiforme, devront me parvenir aussi rapidement qu’il vous sera possible de le faire. Mais je tiens à ce que ce type d’information ne fasse pas que remonter de vous à moi. Voilà pourquoi il revient à chacun d’entre vous d’en envoyer copie à chacun des membres de notre équipe Guyane.

Le terrain le plus neutre ou le plus préparé peut se révéler plein d’embûches imprévues. Les coups de cafard existent, même pour les plus chevronés d’entre nous. Je vous demande instamment de ne jamais laisser pourrir une situation. Essayez toujours, dans la mesure des moyens dont vous disposerez, de me faire savoir au plus tôt la nature de vos problèmes, si possible avant que l’irréparable ait été commis. En particulier, soyez prudents avec les autorités face auxquelles vous vous trouverez; en cas de conflit, cherchez à temporiser et retranchez-vous derrière votre autorité de tutelle : vous serez bien plus difficile à expulser, congédier ou éconduire si elles sentent que vous n’êtes pas seul et isolé mais au contraire que vous faites partie d’un dispositif cohérent et solidaire.

Enfin, et sans pour autant tomber dans un sentimentalisme débridé, nous ne devons jamais perdre de vue que les bénéficiaires de nos travaux sont prioritairement les Amérindiens, c’est pourquoi je prends la peine de vous redire ici que nous ne devons jamais rien dire ou écrire qui puisse leur nuire.

Je souhaite à chacun d’entre vous de fructueuses recherches, des terrains passionnants, des contacts formidables avec les hommes et les femmes que vous côtoierez.

Pierre Grenand
Directeur de recherche à l’ORSTOM
Membre du Comité de Gestion


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Updated Thursday, September 12, 1996