A travers la forêt de l'Atlantique aux Grands Lacs, du 4ème parallèle nord au 4ème parallèle sud, plusieurs modes d'exploitation du milieu coexistent.
Parmi ceux-ci, les essarteurs traditionnels de la forêt dense sont les plus nombreux (environ 80%). Ces populations pratiquent l'agriculture semi-itinérante et, de façon complémentaire, la chasse, la collecte et la pêche. Toutes dépendent des produits sauvages de la forêt, soit qu'elles pratiquent elles-même la chasse, la collecte et la pêche, soit qu'elles se les procurent auprès de chasseurs-collecteurs spécialisés (Pygmées) ou de pêcheurs spécialisés des grands cours d'eau.
Dans le bassin congolais, les grands fleuves forment de vastes extensions marécageuses de forêt inondée; ces niches écologiques particulières ont favorisé le développement de systèmes économiques spécifiques, comprenant des groupes de pêcheurs établis dans les îles au milieu des rivières, et des pêcheurs-agriculteurs cultivant les terres alluvionnaires. Depuis très longtemps, ces zones sont caractérisées par des échanges symbiotiques régionaux et par la spécialisation des activités dans la pêche et dans les échanges commerciaux.
* Les pêcheurs-agriculteurs des forêts inondées
constituent environ 7% des populations forestières. Leur économie
est plutôt orientée vers la pêche et, secondairement, vers
l'agriculture.
* Les pêcheurs spécialisés représentent
environ 8% des populations forestières. Ils exercent leurs
activités soit dans les marais et les prairies flottantes, soit dans les
larges fleuves du Bassin Congolais, ne produisent pratiquement pas de produits
agricoles et se procurent les produits forestiers auprès d'agriculteurs.
Les chasseurs-collecteurs Pygmées, populations mobiles spécialisées dans la chasse et la collecte des produits sauvages, représentent près de 5% des populations d'Afrique Centrale; ils peuvent être regroupés en deux grandes catégories, selon qu'ils pratiquent ou non l'agriculture (pour leur propre compte).
* Tous les groupes pygmées ont toujours entretenu des relations
très étroites avec les populations voisines d'agriculteurs,
relations se marquant en particuilier par des échanges de biens et de
nourriture - de ce fait, tous les Pygmées vivent en partie grâce
à des ressources cultivées obtenues par échange.
* Toutefois, naguère majoritaire, les groupes pygmées
pratiquant uniquement la chasse et dla cueillette sont désormais
l'exception. En effet, la majorité actuellement entreprend une petite
agriculture de complément - mais celle-ci est très rarement
suffisante. Nous qualifierons ces groupes comme des chasseurs-cueilleurs en
transition.

Les grands traits de l'organisation économique, politique et foncière des sociétés forestières, tels qu'ils ont pu être observés anciennement, sont encore aujourd'hui d'actualité et constituent les bases socio-culturelles sur lesquelles la modernité prend encrage. Les caractéristiques reprises ci-dessous devraient permettre une meilleur compréhension de la relation que ces sociétés entretiennent avec le milieu forestier et avec les sociétés voisines.
Les essarteurs traditionnels, qui représentent la majorité des populations forestières en Afrique Centrale, dépendent, dans une large mesure, du milieu forestier. En général, les activités de prédation telles que la chasse, la collecte et la pêche font partie intégrante de leur système économique et culturel.
Contrairement à ce qu'on imagine trop souvent, les agriculteurs semi-itinérants de forêt sont des forestiers chevronnés qui maîtrisent de nombreuses techniques de chasse, de collecte et de pêche. Chaque hameau possède un territoire forestier important (dont la superficie est néanmoins largement inférieure à celle des chasseurs-cueilleurs).
Il est quelquefois difficile de séparer la culture de la collecte,car l'exploitation de plantes subspontanées et semi-sauvages dans les jachères est pratique courante.
Si les produits agricoles fournissent l'alimentation de base, il n'en reste pas moins que le gibier, le poisson et les produits de collecte constituent des aliments très appréciés, fournissant un complément nutritionnel indispensable (protéines, lipides et vitamines).
Par ailleurs, les nombreux rites associés aux activités cynégétiques sont révélateurs d'un attachement collectif très profond à la forêt. La plupart de ces sociétés ont une conception concentrique de l'espace. Certains lieux situés en forêt ont une valeur positive et peuvent correspondre à des espaces sacrés.
Il s'agit, par exemple, de "bois sacrés" situés à côté du village, contenant des arbres de très haute taille qu'il est interdit de couper, de collines, de grottes, de rochers et de cimetières où il est interdit de se déplacer librement.
En général, les sociétés forestières d'Afrique Centrale s'inscrivent dans des complexes symbiotiques régionaux. Plus une société est spécialisée (pêcheurs spécialisés, chasseurs-collecteurs, agriculteurs), plus ses membres auront tendance à vendre ou à échanger ce qu'ils produisent et à se procurer auprès de leurs voisins ce qu'ils ne produisent pas.
Partout, les essarteurs complètent leur alimentation par des produits forestiers suivant deux stratégies principales : soit qu'ils se procurent les produits forestiers auprès de groupes voisins, soit qu'ils se spécialisent eux-même dans la chasse et la collecte et qu'ils augmentent le temps consacré aux activités forestières.
Les sociétés du Bassin Congolais présentent comme nous l'avons dit une grande variété de types économiques. Ces sociétés sont rarement isolées et auto-subsistantes, elles entretiennent en général des relations étroites avec les groupes voisins.
* Dans le Sud du Cameroun (Département de l'Océan), le
complexe symbiotique des pêcheurs maritimes Yassa, des
agriculteurs-pêcheurs Mvae et des chasseurs-collecteurs en transition
Gyeli en est un exemple. Le régime alimentaire de ces populations est
caractérisé par des denrées que les ethnies ne produisent
pas elle-mêmes mais qu'elles se procurent auprès de leurs voisins.
* Dans le Nord-Est du Zaïre (Equateur), le complexe
régional de la Ngiri est composé d'ethnies de types
économiques différents qui pratiquent entre autre des
échanges institutionnalisés avec marchés : des groupes de
pêcheurs se procurent les produits agricoles auprès de
cultivateurs de terre ferme ou de forêt inondée. De la même
façon, dans le Kivu, des Songola-pêcheurs vivent en
symbiose avec des Songola-agriculteurs.
* Enfin, pratiquement partout où vivent des chasseurs-cueilleurs
Pygmées, le même type de relation symbiotique existe de longue
date avec des agriculteurs.
Les sociétés où des marchés institutionnalisés n'existent pas ne sont pas pour autant des sociétés auto-subsistantes.
Toutes les sociétés forestières d'Afrique Centrale sont insérées dans de vastes réseaux d'échanges. Deux cas se dégagent :
* le premier concerne des sociétés où les populations
se rendent régulièrement sur des marchés (avec argent ou
troc), cette pratique très ancienne datant d'avant la période
coloniale (cas des Songola - Zaïre, Kivu );
* le second cas concerne des sociétés où l'institution
du marché n'existe pas mais où les produits locaux sont
échangés sur de longues distances par le biais de
solidarités lignagères et familiales. Dans ce type de
société, la monétarisation fait certes partie de
l'économie locale et des marchants ambulants vendent des produits
manufacturés, mais la dynamique économique reposent
principalement sur un système d'échanges qui ne relève pas
d'une tradition commerciale de type occidentale (cas des Kwele, Bangando,
Mbomam - Cameroun, Boumba-et-Ngoko -, Ngbaka'Mabo - RCA).
Dans le sud-est du Cameroun par exemple, les commerces sont principalement entre les mains de populations exogènes tels que les Bamiliké et les "Haoussa" qui possèdent des traditions commerciales solides. Ces marchands tiennent boutiques et débits de boisson dans les petits centres urbains ou aux grands carrefours, ils font du porte à porte et suivent le marché du café et du cacao en y étalant leurs produits. A l'exception de l'ivoire, la production locale n'est pas écoulée dans ces boutiques. On n'y trouve que les produits de la ville tels que du savon, du pétrole, des boïtes de sardines, des cahiers ou des vêtements.
La dynamique économique des sociétés sans marché repose sur d'anciennes institutions économiques mais surtout sociales dites "don et contre-don"[8].
Appelée bilaba chez les Bulu et les Fang (sud Cameroun, nord Guinée Equatoriale, nord Gabon), yele chez les Ngbaka 'Mabo (RCA), malaki chez les Ba-Kongo, cette institution, à la fois échange et lutte de prestige, consistait à échanger cérémonieusement des biens ou des denrées avec un esprit de surenchère, afin de sceller des relations d'entraide et d'alliance. Traditionnellement, deux chefs de famille, vivant parfois dans des villages très éloignés, rivalisaient ainsi de générosité. Ces pactes d'alliance ou d'amitié créaient une relation de parenté fictive afin d'étendre les relations de solidarité au delà de la parenté.
Actuellement, ce type de contrat persiste entre les membres d'une même ethnie vivant en forêt et ceux vivant en ville, ce qui favorise la circulation de produits manufacturés, mais forme aussi une contrainte sociale lourde pour les urbains. Encore aujourd'hui, des pactes d'alliance ou d'amitié sont scellés dans toutes ces sociétés. La forte mobilité individuelle qu'on y observe (visites plus ou moins longues, dans des villages parfois très éloignés les uns des autres) favorise d'ailleurs des échanges réguliers.
Loin d'être repliées sur elles-mêmes, ces sociétés sont bien animées par une dynamique économique propre à laquelle les développeurs doivent prêter attention plutôt que de tenter la création de marchés qui seront considérés par les populations locales comme artificiels[9].
La plupart des sociétés forestières d'Afrique Centrale ont un régime politique de type acéphale avec une organisation relativement peu hiérarchisée qui tourne autour du chef de lignage. Les qualités de leader constituent encore aujourd'hui un modèle, en tant que système de valeurs, auquel la jeune génération se réfère. Ces personnalités politiques influentes ne sont pas nécessairement les responsables administratifs.
La personnalité du leader est très répandue dans tout le bassin congolais, particulièrement chez les essarteurs traditionnels. Il s'agit d'un homme dans la force de l'âge dont la renommée repose sur les nombreuses alliances qu'il a contractées avec des "étrangers" à son groupe de parenté : alliances matrimoniales et pactes d'alliance et d'amitié.
Les qualités requises sont la richesse, la générosité et l'hospitalité. Ces hommes sont de grands polygynes à la tête de vastes plantations vivrières exploitées par leurs nombreuses épouses; ils possèdent de nombreux moutons (monnaie d'échange matrimoniale); ils entretiennent des relations régulières avec leurs belles-familles et avec leurs nombreux amis vis-à-vis desquels ils font preuve de générosité. Généralement, un leader plus ou moins important est à la tête d'un hameau; il vit avec ses vieux parents (son père étant le chef de lignage), éventuellement quelques un de ses frères ou de ses soeurs et leurs familles respectives.
La jeune génération à laquelle les programmes de coopération s'adresse souvent est imprégnée de ce système de valeurs traditionnelles, qui entre en contradiction avec celui de l'économie nationale reposant sur le principe de la rentabilité et de l'investissement économique.
En général, le rapport à la terre des essarteurs traditionnels s'oppose à celui des pêcheurs de la forêt inondée :
* Dans les sociétés de terre ferme, la
propriété est collective, inaliénable, avec des
imbriquations inter-ethniques.
* Dans les sociétés de forêt inondée, de
pêcheurs en particulier, la propriété est à tendance
individuelle et aliénable. [10]
Quelque soit le type de société, le terroir d'un village ou d'un hameau s'étend bien au-delà des terres cultivées et il est reconnu par le droit foncier coutumier.
Il en va de même avec les chasseurs-cueilleurs, où l'aire utilisée pour la chasse et la collecte par un ensemble de campements correspond à un territoire.
Les terroirs forestiers d'un campement pygmée s'étendent sur 300 à 400 km2 et correspondent à des zones que le groupe exploite chaque année aux saisons appropriées. Ces territoires sont délimités par des cours d'eau ou des collines.
La plupart des sociétés forestières sont caractérisées par une forte mobilité individuelle (institution des visites plus ou moins longues) et saisonnière.
La forêt d'Afrique centrale abrite encore une importante population de chasseurs-collecteurs pygmées, morcelée en plusieurs groupes sans contact les uns avec les autres.
Leur économie est caractérisée par une association économique très étroite, souvent qualifiée de symbiose, avec des populations d'essarteurs forestiers.
De cette manière, on peut dire que les Pygmées sont des chaseurs-cueilleurs en ce qui concerne leurs techniques et leur emploi du temps, mais se rapproche des essarteurs en ce qui concerne leur régime alimentaire.
L'association est basée sur un échange de produits forestiers (surtout de la viande de chasse) et d'un apport de main d'oeuvre lors du défrichage des champs, contre des produits agricoles et des outils de fer.
Les Pygmées sont partout mobiles, mais à des degrés variables. En effet, une partie des groupes reste foncièrement impliquée dans une économie forestière, alors que d'autres groupes pygmées ont déjà adopté une agriculture d'appoint - sans pour autant négliger la chasse, au moins saisonnièrement.
Les groupes les plus mobiles sont les Baka (Cameroun), les Aka (RCA et Congo) et les divers Mbuti (Asua, Efè, Basua du Zaïre). Les groupes partiellement sédentarisés sont les Kola (Cameroun), les Bongo (Gabon) et les divers Twa du Zaïre.
Cependant, des modifications du mode de vie traditionnel sont observables partout : dans toutes les régions on rencontre des campements très traditionnels (donc très mobiles), des campements partiellement fixés pendant une moitié de l'année, et même des groupes totalement impliqués dans l'agriculture.[11]
La participation des Pygmées aux circuits de commerce régionaux n'est pas nouvelle, elle existe déjà dès le début de la traite européenne au XVIIe siècle (les Pygmées fournissaient de l'ivoire d'éléphant). Cependant, la demande croissante des villes et des bourgades d'employés (en particuliers autour des scieries) entraîne une augmentation dangereuse du commerce de viande de chasse, à laquelle est liée une monétarisation croissante des Pygmées et une pression accrûe sur ceux-ci.
Une monétarisation excessive a des effets particulièrement dramatiques lors des crises économiques, comme celle que subit actuellement le Zaïre :
dans l'Equateur, les groupes Twa qui avaient abandonné la forêt pour devenir manoeuvres dans les plantations de café et d'hévéa, se retrouvent sans emploi et sans ressources, mais néanmoins refusent de retourner à une vie nomade désormais oubliée : les cas de malnutrition grave ne se comptent plus, entraînant la mort des enfants et des vieillards les plus faibles[12].
Voir SS III pour les informations détaillées sur ces groupes
| Ethnies
(synonymes)
|
Région,
nombre
|
Source
|
| Aka
(Mbènzèlè, Bayaka, Babinga)
|
RCA,
Congo : 30 à 35 000
|
Bahuchet
(1985)
|
| Langue
bantoue.Vivent en relation avec des oubanguiens (Ngbaka, Yangere, Bofi,
Biyanda) et des bantous (Ngando, Mbati, Pande, Pomo, Mbimu, Kako...)
|
||
| Asua
(Aka, != des Aka de RCA; Bambuti)
|
Zaïre,
Ituri : quelques milliers
|
|
| Langue
soudanaise. Vivent en contact avec des groupes Mangbétu (Maele, Meje,
Aberu et Popoi), Babudu, Bandaka, Baberu, Babali (Bailey et al, 1990).
|
||
| Babongo
(Akoa, Bazimba)
|
Gabon
: 2000 au total
|
Bailey
Bahuchet & Hewlett, 1990
|
| Langues
bantoues. Entre Franceville, Mbigou, Bone, Lambarene et Njole; Près de
Moabi; Village Pointe Denis (Akoa)
|
||
| Baka
(Bangombe)
|
S-E.
Cameroun, N. Gabon, N.O. Congo : 30 à 40 000
|
Bailey
Bahuchet & Hewlett, 1990
|
| Langue
ouganguienne. Vivent en relation avec des bantous (Kwele, Mbomam, Mvonmvon,
Konabemebe, Djem, Nzime) et des oubanguiens (Bangando, Gbaya).
|
||
| Efe
(Bambuti)
|
Zaïre
(Ituri), ~ 10 000
|
Bailey
Bahuchet & Hewlett, 1990
|
| Langue
soudanaise. Dispersés du nord à l'est de la forêt de
l'Ituri. Zones de Mambassa, Watsa, Irumu et Djugu. Relations avec des Lese,
Karo, Mvuba, Lombi, Mamvu et Bira.
|
||
| Kola
(Gyeli, Bagyeli)
|
S.O.
Cameroun : 3 500
|
Loung
1991
|
| Langue
bantoue. Contacts avec des Basa, Ngumba, Mabea, Batanga, Iyasa.
|
||
| Mbuti
(Basua, Kango)
|
Zaïre
: 7 500
|
Bailey
Bahuchet & Hewlett, 1990
|
| Langue
bantoue. En contact avec des Babila, Bandala dans le centre et le sud de
l'Ituri.
|
||
| Twa
des Ntomba
|
Zaïre
(lac Tumba) : 14 000
|
Pagezy,
1988
|
| Langue
bantoue. Région marécageuse. Caste dans les
sociétés Mongo, Ntomba, Ekonda, Bolia (appelés Oto).
|
||
| Twa
du Kasaï
|
Zaïre
(Kasaï)
|
|
| Langue
bantoue. Zone lisière forêt-savane. Contact avec des Luba et des
Ndengese.
|
Les principaux groupes de chasseurs-cueilleurs d'Afrique Centrale
Les populations d'essarteurs réparties dans la forêt équatoriale pratiquent l'agriculture itinérante en association. Au sein du système de production, les différentes activités - chasse, cueillette, piégeage, pêche et agriculture - se complètent. Toutefois l'agriculture y occupe la place principale.
Autour des champs, le piégeage des animaux (rongeurs, cochons sauvages, petites antilopes, etc.) se pratique en vue de la protection des cultures et fournit une partie de la nourriture carnée à la famille. Le piégeage lié à l'agriculture alterne avec le piégeage en forêt et avec la chasse collective (surtout aux filets).
La collecte (noix de palme Elaeis, de kola, champignons, termites, chenilles, etc.) se pratique soit dans les jachères, soit en forêt. L'Irvingia gabonensis, le Canarium schweinfurthii et localement le safoutier (Pachylobus edulis), ne sont généralement pas cultivés, mais des arbres sauvages sont exploités saisonnièrement lors de déplacements en forêt.
Le tableau 11 donne la liste de la plupart des ethnies d'essarteurs traditionnels du Cameroun, du Congo, du Gabon, de la Guinée Equatoriale, de la RCA et du Zaïre.
Dans le tableau 11, les ethnies sont classées par ordre alphabétique avec, en vis-à-vis, le(s) pays, l'unité ou les unités administrative(s) correspondante(s) (en italique), les données démographiques les plus récentes et, éventuellement, un commentaire sur la composition du groupe, le type d'échanges pratiqués, les sources démographiques. Par ailleurs, certaines ethnies ou ensembles ethniques comme les Nunu (Zaïre, Bandundu), les Songola (Zaïre, Kivu) et les Mvae (Cameroun, Océan, Ntem ; Gabon) comprennent des sous-groupes dont l'économie ne repose pas uniquement sur l'agriculture/chasse-collecte mais sur la pêche. Dans ce cas, seuls les sous-groupes d'essarteurs sont signalés dans le tableau. Lorsque nous ne disposions pas de données démographiques sur ces sous-groupes, les informations relatives à l'ethnie dans son ensemble sont reprises à titre indicatif. (Les groupes ethniques sont soulignés). La carte 9 positionne les ethnies citées en exemple dans le texte.
| Ethnies
|
|
| Ambede,
Gabon
|
45
à 60 000 Barett 1982
|
| Babole,
Congo
|
4
000 SIL 1989
|
| Badjoue,
Cameroun
|
|
| Bakwele,
Cameroun, Congo
|
8
à 16 000 SIL 1990
|
| Baali,
Zaïre
|
42
à 50 000 UBS, 1987; Huddleston, 1988
|
| Bamwe,
Djandu, Ndolo; Zaïre
|
Mumbanza Mwa Bawele, 1979
Complexe régional de la Ngiri. Relations symbiotiques avec des
pêcheurs spécialisés. Sociétés à
marché.
|
|
Bangando, Cameroun
|
2
700 SIL 1977
Associés aux Pygmées Baka
|
Bawandji, Gabon
|
6
à 14 000 CMA 1990
|
| Bira,
Zaïre
|
5
000 SIL 1987
Associés aux Pygmées Mbuti
|
| Boa,
Zaïre
|
80
000 SIL 1986
Sous-groupes : Apakibete, Boa-Ngombe
|
| Boma-Sakata,
Zaïre
|
Nkiere Bokuna Mpa-Osu, 1981
Complexe d'ethnies; Contacts avec des pêcheurs-commerçants
Bobangi, Bolobo.Insertion dans d'énormes réseaux avec
marchés.
|
| Bomasa,
Congo
|
un
seul village.
Associés aux Pygmées Aka-Mbenzele
|
| Bomoali,
Congo
|
5
000 SIL 1991
Associés aux Pygmées Aka-Mbenzele
|
| Bongom,
Congo, Gabon
|
11
000 SIL 1977
Associés aux Pygmées Bakola
|
| Boyela
, Zaïre
|
Deux
groupes : 33 000 (NE), 2 000 (SE) Sato 1983
N.E. : Mongo, relation symbiotique avec des Pygmées Twa. S-Egroupe !=.
|
| Bulu,
Cameroun
|
174
à 180 000 INSEE 1964, SIL 1982
Groupe apparenté aux Fang, proche des Zaman, Okak. Culture du cacao.
Vaste territoire 4.700 km2, densité 2,3 à 8,4
hab./km2
|
| Djem,
Nzime; Cameroun
|
|
| Djumbusanga
(Tetela), Zaïre
|
2
500 de Heusch, 1957
|
| Fang,
Cameroun, Guinée E., Gabon
|
525
000 Franqueville, 1971, 1965-67; SIL, 1982
Grand groupe linguistique, expansioniste. Nombreux sous-groupes (Okak, Ntumu,
Mvae...). Territoire 180.000 km2. Okak, Ntumu et Mvae entretiennent
des relations symbiotiques avec des Pygmées Kola
|
| Komo,
Zaïre
|
60
000 de Mahieu, 1985
Apparentés aux Bira. Chasseurs d'éléphants
spécialisés.
|
| Konabembe,
Cameroun, Congo
|
Associés
aux Pygmées Baka
|
| Kota,
Gabon, Congo
|
28
à 60 000 (!) CMA 1990
|
| Kote,
Nkundo; Zaïre
|
Beguin 1961
En contact avec des Pygmées Batswa. Densité de population : entre
5 et 14 hab./km2
|
| Kuba
et Bushoong, Zaïre
|
Vansina 1956, Esomba-Makunza, 1981
Associés à des Pygmées Twa. Limite forêt-savane
|
| Lese,
Zaïre
|
50
000 SIL 1991
Culturellement apparentés aux Mvuba. Relations symbiotiques avec des
Pygmées Efe.
|
| Lobola,
Likola, Dzamba, Zaïre
|
Complexe
régional de la Ngiri. Relations étroites avec des pêcheurs
spécialisés.
|
| Mabea,
Cameroun, Guinée E.
|
7
800 SIL 1987
Associés aux Pygmées Kola
|
| Maka,
Cameroun
|
80
000 SIL 1987
|
| Mbati
(Isongo), RCA
|
41
000 SIL 1988
|
| Mbomam,
Cameroun
|
Associés
aux Pygmées Baka
|
| Mbimu
(Mpyemo), RCA, Cameroun
|
10
000 estim.
Contacts avec Pygmées Aka et Baka
|
| Mboko,
Congo
|
|
| Mbo
(Ombo), Zaïre
|
3
000 Rösler, 1993
Territoire de 5.000 km2, densité 0,7. Relations avec 700
Pygmées Mbuti
|
| Mbosi,
Congo
|
169
000 Barret 1982
Ce chiffre reprend tous les locuteurs Mbosi (11% de la population nationale) ce
qui dépasse largement le nombre d'essarteurs traditionnels. Monoculture
de rente du manioc.
|
| Mvae,
Cameroun, Gabon
|
6
500 Franqueville, 1971
Territoire de 2.000 km2 densité entre 2,7 et 4,1. Relations
avec les Pygmées Kola
|
| Ndunga,
Zaïre
|
|
| Ngando,
RCA
|
5
600 SIL 1988
Associés aux Pygmées Aka. Sous-groupe : Enyèlè
(Congo).
|
| Ngandu,
Zaïre
|
25
000 estim.
Marginalement en contact avec Pygmées Mbuti
|
| Ngbaka
Ma'bo, RCA
|
61
000 SIL 1988
Associés aux Pygmées Aka.
|
| Ngombe,
Zaïre
|
|
| Ngumba,
Cameroun
|
9
700 SIL 1987
Associés aux Pygmées Kola
|
| Ngondi,
RCA
|
Associés
aux Pygmées Aka; apparentés aux Pende
|
| Ngundi,
Congo
|
Associés
aux Pygmées Aka-Mbenzele. Apparentés aux Bomasa
|
| Ntomba
Nord, Zaïre
|
23
800 Esol'eka, 1986
Apparentés aux Mongo.
|
| Okande,
Gabon
|
1
000 CMA 1990
|
| Pere,
Zaïre
|
15
000 Baudoux, 1989; Biebuyck, 1976
|
| Songola,
Zaïre
|
50
000 (total) Ankei, 1990
Complexe culturel composé de divers sous-groupes
spécialisé (agriculteurs + pêcheurs)
|
Toutes les populations réparties le long des fleuves et de leurs affluents se distinguent des autres groupes par la spécialisation de leurs activités, centrées sur la pêche et les échanges commerciaux.
Dans la zone du confluent du Zaïre et de l'Oubangui, ainsi que dans celles des vastes expansions marécageuses du Zaïre et de ses affluents, les riverains forment, depuis très longtemps, un immense réseau de diffusion de biens et de personnes.
Ce vaste réseau commercial doit se concevoir comme une succession de segments exploités chacun plus ou moins exclusivement par un groupe de pêcheurs-commerçants.
La diversité des niches écologiques en forêt inondée a provoqué des systèmes économiques différents selon les régions :
* des agriculteurs-pêcheurs des zones émergées
en permanence
* des pêcheurs spécialisés des marais et des
grands fleuves, qui ne cultivent pratiquement pas
* des pêcheurs-agriculteurs de la forêt inondée
dont l'économie est principalement tournée vers la pêche,
l'agriculture n'étant pratiquée qu'en appoint sur des petites
surfaces.
* Dans certains cas, comme les Nunu (Zaïre, Bandundu) ou les
Songola (Zaïre,Kivu), la même ethnie comprend des
sous-groupes qui ont adopté des systèmes adaptatifs
différents, plus ou moins spécialisés.
* D'autres populations telles que celles de la rivière Ngiri
(Zaïre, Equateur) sont insérées dans un complexe
régional comprenant des pêcheurs des marais, des
agriculteurs-pêcheurs de la forêt inondée et des
agriculteurs de terre ferme. Les relations commerciales se font souvent sur la
base d'alliances d'ethnie à ethnie.
La pêche est orientée vers le commerce. Tous ces groupes et ethnies échangent régulièrement (marché de troc ou avec argent) les produits de la pêche contre les produits de la forêt et de l'agriculture.
De ce fait, la prise en compte de la dépendance vis-à-vis de la forêt nécessite la prise en considération des complexes régionaux dans lesquels les sociétés sont impliquées.
Toutes ces sociétés de pêcheurs dépendent de la forêt pour les matériaux indispensables à la pêche : bois pour les pirogues, lianes et fibres diverses pour les engins et les nasses.
Voir SS V pour plus d'informations sur ces groupes
a) Les habitants des forêts inondées
Ces groupes alternent des séjours dans des villages de terre ferme, à la périphérie des marais, où ils pratiquent l'agriculture itinérante sur brûlis, et des expéditions de pêche de quatre à six mois par an, dans la forêt inondée.
La pêche est l'occupation principale, l'agriculture n'étant pratiquée que sur des petites surfaces. Un peu de chasse et de collecte complètent ces activités.
Le tableau 12 donne le nom des principales ethnies de pêcheurs de forêt inondée. Les ethnies sont classées par ordre alphabétique avec, en vis-à-vis, le(s) pays, l'unité ou les unités administratives correspondantes (en italique), les données démographiques les plus récentes, et, éventuellement, un commentaire sur la composition du groupe, le type d'échanges pratiqués, les sources démographiques.
Il s'agit là d'ethnies spécialisées dans la pêche, dont les villages sont disposés sur les berges des rivières telles que le Zaïre, l'Oubangui ou la Sangha, pratiquant une agriculture sur brûlis complémentaire. Plusieurs sont aussi d'éminents piroguiers et commerçants.
Certaines groupes du fleuve Zaïre, tels que les Libinza, les Bobangi et les Loki, sont d'anciens habitants des prairies flottantes et des marais qu'ils ont quitté pour s'installer sur les rives du Zaïre et pratiquer une pêche principalement destinée à l'approvisionnement des centres urbains[13].
Nous mentionnerons ici pour mémoire ces quelques groupes de l'Atlantique qui tournent le dos à la forêt, bien qu'elle leur fournisse la terre agricole, quelques ressources complémentaires de cueillette et de piégeage, les matériaux et les plantes médicinales.
| Ethnies
|
|
| Balobo,
Zaïre
|
forêt
inondée. Aghriculture + pêche. Complexe régional de la
Ngiri. Relations symbiotiques avec des pêcheurs
spécialisés. Marchés
|
| Boma-Sakata,
Zaïre
|
Agriculture
sur terres émergées, expéditions de pêche de 4
à
6 mois. Contacts avec des commerçants Bobangi. Immenses
réseaux commerciaux
|
| Bongili,
Congo
|
Marais
de la cuvette.
|
| Ntomba,
Zaïre (lac Tumba)
|
Lac
et marais. Associés aux Pygmées Twa.
|
| Nunu,
Zaïre
|
4
000 Harms, 1987; 1990
Réseaux d'échanges, commercialisation des produits. Territoire
800 km2
|
| Les
pêcheurs fluviaux
|
|
| Bobangi,
Congo
|
70
000 UBS 1990
Fleuve Congo. Pêcheurs, commerçants.
|
| Bomitaba
(Mbomotaba), Congo
|
7
000 SIL 1989
Rivières Likouala, Motaba
|
| Likuba,
Congo
|
Rivières
Likouala, Sanga
|
| Likwala,
Congo
|
Rivières
Likouala, Sangha et Likouala-aux-herbes
|
| Libinza,
Zaïre
|
7
à 10 000 Van Leynseele, 1978
Pêcheurs des prairies flottantes installés act. sur le Zaïre.
Complexe régional de la Ngiri
|
| Lokele,
Zaïre
|
150
000 Lokomba, 1972; UBS, 1980
Zaïre et Lomami. Pêcheurs renommés, grands voyageurs et
commerçants. Territoire ~ 60.000 km2
|
| Mboi,
Congo
|
Oubangui,
Alima, Mossaka
|
| Mbole,
Zaïre
|
Fleuve
Zaïre
|
| Monzombo,
RCA, Zaïre, Congo
|
12
000 SIL 1977
Oubangui.
|
| Ngbandi
(Yakoma), Zaïre, RCA
|
71
600 Bibeau, 1982, SIL 1992
pro-parte pêcheurs + commerçants sur l'Oubangui, pro parte
essarteurs. Forte mobilité par voie d'eau, grands piroguiers.
|
| Songola,
Enya (Wagenya) Zaïre
|
7
000 pêcheurs Ankei 1990
Ensemble pêcheurs spécialisés + agriculteurs. Commerce et
marchés.
|
| Les
pêcheurs côtiers
|
|
| Benga,
Guinée E., Gabon
|
2
000 SIL 1992
|
| Enanga,
Galwa; Gabon
|
5
à 7 000 estim.
Estuaire de l'Ogooué
|
| Iyasa,
Cameroun
|
1
500 SIL 1982
|
| Kombe,
Guinée E.
|
4
000 Nida 1972
|
| Mpongwe,
Gabon
|
2
500 SIL 1992
Estuaire de l'Ogooué
|
| Omyene,
Gabon
|
47
500 SIL 1992
Estuaire de l'Ogooué
|
[8] - Cf. ALEXANDRE & BINET, 1958; BINET, 1956; GUILBOT, 1951; BALANDIER, 1961, THOMAS 1963
[9]ALEXANDRE & BINET 1958 : "de Yaoundé à Brazzaville, il n'y a pas de marchés, ou plus précisément, ceux qui existent aujourd'hui ont été établis par les Européens ou à leur instigation". Cette absence de marché est également signalée par BALANDIER (1955 : 544).
[10] - Voir plus loin SS VII.
[11] - Cf. BAHUCHET 1991, ICHIKAWA 1991
[12] - PAGEZY, 1990, in litt.
[13] - Cf. HARMS (1980, 1981), LEBIGRE (1973)