Par Amérindiens, il faut entendre ici les descendants des populations précolombiennes s'identifiant encore comme appartenant à une entité indigène nommée et culturellement marquée (Carneiro da Cunha, 1986). Il ne s'agit donc nullement d'une définition génétique. D'autre part, ce terme global, forgé par la recherche, ne correspond pas à un concept utilisé par l'ensemble des populations concernées, même si, pour des raisons politiques, de nombreux militants indigènes l'utilisent désormais fréquemment pour se distinguer des autres populations, en particulier métisses.
La réalité contemporaine est cependant porteuse de traits socioculturels hérités de la période précolombienne. Nous sommes face à une infinie diversité de peuples parlant des langues extrêmement variées (Grimes, 1988) et dont aucun n'est vraiment en position de domination massive sur les autres.
La grande différence entre la situation actuelle et celle de la période de la Conquête réside en quatre points essentiels :
* le nombre d'ethnies a subi une énorme ablation cependant que le
total général de la population autochtone, après un
écroulement ne touchant pas toutes les ethnies au même moment, est
loin d'être revenu à son point de départ;
* les populations allogènes, d'abord très minoritaires, sont
devenues à partir de la fin du XIXe siècle seulement,
majoritairement écrasantes (Moreira Neto, 1988);
* les populations indigènes n'occupent plus de façon
pertinente que des fractions du territoire concerné, fréquemment
les hauts bassins des grands cours d'eau;
* conséquemment aux trois points précédents, on est
passé d'une couverture démographique assez bien répartie
à un peuplement en points ou taches, marqué en particulier par
l'apparition de populations isolées, entraînant la
désarticulation de denses réseaux commerciaux et de flux
culturels intenses que les récents résultats de la recherche
archéologique, confrontés aux textes des XVIe et
XVIIe siècles, laissent entrevoir (Roosevelt, 1989).
* enfin, partout les Amérindiens sont discriminés et soumis
à un processus d'intégration faisant d'eux des citoyens de second
ordre (Jimeno, 1989).