ETAT D'AVANCEMENT

Bruxelles, le 12 septembre 1996

M.Romainville

"ETUDE SUR LES MODES DE FINANCEMENT DES ACTIVITES ECONOMIQUES INFORMELLES"

L'enquête
Cette étude sur le "financement" informel constitue la première phase d'une enquête plus large sur les activités économiques informelles (marchande, service et production) dans la ville de Bukavu ainsi que leur incidence sur l'environnement forestier. Cette entrée dans la problématique, en amont de l'activité économique proprement dite, est essentielle pour la compréhension du phénomène et a, de plus, un caractère largement exploratoire.
Le contexte
Le contexte particulier de la ville et de la région définit un terrain de recherche très intéressant. En effet suite aux événements du Rwanda et du Burundi et à la disparition des infrastructures de communication internes au Zaire, la région est aujourd'hui complètement enclavée et constitue donc un véritable isolat dont les caractéristiques générales sont les suivantes:
- implantation et développement urbain (croissance naturelle et exode rural) en bordure de zones forestières protégées et non-protégées. - développement d'un modèle économique de type "autarcique" entraînant un large recours aux produits forestier - pression démographique importante (jusqu'à 250 h/km2) et présence de populations réfugiées entra”nant une demande importante - absence d'exploitation industrielle forestière, - présence d'exploitations artisanales forestières, - présence d'activités concernant: l'orpaillage, le diamant, la cassitérite, le trafic d'espèces animales ou végétales, - présence de populations forestières (pygmées) sédentarisées ou non, impliquées dans des relations avec les populations urbaines.
Economie informelle
La définition de l'économie informelle reste chose complexe, intuitive et le plus souvent spécifique au terrain de recherche envisagé. D'une faŤon générale, l'économie informelle fonctionne sur base d'activités marchandes, artisanales, de services, voire de "micro activités" ne nécessitant qu'un faible investissement, ne disposant quasi pas de stock et qui pour la plupart se pratiquent de faŤon ambulatoire. Depuis plus de vingt ans, les instances internationales dont la Banque Mondiale, le FMI, le BIT se sont intéressées à ce phénomène et l'on dispose aujourd'hui d'études économiques bien documentées.
Un phénomène économique & social
Toutefois, bien plus qu'un simple circuit économique produisant, échangeant et consommant biens et services il faut voir dans cette "petite économie " un système liant intimement les champs social et économique ou plus précisément encore, en tenant compte de la précarité du contexte : "l'ensemble des procédés sociaux et économiques qui déterminent une stratégie de survivance "(1). Constituant la base même de ces procédés, le mode de financement des activités est un bon exemple de la cohésion socio-économique du système informel. En effet, vu le faible niveau des revenus et le manque de garantie, la plupart des "entrepreneurs " ne peuvent accéder aux services du système bancaire formel. Le financement des activités économiques se réalise alors au travers d'associations appelées "tontines" ou "caisse", basées sur un principe original d'épargne collective.

Outre ce rôle économique, ces associations ont une fonction sociale importante. Elles constituent des lieux d'échange, d'entraide, de solidarité et abritent pour la plupart un véritable système d'aide et de sécurité sociale. Le rôle central que jouent ces associations dans la "survie " des économies africaines est aujourd'hui reconnu par de nombreux observateurs. De plus, l'enracinement traditionnel et culturel de ces associations en fait un modèle d'organisation efficient qui constitue sans doute un vecteur potentiel de développement mais qui doit, au préalable, être parfaitement identifié.

Axes de l'enquête

1. Approche socioculturelle du phénomène. Modernité Tradition

2. Identification des différents types et modes d'organisation des groupes

3. Conditions et modes d'accès aux groupes ex: libre, féminine, ethnique, professionnel, religieuse, politique, du même village, etc...cooptation

4. Types d'organisation interne - règles - structure de fonctionnement - gestion des conflits

5. Type de collecte et gestion de l'argent ( flux, intérêt,.prêts,.. )

6. Lieux de réunion, protocole, cérémonial, symbolique,...

7. Incidence dans la création d'activités économiques & identification des activités

Méthodologie
L'enquête est menée sur base d'un questionnaire ouvert ou "guide d'interview" élaboré à la suite d'une pré-enquête menée en 1995. Trois enquêteurs sont prévus pour une durée de trois mois. Des synthèses sont rédigées sur base des axes de recherches et sont remises après chaque interview. Les enquêteurs sont réunis pour une mise en commun toutes les 2 semaines avec un superviseur local.
Calendrier
août 96 : engagement et formation de trois enquêteurs
septembre 96: démarrage effectif de l'enquête
novembre 96: fin de l'enquête
décembre 96 à février 96: dépouillement des synthèses et rédaction du rapport d'enquête
Avancement de l'enquête
Pour des raisons propres à mon programme d'activités, l'enquête a effectivement commencé le 02/09/96. Je ne dispose donc aujourd'hui que d'une dizaine de synthèses d'interview. En première analyse, ces synthèses montrent la très grande richesse des diverses formes d'association qui composent, ce que l'on peut appeler un système d'épargne, de financement et de sécurité sociale informel. Par ailleurs contrairement aux avis recueillis lors de la préparation du travail, le système semble avoir une très forte assise et implique une population importante.
Comparatisme
Une enquête utilisant le même questionnaire devrait débuter prochainement à Yaoundé avec comme finalité une comparaison très complète des différents systèmes en présences.
Poursuite de l'enquête / deuxième phase
Il est sans doute trop tôt pour déterminer avec précision les axes de la poursuite de ce travail d'enquête qui dépendra fortement de l'identification des activités économiques. Toutefois les circuits des produits forestiers (le bois construction, de chauffage, la viande, etc...) pourraient être investigués sur la même base d'enquête incluant à la fois la collecte de données quantitatives et qualitatives, en utilisant les enquêteurs déjà formés lors de la première enquête.

Je demande donc à pouvoir bénéficier d'une reconduction de mon financement actuel de 2500 ECU pour l'année 97. Ce financement inclut un billet d'avion ainsi que les sommes nécessaires à la rétribution des enquêteurs et à la fourniture du matériel de base.

1 NSHIMBA LUBILANJI géographe zairois