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III - LES POPULATIONS FORESTIÈRES


A - LES MODES D'EXPLOITATION DU MILIEU

A travers la forêt de l'Atlantique aux Grands Lacs, du 4ème parallèle nord au 4ème parallèle sud, plusieurs modes d'exploitation du milieu coexistent.

Parmi ceux-ci, les essarteurs traditionnels de la forêt dense sont les plus nombreux (environ 80%). Ces populations pratiquent l'agriculture semi-itinérante et, de façon complémentaire, la chasse, la collecte et la pêche. Toutes dépendent des produits sauvages de la forêt, soit qu'elles pratiquent elles-même la chasse, la collecte et la pêche, soit qu'elles se les procurent auprès de chasseurs-collecteurs spécialisés (Pygmées) ou de pêcheurs spécialisés des grands cours d'eau.

Dans le bassin congolais, les grands fleuves forment de vastes extensions marécageuses de forêt inondée; ces niches écologiques particulières ont favorisé le développement de systèmes économiques spécifiques, comprenant des groupes de pêcheurs établis dans les îles au milieu des rivières, et des pêcheurs-agriculteurs cultivant les terres alluvionnaires. Depuis très longtemps, ces zones sont caractérisées par des échanges symbiotiques régionaux et par la spécialisation des activités dans la pêche et dans les échanges commerciaux.


* Les pêcheurs-agriculteurs des forêts inondées constituent environ 7% des populations forestières. Leur économie est plutôt orientée vers la pêche et, secondairement, vers l'agriculture.


* Les pêcheurs spécialisés représentent environ 8% des populations forestières. Ils exercent leurs activités soit dans les marais et les prairies flottantes, soit dans les larges fleuves du Bassin Congolais, ne produisent pratiquement pas de produits agricoles et se procurent les produits forestiers auprès d'agriculteurs.

Les chasseurs-collecteurs Pygmées, populations mobiles spécialisées dans la chasse et la collecte des produits sauvages, représentent près de 5% des populations d'Afrique Centrale; ils peuvent être regroupés en deux grandes catégories, selon qu'ils pratiquent ou non l'agriculture (pour leur propre compte).


* Tous les groupes pygmées ont toujours entretenu des relations très étroites avec les populations voisines d'agriculteurs, relations se marquant en particuilier par des échanges de biens et de nourriture - de ce fait, tous les Pygmées vivent en partie grâce à des ressources cultivées obtenues par échange.


* Toutefois, naguère majoritaire, les groupes pygmées pratiquant uniquement la chasse et dla cueillette sont désormais l'exception. En effet, la majorité actuellement entreprend une petite agriculture de complément - mais celle-ci est très rarement suffisante. Nous qualifierons ces groupes comme des chasseurs-cueilleurs en transition.

Types d'exploitation du milieu forestier en Afrique Centrale

B - PRINCIPALES CARACTéRISTIQUES DES SOCIéTéS FORESTIèRES

Les grands traits de l'organisation économique, politique et foncière des sociétés forestières, tels qu'ils ont pu être observés anciennement, sont encore aujourd'hui d'actualité et constituent les bases socio-culturelles sur lesquelles la modernité prend encrage. Les caractéristiques reprises ci-dessous devraient permettre une meilleur compréhension de la relation que ces sociétés entretiennent avec le milieu forestier et avec les sociétés voisines.

1) Caractère forestier des populations traditionnelles

Les essarteurs traditionnels, qui représentent la majorité des populations forestières en Afrique Centrale, dépendent, dans une large mesure, du milieu forestier. En général, les activités de prédation telles que la chasse, la collecte et la pêche font partie intégrante de leur système économique et culturel.

Contrairement à ce qu'on imagine trop souvent, les agriculteurs semi-itinérants de forêt sont des forestiers chevronnés qui maîtrisent de nombreuses techniques de chasse, de collecte et de pêche. Chaque hameau possède un territoire forestier important (dont la superficie est néanmoins largement inférieure à celle des chasseurs-cueilleurs).

Il est quelquefois difficile de séparer la culture de la collecte,car l'exploitation de plantes subspontanées et semi-sauvages dans les jachères est pratique courante.

Si les produits agricoles fournissent l'alimentation de base, il n'en reste pas moins que le gibier, le poisson et les produits de collecte constituent des aliments très appréciés, fournissant un complément nutritionnel indispensable (protéines, lipides et vitamines).

Par ailleurs, les nombreux rites associés aux activités cynégétiques sont révélateurs d'un attachement collectif très profond à la forêt. La plupart de ces sociétés ont une conception concentrique de l'espace. Certains lieux situés en forêt ont une valeur positive et peuvent correspondre à des espaces sacrés.

Il s'agit, par exemple, de "bois sacrés" situés à côté du village, contenant des arbres de très haute taille qu'il est interdit de couper, de collines, de grottes, de rochers et de cimetières où il est interdit de se déplacer librement.

2) Des économies symbiotiques aux économies spécialisées

En général, les sociétés forestières d'Afrique Centrale s'inscrivent dans des complexes symbiotiques régionaux. Plus une société est spécialisée (pêcheurs spécialisés, chasseurs-collecteurs, agriculteurs), plus ses membres auront tendance à vendre ou à échanger ce qu'ils produisent et à se procurer auprès de leurs voisins ce qu'ils ne produisent pas.

Partout, les essarteurs complètent leur alimentation par des produits forestiers suivant deux stratégies principales : soit qu'ils se procurent les produits forestiers auprès de groupes voisins, soit qu'ils se spécialisent eux-même dans la chasse et la collecte et qu'ils augmentent le temps consacré aux activités forestières.

Les sociétés du Bassin Congolais présentent comme nous l'avons dit une grande variété de types économiques. Ces sociétés sont rarement isolées et auto-subsistantes, elles entretiennent en général des relations étroites avec les groupes voisins.


* Dans le Sud du Cameroun (Département de l'Océan), le complexe symbiotique des pêcheurs maritimes Yassa, des agriculteurs-pêcheurs Mvae et des chasseurs-collecteurs en transition Gyeli en est un exemple. Le régime alimentaire de ces populations est caractérisé par des denrées que les ethnies ne produisent pas elle-mêmes mais qu'elles se procurent auprès de leurs voisins.


* Dans le Nord-Est du Zaïre (Equateur), le complexe régional de la Ngiri est composé d'ethnies de types économiques différents qui pratiquent entre autre des échanges institutionnalisés avec marchés : des groupes de pêcheurs se procurent les produits agricoles auprès de cultivateurs de terre ferme ou de forêt inondée. De la même façon, dans le Kivu, des Songola-pêcheurs vivent en symbiose avec des Songola-agriculteurs.


* Enfin, pratiquement partout où vivent des chasseurs-cueilleurs Pygmées, le même type de relation symbiotique existe de longue date avec des agriculteurs.

3) Sociétés sans marché , sociétés à marchés

Les sociétés où des marchés institutionnalisés n'existent pas ne sont pas pour autant des sociétés auto-subsistantes.

Toutes les sociétés forestières d'Afrique Centrale sont insérées dans de vastes réseaux d'échanges. Deux cas se dégagent :


* le premier concerne des sociétés où les populations se rendent régulièrement sur des marchés (avec argent ou troc), cette pratique très ancienne datant d'avant la période coloniale (cas des Songola - Zaïre, Kivu );


* le second cas concerne des sociétés où l'institution du marché n'existe pas mais où les produits locaux sont échangés sur de longues distances par le biais de solidarités lignagères et familiales. Dans ce type de société, la monétarisation fait certes partie de l'économie locale et des marchants ambulants vendent des produits manufacturés, mais la dynamique économique reposent principalement sur un système d'échanges qui ne relève pas d'une tradition commerciale de type occidentale (cas des Kwele, Bangando, Mbomam - Cameroun, Boumba-et-Ngoko -, Ngbaka'Mabo - RCA).

Dans le sud-est du Cameroun par exemple, les commerces sont principalement entre les mains de populations exogènes tels que les Bamiliké et les "Haoussa" qui possèdent des traditions commerciales solides. Ces marchands tiennent boutiques et débits de boisson dans les petits centres urbains ou aux grands carrefours, ils font du porte à porte et suivent le marché du café et du cacao en y étalant leurs produits. A l'exception de l'ivoire, la production locale n'est pas écoulée dans ces boutiques. On n'y trouve que les produits de la ville tels que du savon, du pétrole, des boïtes de sardines, des cahiers ou des vêtements.

La dynamique économique des sociétés sans marché repose sur d'anciennes institutions économiques mais surtout sociales dites "don et contre-don"[8].

Appelée bilaba chez les Bulu et les Fang (sud Cameroun, nord Guinée Equatoriale, nord Gabon), yele chez les Ngbaka 'Mabo (RCA), malaki chez les Ba-Kongo, cette institution, à la fois échange et lutte de prestige, consistait à échanger cérémonieusement des biens ou des denrées avec un esprit de surenchère, afin de sceller des relations d'entraide et d'alliance. Traditionnellement, deux chefs de famille, vivant parfois dans des villages très éloignés, rivalisaient ainsi de générosité. Ces pactes d'alliance ou d'amitié créaient une relation de parenté fictive afin d'étendre les relations de solidarité au delà de la parenté.

Actuellement, ce type de contrat persiste entre les membres d'une même ethnie vivant en forêt et ceux vivant en ville, ce qui favorise la circulation de produits manufacturés, mais forme aussi une contrainte sociale lourde pour les urbains. Encore aujourd'hui, des pactes d'alliance ou d'amitié sont scellés dans toutes ces sociétés. La forte mobilité individuelle qu'on y observe (visites plus ou moins longues, dans des villages parfois très éloignés les uns des autres) favorise d'ailleurs des échanges réguliers.

Loin d'être repliées sur elles-mêmes, ces sociétés sont bien animées par une dynamique économique propre à laquelle les développeurs doivent prêter attention plutôt que de tenter la création de marchés qui seront considérés par les populations locales comme artificiels[9].

4) Personnalité du leader dans les sociétés non hiérarchisées

La plupart des sociétés forestières d'Afrique Centrale ont un régime politique de type acéphale avec une organisation relativement peu hiérarchisée qui tourne autour du chef de lignage. Les qualités de leader constituent encore aujourd'hui un modèle, en tant que système de valeurs, auquel la jeune génération se réfère. Ces personnalités politiques influentes ne sont pas nécessairement les responsables administratifs.

La personnalité du leader est très répandue dans tout le bassin congolais, particulièrement chez les essarteurs traditionnels. Il s'agit d'un homme dans la force de l'âge dont la renommée repose sur les nombreuses alliances qu'il a contractées avec des "étrangers" à son groupe de parenté : alliances matrimoniales et pactes d'alliance et d'amitié.

Les qualités requises sont la richesse, la générosité et l'hospitalité. Ces hommes sont de grands polygynes à la tête de vastes plantations vivrières exploitées par leurs nombreuses épouses; ils possèdent de nombreux moutons (monnaie d'échange matrimoniale); ils entretiennent des relations régulières avec leurs belles-familles et avec leurs nombreux amis vis-à-vis desquels ils font preuve de générosité. Généralement, un leader plus ou moins important est à la tête d'un hameau; il vit avec ses vieux parents (son père étant le chef de lignage), éventuellement quelques un de ses frères ou de ses soeurs et leurs familles respectives.

La jeune génération à laquelle les programmes de coopération s'adresse souvent est imprégnée de ce système de valeurs traditionnelles, qui entre en contradiction avec celui de l'économie nationale reposant sur le principe de la rentabilité et de l'investissement économique.

6) Mobilité et territoires forestiers

En général, le rapport à la terre des essarteurs traditionnels s'oppose à celui des pêcheurs de la forêt inondée :


* Dans les sociétés de terre ferme, la propriété est collective, inaliénable, avec des imbriquations inter-ethniques.


* Dans les sociétés de forêt inondée, de pêcheurs en particulier, la propriété est à tendance individuelle et aliénable. [10]

Quelque soit le type de société, le terroir d'un village ou d'un hameau s'étend bien au-delà des terres cultivées et il est reconnu par le droit foncier coutumier.

Il en va de même avec les chasseurs-cueilleurs, où l'aire utilisée pour la chasse et la collecte par un ensemble de campements correspond à un territoire.

Les terroirs forestiers d'un campement pygmée s'étendent sur 300 à 400 km2 et correspondent à des zones que le groupe exploite chaque année aux saisons appropriées. Ces territoires sont délimités par des cours d'eau ou des collines.

La plupart des sociétés forestières sont caractérisées par une forte mobilité individuelle (institution des visites plus ou moins longues) et saisonnière.

C - LES CHASSEURS-COLLECTEURS

La forêt d'Afrique centrale abrite encore une importante population de chasseurs-collecteurs pygmées, morcelée en plusieurs groupes sans contact les uns avec les autres.

Leur économie est caractérisée par une association économique très étroite, souvent qualifiée de symbiose, avec des populations d'essarteurs forestiers.

De cette manière, on peut dire que les Pygmées sont des chaseurs-cueilleurs en ce qui concerne leurs techniques et leur emploi du temps, mais se rapproche des essarteurs en ce qui concerne leur régime alimentaire.

L'association est basée sur un échange de produits forestiers (surtout de la viande de chasse) et d'un apport de main d'oeuvre lors du défrichage des champs, contre des produits agricoles et des outils de fer.

Les Pygmées sont partout mobiles, mais à des degrés variables. En effet, une partie des groupes reste foncièrement impliquée dans une économie forestière, alors que d'autres groupes pygmées ont déjà adopté une agriculture d'appoint - sans pour autant négliger la chasse, au moins saisonnièrement.

Les groupes les plus mobiles sont les Baka (Cameroun), les Aka (RCA et Congo) et les divers Mbuti (Asua, Efè, Basua du Zaïre). Les groupes partiellement sédentarisés sont les Kola (Cameroun), les Bongo (Gabon) et les divers Twa du Zaïre.

Cependant, des modifications du mode de vie traditionnel sont observables partout : dans toutes les régions on rencontre des campements très traditionnels (donc très mobiles), des campements partiellement fixés pendant une moitié de l'année, et même des groupes totalement impliqués dans l'agriculture.[11]

La participation des Pygmées aux circuits de commerce régionaux n'est pas nouvelle, elle existe déjà dès le début de la traite européenne au XVIIe siècle (les Pygmées fournissaient de l'ivoire d'éléphant). Cependant, la demande croissante des villes et des bourgades d'employés (en particuliers autour des scieries) entraîne une augmentation dangereuse du commerce de viande de chasse, à laquelle est liée une monétarisation croissante des Pygmées et une pression accrûe sur ceux-ci.

Une monétarisation excessive a des effets particulièrement dramatiques lors des crises économiques, comme celle que subit actuellement le Zaïre :

dans l'Equateur, les groupes Twa qui avaient abandonné la forêt pour devenir manoeuvres dans les plantations de café et d'hévéa, se retrouvent sans emploi et sans ressources, mais néanmoins refusent de retourner à une vie nomade désormais oubliée : les cas de malnutrition grave ne se comptent plus, entraînant la mort des enfants et des vieillards les plus faibles[12].

Voir SS III pour les informations détaillées sur ces groupes

Principaux groupes de chasseurs-cueilleurs

Ethnies (synonymes)
Région, nombre
Source
Aka (Mbènzèlè, Bayaka, Babinga)
RCA, Congo : 30 à 35 000
Bahuchet (1985)

Langue bantoue.Vivent en relation avec des oubanguiens (Ngbaka, Yangere, Bofi, Biyanda) et des bantous (Ngando, Mbati, Pande, Pomo, Mbimu, Kako...)

Asua (Aka, != des Aka de RCA; Bambuti)
Zaïre, Ituri : quelques milliers


Langue soudanaise. Vivent en contact avec des groupes Mangbétu (Maele, Meje, Aberu et Popoi), Babudu, Bandaka, Baberu, Babali (Bailey et al, 1990).

Babongo (Akoa, Bazimba)
Gabon : 2000 au total
Bailey Bahuchet & Hewlett, 1990

Langues bantoues. Entre Franceville, Mbigou, Bone, Lambarene et Njole; Près de Moabi; Village Pointe Denis (Akoa)

Baka (Bangombe)
S-E. Cameroun, N. Gabon, N.O. Congo : 30 à 40 000
Bailey Bahuchet & Hewlett, 1990

Langue ouganguienne. Vivent en relation avec des bantous (Kwele, Mbomam, Mvonmvon, Konabemebe, Djem, Nzime) et des oubanguiens (Bangando, Gbaya).

Efe (Bambuti)
Zaïre (Ituri), ~ 10 000
Bailey Bahuchet & Hewlett, 1990

Langue soudanaise. Dispersés du nord à l'est de la forêt de l'Ituri. Zones de Mambassa, Watsa, Irumu et Djugu. Relations avec des Lese, Karo, Mvuba, Lombi, Mamvu et Bira.

Kola (Gyeli, Bagyeli)
S.O. Cameroun : 3 500
Loung 1991

Langue bantoue. Contacts avec des Basa, Ngumba, Mabea, Batanga, Iyasa.

Mbuti (Basua, Kango)
Zaïre : 7 500
Bailey Bahuchet & Hewlett, 1990

Langue bantoue. En contact avec des Babila, Bandala dans le centre et le sud de l'Ituri.

Twa des Ntomba
Zaïre (lac Tumba) : 14 000
Pagezy, 1988

Langue bantoue. Région marécageuse. Caste dans les sociétés Mongo, Ntomba, Ekonda, Bolia (appelés Oto).

Twa du Kasaï
Zaïre (Kasaï)


Langue bantoue. Zone lisière forêt-savane. Contact avec des Luba et des Ndengese.

Les principaux groupes de chasseurs-cueilleurs d'Afrique Centrale

D - LES ESSARTEURS TRADITIONNELS

1) Caractéristiques

Les populations d'essarteurs réparties dans la forêt équatoriale pratiquent l'agriculture itinérante en association. Au sein du système de production, les différentes activités - chasse, cueillette, piégeage, pêche et agriculture - se complètent. Toutefois l'agriculture y occupe la place principale.

Autour des champs, le piégeage des animaux (rongeurs, cochons sauvages, petites antilopes, etc.) se pratique en vue de la protection des cultures et fournit une partie de la nourriture carnée à la famille. Le piégeage lié à l'agriculture alterne avec le piégeage en forêt et avec la chasse collective (surtout aux filets).

La collecte (noix de palme Elaeis, de kola, champignons, termites, chenilles, etc.) se pratique soit dans les jachères, soit en forêt. L'Irvingia gabonensis, le Canarium schweinfurthii et localement le safoutier (Pachylobus edulis), ne sont généralement pas cultivés, mais des arbres sauvages sont exploités saisonnièrement lors de déplacements en forêt.

2) Principales ethnies

Le tableau 11 donne la liste de la plupart des ethnies d'essarteurs traditionnels du Cameroun, du Congo, du Gabon, de la Guinée Equatoriale, de la RCA et du Zaïre.

Dans le tableau 11, les ethnies sont classées par ordre alphabétique avec, en vis-à-vis, le(s) pays, l'unité ou les unités administrative(s) correspondante(s) (en italique), les données démographiques les plus récentes et, éventuellement, un commentaire sur la composition du groupe, le type d'échanges pratiqués, les sources démographiques. Par ailleurs, certaines ethnies ou ensembles ethniques comme les Nunu (Zaïre, Bandundu), les Songola (Zaïre, Kivu) et les Mvae (Cameroun, Océan, Ntem ; Gabon) comprennent des sous-groupes dont l'économie ne repose pas uniquement sur l'agriculture/chasse-collecte mais sur la pêche. Dans ce cas, seuls les sous-groupes d'essarteurs sont signalés dans le tableau. Lorsque nous ne disposions pas de données démographiques sur ces sous-groupes, les informations relatives à l'ethnie dans son ensemble sont reprises à titre indicatif. (Les groupes ethniques sont soulignés). La carte 9 positionne les ethnies citées en exemple dans le texte.

Principaux essarteurs d'Afrique centrale

Ethnies

Ambede, Gabon
45 à 60 000 Barett 1982
Babole, Congo
4 000 SIL 1989
Badjoue, Cameroun

Bakwele, Cameroun, Congo
8 à 16 000 SIL 1990
Baali, Zaïre
42 à 50 000 UBS, 1987; Huddleston, 1988
Bamwe, Djandu, Ndolo; Zaïre
Mumbanza Mwa Bawele, 1979

Complexe régional de la Ngiri. Relations symbiotiques avec des pêcheurs spécialisés. Sociétés à marché.

Bangando, Cameroun
2 700 SIL 1977

Associés aux Pygmées Baka

Groupes d'essarteurs traditionnels en Afrique Centrale
(
mentionnés dans le texte).

Bawandji, Gabon

6 à 14 000 CMA 1990
Bira, Zaïre
5 000 SIL 1987

Associés aux Pygmées Mbuti

Boa, Zaïre
80 000 SIL 1986

Sous-groupes : Apakibete, Boa-Ngombe

Boma-Sakata, Zaïre
Nkiere Bokuna Mpa-Osu, 1981

Complexe d'ethnies; Contacts avec des pêcheurs-commerçants Bobangi, Bolobo.Insertion dans d'énormes réseaux avec marchés.

Bomasa, Congo
un seul village.

Associés aux Pygmées Aka-Mbenzele

Bomoali, Congo
5 000 SIL 1991

Associés aux Pygmées Aka-Mbenzele

Bongom, Congo, Gabon
11 000 SIL 1977

Associés aux Pygmées Bakola

Boyela , Zaïre
Deux groupes : 33 000 (NE), 2 000 (SE) Sato 1983

N.E. : Mongo, relation symbiotique avec des Pygmées Twa. S-Egroupe !=.

Bulu, Cameroun
174 à 180 000 INSEE 1964, SIL 1982

Groupe apparenté aux Fang, proche des Zaman, Okak. Culture du cacao. Vaste territoire 4.700 km2, densité 2,3 à 8,4 hab./km2

Djem, Nzime; Cameroun

Djumbusanga (Tetela), Zaïre
2 500 de Heusch, 1957
Fang, Cameroun, Guinée E., Gabon
525 000 Franqueville, 1971, 1965-67; SIL, 1982

Grand groupe linguistique, expansioniste. Nombreux sous-groupes (Okak, Ntumu, Mvae...). Territoire 180.000 km2. Okak, Ntumu et Mvae entretiennent des relations symbiotiques avec des Pygmées Kola

Komo, Zaïre
60 000 de Mahieu, 1985

Apparentés aux Bira. Chasseurs d'éléphants spécialisés.

Konabembe, Cameroun, Congo
Associés aux Pygmées Baka
Kota, Gabon, Congo
28 à 60 000 (!) CMA 1990
Kote, Nkundo; Zaïre
Beguin 1961

En contact avec des Pygmées Batswa. Densité de population : entre 5 et 14 hab./km2

Kuba et Bushoong, Zaïre
Vansina 1956, Esomba-Makunza, 1981

Associés à des Pygmées Twa. Limite forêt-savane

Lese, Zaïre
50 000 SIL 1991

Culturellement apparentés aux Mvuba. Relations symbiotiques avec des Pygmées Efe.

Lobola, Likola, Dzamba, Zaïre
Complexe régional de la Ngiri. Relations étroites avec des pêcheurs spécialisés.
Mabea, Cameroun, Guinée E.
7 800 SIL 1987

Associés aux Pygmées Kola

Maka, Cameroun
80 000 SIL 1987
Mbati (Isongo), RCA
41 000 SIL 1988
Mbomam, Cameroun
Associés aux Pygmées Baka
Mbimu (Mpyemo), RCA, Cameroun
10 000 estim.

Contacts avec Pygmées Aka et Baka

Mboko, Congo

Mbo (Ombo), Zaïre
3 000 Rösler, 1993

Territoire de 5.000 km2, densité 0,7. Relations avec 700 Pygmées Mbuti

Mbosi, Congo
169 000 Barret 1982

Ce chiffre reprend tous les locuteurs Mbosi (11% de la population nationale) ce qui dépasse largement le nombre d'essarteurs traditionnels. Monoculture de rente du manioc.

Mvae, Cameroun, Gabon
6 500 Franqueville, 1971

Territoire de 2.000 km2 densité entre 2,7 et 4,1. Relations avec les Pygmées Kola

Ndunga, Zaïre

Ngando, RCA
5 600 SIL 1988

Associés aux Pygmées Aka. Sous-groupe : Enyèlè (Congo).

Ngandu, Zaïre
25 000 estim.

Marginalement en contact avec Pygmées Mbuti

Ngbaka Ma'bo, RCA
61 000 SIL 1988

Associés aux Pygmées Aka.

Ngombe, Zaïre

Ngumba, Cameroun
9 700 SIL 1987

Associés aux Pygmées Kola

Ngondi, RCA
Associés aux Pygmées Aka; apparentés aux Pende
Ngundi, Congo
Associés aux Pygmées Aka-Mbenzele. Apparentés aux Bomasa
Ntomba Nord, Zaïre
23 800 Esol'eka, 1986

Apparentés aux Mongo.

Okande, Gabon
1 000 CMA 1990
Pere, Zaïre
15 000 Baudoux, 1989; Biebuyck, 1976
Songola, Zaïre
50 000 (total) Ankei, 1990

Complexe culturel composé de divers sous-groupes spécialisé (agriculteurs + pêcheurs)

Voir SS IV pour les informations détaillées sur ces groupes

E - LES POPULATIONS RIPUAIRES

1) Caractéristiques

Toutes les populations réparties le long des fleuves et de leurs affluents se distinguent des autres groupes par la spécialisation de leurs activités, centrées sur la pêche et les échanges commerciaux.

Dans la zone du confluent du Zaïre et de l'Oubangui, ainsi que dans celles des vastes expansions marécageuses du Zaïre et de ses affluents, les riverains forment, depuis très longtemps, un immense réseau de diffusion de biens et de personnes.

Ce vaste réseau commercial doit se concevoir comme une succession de segments exploités chacun plus ou moins exclusivement par un groupe de pêcheurs-commerçants.

La diversité des niches écologiques en forêt inondée a provoqué des systèmes économiques différents selon les régions :


* des agriculteurs-pêcheurs des zones émergées en permanence


* des pêcheurs spécialisés des marais et des grands fleuves, qui ne cultivent pratiquement pas


* des pêcheurs-agriculteurs de la forêt inondée dont l'économie est principalement tournée vers la pêche, l'agriculture n'étant pratiquée qu'en appoint sur des petites surfaces.


* Dans certains cas, comme les Nunu (Zaïre, Bandundu) ou les Songola (Zaïre,Kivu), la même ethnie comprend des sous-groupes qui ont adopté des systèmes adaptatifs différents, plus ou moins spécialisés.


* D'autres populations telles que celles de la rivière Ngiri (Zaïre, Equateur) sont insérées dans un complexe régional comprenant des pêcheurs des marais, des agriculteurs-pêcheurs de la forêt inondée et des agriculteurs de terre ferme. Les relations commerciales se font souvent sur la base d'alliances d'ethnie à ethnie.

La pêche est orientée vers le commerce. Tous ces groupes et ethnies échangent régulièrement (marché de troc ou avec argent) les produits de la pêche contre les produits de la forêt et de l'agriculture.

De ce fait, la prise en compte de la dépendance vis-à-vis de la forêt nécessite la prise en considération des complexes régionaux dans lesquels les sociétés sont impliquées.

Toutes ces sociétés de pêcheurs dépendent de la forêt pour les matériaux indispensables à la pêche : bois pour les pirogues, lianes et fibres diverses pour les engins et les nasses.

Voir SS V pour plus d'informations sur ces groupes

2) Principales ethnies


a) Les habitants des forêts inondées

Ces groupes alternent des séjours dans des villages de terre ferme, à la périphérie des marais, où ils pratiquent l'agriculture itinérante sur brûlis, et des expéditions de pêche de quatre à six mois par an, dans la forêt inondée.

La pêche est l'occupation principale, l'agriculture n'étant pratiquée que sur des petites surfaces. Un peu de chasse et de collecte complètent ces activités.

Le tableau 12 donne le nom des principales ethnies de pêcheurs de forêt inondée. Les ethnies sont classées par ordre alphabétique avec, en vis-à-vis, le(s) pays, l'unité ou les unités administratives correspondantes (en italique), les données démographiques les plus récentes, et, éventuellement, un commentaire sur la composition du groupe, le type d'échanges pratiqués, les sources démographiques.

b) Les pêcheurs fluviaux

Il s'agit là d'ethnies spécialisées dans la pêche, dont les villages sont disposés sur les berges des rivières telles que le Zaïre, l'Oubangui ou la Sangha, pratiquant une agriculture sur brûlis complémentaire. Plusieurs sont aussi d'éminents piroguiers et commerçants.

Certaines groupes du fleuve Zaïre, tels que les Libinza, les Bobangi et les Loki, sont d'anciens habitants des prairies flottantes et des marais qu'ils ont quitté pour s'installer sur les rives du Zaïre et pratiquer une pêche principalement destinée à l'approvisionnement des centres urbains[13].

c) Les pêcheurs côtiers

Nous mentionnerons ici pour mémoire ces quelques groupes de l'Atlantique qui tournent le dos à la forêt, bien qu'elle leur fournisse la terre agricole, quelques ressources complémentaires de cueillette et de piégeage, les matériaux et les plantes médicinales.

Quelques habitants de la forêt inondée

Ethnies

Balobo, Zaïre
forêt inondée. Aghriculture + pêche. Complexe régional de la Ngiri. Relations symbiotiques avec des pêcheurs spécialisés. Marchés
Boma-Sakata, Zaïre
Agriculture sur terres émergées, expéditions de pêche de 4 à

6 mois. Contacts avec des commerçants Bobangi. Immenses réseaux commerciaux

Bongili, Congo
Marais de la cuvette.
Ntomba, Zaïre (lac Tumba)
Lac et marais. Associés aux Pygmées Twa.
Nunu, Zaïre
4 000 Harms, 1987; 1990

Réseaux d'échanges, commercialisation des produits. Territoire 800 km2

Les pêcheurs fluviaux

Bobangi, Congo
70 000 UBS 1990

Fleuve Congo. Pêcheurs, commerçants.

Bomitaba (Mbomotaba), Congo
7 000 SIL 1989

Rivières Likouala, Motaba

Likuba, Congo
Rivières Likouala, Sanga
Likwala, Congo
Rivières Likouala, Sangha et Likouala-aux-herbes
Libinza, Zaïre
7 à 10 000 Van Leynseele, 1978

Pêcheurs des prairies flottantes installés act. sur le Zaïre. Complexe régional de la Ngiri

Lokele, Zaïre
150 000 Lokomba, 1972; UBS, 1980

Zaïre et Lomami. Pêcheurs renommés, grands voyageurs et commerçants. Territoire ~ 60.000 km2

Mboi, Congo
Oubangui, Alima, Mossaka
Mbole, Zaïre
Fleuve Zaïre
Monzombo, RCA, Zaïre, Congo
12 000 SIL 1977

Oubangui.

Ngbandi (Yakoma), Zaïre, RCA
71 600 Bibeau, 1982, SIL 1992

pro-parte pêcheurs + commerçants sur l'Oubangui, pro parte essarteurs. Forte mobilité par voie d'eau, grands piroguiers.

Songola, Enya (Wagenya) Zaïre
7 000 pêcheurs Ankei 1990

Ensemble pêcheurs spécialisés + agriculteurs. Commerce et marchés.

Les pêcheurs côtiers

Benga, Guinée E., Gabon
2 000 SIL 1992
Enanga, Galwa; Gabon
5 à 7 000 estim.

Estuaire de l'Ogooué

Iyasa, Cameroun
1 500 SIL 1982
Kombe, Guinée E.
4 000 Nida 1972
Mpongwe, Gabon
2 500 SIL 1992

Estuaire de l'Ogooué

Omyene, Gabon
47 500 SIL 1992

Estuaire de l'Ogooué

Localisation des principaux groupes de pêcheurs en Afrique centrale

[8] - Cf. ALEXANDRE & BINET, 1958; BINET, 1956; GUILBOT, 1951; BALANDIER, 1961, THOMAS 1963

[9]ALEXANDRE & BINET 1958 : "de Yaoundé à Brazzaville, il n'y a pas de marchés, ou plus précisément, ceux qui existent aujourd'hui ont été établis par les Européens ou à leur instigation". Cette absence de marché est également signalée par BALANDIER (1955 : 544).

[10] - Voir plus loin SS VII.

[11] - Cf. BAHUCHET 1991, ICHIKAWA 1991

[12] - PAGEZY, 1990, in litt.

[13] - Cf. HARMS (1980, 1981), LEBIGRE (1973)


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