<< >> Up Title Contents

A - SITUATION GéOGRAPHIQUE ET DéMOGRAPHIQUE

Faire l'inventaire des populations de la Grande Amazonie n'est pas chose facile. Les chiffres éparpillés dans des travaux différents pour chaque État sont souvent contrastés, allant dans les cas extrêmes, du simple au double[4]. Ceci tient à certaines difficultés que l'on peut identifier ainsi :


* Dans les États bordant la Cordillère des Andes, il est délicat de différencier les Amérindiens spécifiquement amazoniens de ceux ayant récemment émigré des hautes terres. Dans le présent travail, le parti a été pris d'exclure ces derniers dans la mesure où ils appartiennent à une frange pionnière au même titre que les autres nationaux de ces pays. A l'inverse, ont été retenues diverses populations de langue quichua (langue indigène dominante de la région andine) lorsqu'il s'agit de groupes amazoniens indigènes acculturés linguistiquement au cours des cent dernières années.


* De nombreuses ethnies sont à cheval sur plusieurs États, ce qui entraîne soit des omissions, soit des doubles comptages.


* A l'intérieur de chacun des États envisagés, existent des membres de populations amérindiennes totalement détribalisés et ne se rattachant plus directement à l'unité ethnique en question. Leur comptage exact n'a jamais été fait autrement que par des approximations souvent grossières et abusives. Il n'a été tenu compte, dans ce cas, que de populations ayant récemment revendiqué leur identité indigène et pour lesquelles des estimations raisonnables ont été tentées.


* Reste le délicat problème de la notion même d'ethnie. Le critère principal retenu a été celui d'une même culture partagée et le plus souvent, mais pas toujours, celui d'une langue commune. Dans le cas de populations bien circonscrites géographiquement, le choix est simple, car alors les notions de territoire, langue et culture se superposent totalement (cas des Araweté ou des Piaroa). Dans le cas de populations à grande extension géographique, des problèmes divers surgissent : soit que les populations aient une frange déjà fortement acculturée (cas des Kokama), voire métissée (cas des Arawak-Lokono), soit qu'elles n'aient pas notion de leur grande unité globale (cas des Yanomami); dans ce dernier exemple, c'est l'unité linguistique et culturelle mais non territoriale qui a prévalu. Dans d'autres cas, des populations parlant des langues différentes mais participant d'un même complexe territorial, politique, culturel et rituel, ont été considérées comme une même unité (cas des Xinguano, réunissant neuf petits groupes ethniques). D'autres unités ethniques ont été identifiées sur la base de leur exogamie obligatoire (cas des Tukano réunissant dix huit sous-groupes (Jackson, 1983)). Des ethnies encore autonomes il y a peu de temps et actuellement en cours de fusion ont été présentées comme un seul item, avec préservation de leurs divers noms (cas des Wayana/Apalai). Enfin, le critère d'unité linguistique et culturelle a permis de souder certaines réalités territoriales et écologiques complexes, telles celle des Guahibo, dispersés sur une surface considérable, adaptés à des milieux écologiques différents (savane, forêt ombrophile, forêt galerie) et entrecoupés par des peuplements indigènes différents ou métis.

L'ensemble des cas de figure qui viennent d'être envisagés est basé sur la littérature existante et il est plus que probable que certaines frontières ethniques sont susceptibles de révision (cas des ethnies de langues pano des confins brésilo-péruviens tels que les Amawaka, les Yaminawa et autres peuples porteurs du suffixe -nawa (Erikson, 1991), ou encore cas des groupes arawak du haut Rio Negro et du haut Orénoque, comme les Kuripako, Baniwa et Warekena (Hill, 1983)).

Tous les chiffres donnés ici ne peuvent bien entendu pas rendre compte des mariages inter-tribaux dont l'importance n'est négligeable ni dans l'Amazonie d'hier ni dans celle d'aujourd'hui, et qui affectent les groupes ethniques de façon très variable selon leur degré d'ouverture à l'autre.

Enfin, partout où les recensements n'étaient pas précis, et où l'estimation était fournie par une fourchette, c'est, sauf recoupements permettant de pencher d'un côté ou de l'autre, la moyenne des extrêmes qui a été retenue.

Toutes réserves et critiques énoncées, les principales sources généralistes utilisées pour l'identification et la démographie des ethnies indigènes de la Grande Amazonie sont les suivantes :

- 1971 : Situación del Indigena en America del Sur.

- 1982 : Ans, M. d', L'Amazonie péruvienne indigène.

- 1987 : Povos indígénas no Brasil, 1985/86.

- 1987 : Zolezzi, G. & Riester, J., Lenguas indigenas del Oriente boliviano : classificacion preliminar.

- 1988 : Grimes, B.F. éd., Ethnologue, languages of the world.

- 1988 : Características etnográficas de la población indígena venezolana.

- 1989 : Heredia Martinez, W. Peru : Estado das comunidades indigenas amazonicas.

- 1990 : Grenand, P. & Grenand, F., Les Amérindiens, des peuples pour la Guyane de demain.

- 1991 : Povos indígenas no Brasil, 1987/88/89/90.

- 1992 : Ribera, C. N., Reconocimiento, demarcación y control de territorios indigenas : situación y experiencias en Bolivia.

- s.d. : Sánchez, E., Roldán, R. & Sánchez M.F., Bases para la conformación de las Entidades territoriales indigenas [Colombie].

tableau 2 : Les populations de la Grande Amazonie[5] par État

État

population

indigène

nombre

d'ethnies

moyenne

par ethnie

densité indigène,

au km2






Bolivie
113 174
26
4 353
0,16
Brésil
145 132
92
1 580
0,02
Colombie
80 431
24
3 350
0,12
Équateur
47 500
7
6 780
0,36
Guyana
35 360
7
5 050
0,16
Guyane Fr.
4 194
6
700
0,04
Pérou
178 471
45
3 970
0,24
Surinam
9 303
4
2 320
0,05
Venezuela
84 677
19
4 460
0,14





TOTAL
698 252
182[6]
3 618
0,14 h/km2

Le total est de 698 252 Amérindiens pour l'ensemble de la Grande Amazonie (cf. tableau 2). Ce chiffre peut paraître faible; il traduit dans sa brutalité la réduction drastique de population depuis le XVIe siècle, époque à laquelle elle était estimée à 6 800 000 personnes (Denevan, 1977). Pourtant ce même chiffre traduit (cf. infra) une remontée très nette depuis les années 1950. A titre d'exemple, la population indigène de l'ensemble du Brésil (incluant des régions qui ne sont pas prises en compte ici) était estimée par D. Ribeiro (1979) en 1957 à 99 700 personnes alors qu'elle s'élève aujourd'hui à 228 000 personnes (Aconteceu, 1986). Même si l'on tient compte que l'on manquait à

carte 2 : Les grandes zones de peuplement indigène de l'Amazonie

l'époque de recensements précis, en particulier pour certains groupes alors non contactés, nous sommes bien face à une remontée démographique extrêmement nette.

Si l'on compare les tableaux 1 et 2, on note une répartition tout à fait inégale de la population indigène amazonienne selon la superficie en basses terres de chaque pays. Les chiffres renvoient de façon sous-jacente à des concentrations régionales qui apparaissent sur la carte 2 (<<Les grandes zones de peuplement indigène de l'Amazonie>>). Y ont été définies neuf zones de peuplement majeur, regroupant 64 % de la population indigène totale sur moins du quart de la superficie de la Grande Amazonie. On notera la position périphérique et bi- ou tri-frontalière de ces secteurs de concentration (cf. tableau 4), qui les transforme en de véritables terres-refuges.

Le tableau suivant collationne toutes les ethnies qui entrent dans cette étude.

tableau 3 : Les ethnies de la Grande Amazonie

ndeg. d'ordre

ethnie
État(s)

Le numéro ici attribué est celui sous lequel est localisée l'ethnie sur la carte ndeg. I, <<Les ethnies amérindiennes de la Grande Amazonie>> du volume II d'atlas.


* Les États sont présentés par ordre d'importance de la fraction de la population concernée.

1

Achagua
Colombie
2
Achuar
Pérou, Équateur
3
Aguano
Pérou
4
Aguaruna
Pérou
5
Akawayo/Ingariko (Kapon)
Guyana, Brésil, Venezuela
6
Amanayé/Anambé
Brésil
7
Amawaka
Pérou, Brésil
8
Amuesha
Pérou
9
Andoke
Colombie, Pérou
10
Apinayé
Brésil
11
Apurinã
Brésil
12
Arabela
Pérou
13
Araona
Bolivie
14
Arara (Itogapuk)
Brésil
15
Arara (Karib)
Brésil
16
Arawak-Lokono
Guyana, Surinam, Guyane Fr.
17
Araweté
Brésil
18
Asurini (Akwa)
Brésil
19
Asurini (Xingu)
Brésil
20
Ava-Canoeiros
Brésil
21
Bakairi
Brésil
22
Baniwa
Brésil, Venezuela
23
Bare
Brésil, Venezuela
24
Bauré
Bolivie
25
Betoye
Colombie
26
Bora/Miraña
Pérou, Colombie, Brésil
27
Bororo
Brésil
28
Chacobo
Bolivie
29
Chamikuro
Pérou
30
Chayahuita
Pérou
31
Chikito
Bolivie
32
Chimane
Bolivie
33
Cinta-Larga (a) (Digüt)
Brésil
34
Cujareño
Pérou
35
Emerillon
Guyane Française
36
Enauenê-Nauê
Brésil
37
Esse-Ejja
Bolivie, Pérou
38
Gavião (Parkatejê)
Brésil
39
Guahibo (Sikwani)
Colombie, Venezuela
40
Guaja
Brésil
41
Guajajara
Brésil
42
Guarayo
Bolivie
43
Guayabero
Colombie
44
Harakmbet
Pérou
45
Hoti
Venezuela
46
Huambisa
Pérou
47
Ikito
Pérou
48
Ingano
Colombie
49
Isconahua (Remo)
Pérou
50
Itonama
Bolivie
51
Izoceño
Bolivie
52
Jebero
Pérou
53
Juruna
Brésil
54
Kampa
Pérou, Brésil
55
Kamsa
Colombie
56
Kanamari
Brésil
57
Kandoshi
Pérou
58
Kanela
Brésil
59
Kanishana
Bolivie
60
Kapanahua
Pérou
61
Karaja
Brésil
62
Karib

(Galibi, Kaliña)

Guyana, Venezuela, Surinam,

Guyane Fr., Brésil

63
Karijona
Colombie
64
Karipuna (Pano)
Brésil
65
Karipuna/

Galibi-Uaça

Brésil
66
Karitiana
Brésil
67
Kashibo/Kakataibo
Pérou
68
Katukina (Dyapa)
Brésil
69
Katukina (Waninawa)
Brésil
70
Kauixana
Brésil
71
Kavineño
Bolivie
72
Kaxarari
Brésil
73
Kaxinawa
Brésil, Pérou
74
Kayabi/Apiaka
Brésil
75
Kayapo méridionaux
Brésil
76
Kayapo septentrionaux
Brésil
77
Kayuvava
Bolivie
78
Kofan
Colombie, Équateur
79
Kokama/Kambeba
Pérou, Brésil
80
Koreguaje
Colombie
81
Kraho
Brésil
82
Krikati
Brésil
83
Kulina
Brésil, Pérou
84
Kuripako
Colombie, Venezuela, Brésil
85
Lamistas
Pérou
86
Leko
Bolivie
87
Machiguenga
Pérou
88
Maku
Brésil; Colombie
89
Makurap (b)
Brésil
90
Makushi
Brésil, Guyana
91
Mapoyo
Venezuela
92
Marubo
Brésil
93
Maxineri
Brésil
94
Mayoruna/Matis
Brésil, Pérou
95
Moré
Bolivie
96
Morunahua/

Mastanahua

Pérou
97
Moseten
Bolivie
98
Movima
Bolivie
99
Moxo
Bolivie
100
Munduruku
Brésil
101
Mura
Brésil
102
Mura-Pirahã
Brésil
103
Nambikwara
Brésil
104
Nomachiguenga
Pérou
105
Nukini (Remo)
Brésil
106
Okaina
Pérou
107
Orejone
Pérou
108
Pakaa-Nova
Brésil
109
Pakaguara
Bolivie
110
Palikur
Brésil, Guyane Fr.
111
Panare
Venezuela
112
Parakanã
Brésil
113
Pareci/Irantxe/

Myky

Brésil
114
Parintintin
Brésil
115
Parkenawa
Pérou
116
Patamona (Kapon)
Guyana
117
Paumari
Brésil
118
Paunaka
Bolivie
119
Pauserna
Bolivie
120
Pemon
Venezuela, Brésil, Guyana
121
Piapoko
Colombie, Venezuela
122
Piaroa
Venezuela, Colombie
123
Piro
Pérou
124
Pisabo
Pérou
125
Poturuyar
Brésil
126
Poyanawa
Brésil
127
Puinave
Colombie, Venezuela
128
Pukobyé
Brésil
129
Quechua

(Canelo, Quixo)

Équateur, Pérou
130
Reyesanos
Bolivie
131
Rikbaktsa
Brésil
132
Saliba
Colombie
133
Sanema
Venezuela
134
Satere-Maue
Brésil
135
Shapra
Pérou
136
Sharanawa/

Marinawa

Pérou
137
Shavante
Brésil
138
Shawanawa
Brésil
139
Sherente
Brésil
140
Shipaia-Kuruaya
Brésil
141
Shipibo
Pérou
142
Shuar
Équateur
143
Siona/Sekoya
Équateur, Pérou, Colombie
144
Siriono
Bolivie
145
Surui
Brésil
146
Takana
Bolivie
147
Tanimuka
Colombie
148
Tapirape
Brésil
149
Tembe
Brésil
150
Tenharim
Brésil
151
Tikuna
Brésil Colombie, Pérou
152
Tiriyo/Akulio/

Kachuyana

Surinam, Brésil
153
Tukano (c)
Colombie, Brésil
154
Tunebo
Colombie
155
Txikão
Brésil
156
Umutina
Brésil
157
Urarina
Pérou
158
Urubu-Ka'apor
Brésil
159
Urueuwauwau
Brésil
160
Waimiri-Atroari
Brésil
161
Waiwai
Brésil, Guyana
162
Waorani
Équateur
163
Wapishana
Brésil, Guyana
164
Warao
Venezuela
165
Warekena
Venezuela
166
Wayana/Apalai
Surinam, Brésil, Guyane Fr.
167
Wayãpi
Guyane Fr., Brésil
168
Witoto
Colombie, Pérou
169
Xinguanos (d)
Brésil
170
Yabarana
Venezuela
171
Yagua
Pérou
172
Yamamadi
Brésil
173
Yaminawa
Pérou, Brésil, Bolivie
174
Yanomami
Brésil, Venezuela
175
Yaruro
Venezuela
176
Yawanawa/

Kamanawa

Brésil
177
Yekwana
Venezuela, Brésil
178
Yukuna
Colombie
179
Yuqui
Bolivie
180
Yurakaré
Bolivie
181
Zaparo
Équateur
182
Zuruaha
Brésil
(a) Cette appellation rassemble quatre sous-groupes : Les Cinta Larga (Digüt proprement dits), les Surui (Paiter), les Zoro et les Arara (Karo).

(b) Il s'agit en fait d'un conglomérat de 13 ethnies résiduelles.

(c) Les Tukano forment un bloc culturel homogène composé de 18 sous-groupes exogamiques dont les principaux sont les Tukano proprement dits, les Kubeo, les Desana et les Barasana.

(d) Bloc culturel composé de neuf petites ethnies : Aweti, Kamayura, Kalapalo, Kuikuru, Matipu-Nahukwa, Mehinaku, Waura, Yawalapiti et Trumaï.

Les densités du tableau 2 montrent clairement que les Amérindiens ont mieux survécu dans les États de la périphérie du bassin amazonien, en particulier au Pérou et en Équateur. Il semble que dans ces régions, même si les épidémies frappèrent comme partout ailleurs, les politiques esclavagistes de l'époque coloniale y aient eu moins d'ampleur, en particulier grâce à la présence extrêmement prégnante des missions catholiques. En contraste, le Brésil est incontestablement le pays qui possède la population amérindienne relative la plus faible. Ceci s'explique à la fois par la violence de la pénétration coloniale, la vallée proprement dite de l'Amazone étant, comme on peut le voir, pratiquement vidée de ces premiers habitants (cf. carte I de l'atlas, volume II, <<Ethnies amérindiennes de la Grande Amazonie>>) et par la poursuite depuis le XIXe siècle jusqu'à nos jours d'une économie extractiviste âpre et incontrôlée, telle la récolte du caoutchouc ou l'exploitation des sites aurifères, désormais nommée dans les pages qui suivent orpaillage (portugais : garimpagem).

On notera également que les populations indigènes de ces régions sont généralement de grandes ethnies (tableau 4), comme par exemple, les 12 200 Pemon, les 15 132 Makushi et les 13 467 Wapishana dans la région ndeg.1; les 19 727 Yanomami dans la région ndeg.2; les 27 000 Tukano dans la région ndeg.3; les 25 637 Tikuna dans la région ndeg.4; les 25 000 Aguaruna et les 30 000 Shuar dans la région ndeg.5; les 20 000 Shipibo et les 31 919 Kampa dans la région ndeg.6; les 40 000 Chikito et les 30 000 Moxo dans la région ndeg.7; les 8 313 Guajajará dans la région ndeg.8; enfin, les 19 573 Warao qui forment la totalité du peuplement de la région ndeg.9.

tableau 4 : Les ethnies à cheval sur plusieurs États

ndeg.

Ethnie

pop.

totale

États en proportion décroissante





2
Achuar
5 000
Pérou, Équateur
7
Amawaka
1 220
Pérou, Brésil
9
Andoke
210
Colombie, Pérou
16
Arawak (Lokono)
14 510
Guyana, Surinam, Guyane Fr.
22
Baniwa
5 967
Brésil, Venezuela
23
Bare
3 265
Brésil, Venezuela
26
Bora/Miraña
2 280
Pérou, Colombie, Brésil
37
Esse-Ejja
2 400
Bolivie, Pérou
39
Guahibo (Sikwani)
29 869
Colombie, Venezuela
54
Kampa
31 919
Pérou, Brésil
5, 116
Kapon (Akawayo, Patamona, Ingariko)
4 866
Guyana, Brésil, Venezuela
62
Karib (Kaliña, Galibi)
21 714
Guyana, Venezuela, Surinam,

Guyane Fr., Brésil

73
Kaxinawa
4 000
Brésil, Pérou
78
Kofan
1 550
Colombie, Équateur
79
Kokama/Kambeba
20 831
Pérou, Brésil
83
Kulina
2 500
Brésil, Pérou
84
Kuripako
4 814
Colombie, Venezuela, Brésil
88
Maku
2 327
Brésil, Colombie
90
Makushi
15 132
Brésil, Guyana
94
Mayoruna/Matis
2 422
Brésil, Pérou
110
Palikur
1 145
Brésil, Guyane Fr.
120
Pemon
12 200
Venezuela, Brésil, Guyana
121
Piapoko
2 331
Colombie, Venezuela
122
Piaroa
12 500
Venezuela, Colombie
127
Puinave
4 643
Colombie, Venezuela
129
Quechua (Canelo, Quixo)
22 000
Équateur, Pérou
49, 105
Remo (Nukini, Isconahua)
400
Brésil, Pérou
143
Siona/Sekoya
770
Équateur, Pérou, Colombie
151
Tikuna
25 637
Brésil, Colombie, Pérou
152
Tiriyo/Kachuyana/Akulio
1 753
Surinam, Brésil
153
Tukano
27 000
Colombie, Brésil
161
Waiwai
1 400
Brésil, Guayana
163
Wapishana
13 467
Brésil, Guyana
166
Wayana/Aparai
1 102
Surinam, Brésil, Guyane Fr.
167
Wayãpi
850
Guyane Fr., Brésil
168
Witoto
7 000
Colombie, Pérou
173
Yaminawa
1 303
Pérou, Brésil, Bolivie
174
Yanomami
19 627
Brésil, Venezuela
177
Yekwana
3 308
Venezuela, Brésil





au TOTAL :
334 242
Amérindiens sont concernés
L'examen des figures 1 et 1bis montre que les tailles des populations amérindiennes sont extrêmement variables; même si cela traduit des inégalités démographiques très anciennes, là aussi, le poids d'une pénétration violente et des épidémies est révélé par les gradients les plus faibles. Les recherches historiques montrent qu'il est très peu probable que des ethnies de moins de 500 personnes aient existé au XVIe et XVIIe siècle, voire dans les deux siècles suivants pour les zones isolées (Hemming, 1978 et 1987).

figure 1 : La taille des ethnies en 1970

figure 1bis : La taille des ethnies en 1990

De nos jours, la Grande Amazonie renferme 182 ethnies différentes (non comptées les groupes non contactés), dont 37% comptent moins de 500 individus.

Cette donnée recouvre des réalités différentes : Il peut s'agir de groupes isolés jusqu'à une date récente (cas des Cujareño ou des Poturuyar); il peut s'agir de fractions anciennement séparées d'une ethnie plus importante (les Mura-Pirahã séparés des Mura) ou d'un petit groupe acculturé formant une enclave au coeur d'une région métisse (les Kauixana ou les Umutina). De telles populations peuvent être considérées comme spécialement menacées et réclament des mesures de protection particulières. En dépit d'une fragilité évidente, certaines de ces petites populations présentent une vitalité stupéfiante, tel les Andoke ou les Tapirapé, passés chacune de 100 à 210 personnes en 20 ans. De telles évolutions révèlent souvent un attachement farouche aux valeurs culturelles du groupe ainsi qu'un maintien du bon état de l'environnement mais repose malheureusement soit sur la personnalité d'un ou deux leaders soit sur la présence d'un assistanat allogène constant (médecin, anthropologue, missionnaire éclairé ...)

tableau 5 : Les 182 ethnies connues de la Grande Amazonie :
démographie comparée entre 1970 et 1990

tendance :

+ : augmentation
- : diminution
* : stagnation

ndeg.
ordre

ethnie

population

vers 1970

population

vers 1990

tendance






1
Achagua
?
115
?
2
Achuar
5000
5000

*
3
Aguano
160+/-
150

*
4
Aguaruna
18000
25000
+ 28 %
5
Akawayo/Ingariko (Kapon)
2000
2991
+ 33 %
6
Amanayé/Anambé
100
153
+ 34,6 %
7
Amawaka
1100
1220
+ 9,8 %
8
Amuesha
4000
5000
+ 20 %
9
Andoke
100
210
+ 52,3 %
10
Apinayé
210
718
+ 70,7 %
11
Apurinã
530 par défaut
3093
?
12
Arabela
300
300

*
13
Araona
47
75
+ 37,3 %
14
Arara (Itogapuk)
100
160
+ 37,5 %
15
Arara (Karib)
non contactés
127
?
16
Arawak (Lokono)
13000
14510
+ 10,4 %
17
Araweté
non contactés
159
?
18
Asurini (Akwa)
62
157
+ 60,5 %
19
Asurini (Xingu)
non contactés
63
?
20
Ava-Canoeiros
non contactés
37
?
21
Bakairi
230
570
+ 59,6 %
22
Baniwa + Kuripako[7]
5077
11097
+ 54,2 %
23
Bare
1200
3265
+ 63,2 %
24
Bauré
4000
4000

*
25
Betoye
?
379
?
26
Bora/Miraña
2050
2280
+ 10 %
27
Bororo
700
919
+ 12,9 %
28
Chacobo
170 par défaut
800
?
29
Chamikuro
100
150
+ 33 %
30
Chayahuita
3000
6000
+ 50 %
31
Chikito
25000
40000
+ 37,5 %
32
Chimane + Moseten
5000
5200
+ 3,8 %
33
Cinta-Larga (Digüt)
1840
2070
+ 11,1 %
34
Cujareño (Mainahua)
cf. Yaminawa
100

35
Emerillon
80
245
+ 67,3 %
36
Enauenê-Nauê
non contactés
164
?
37
Esse-Ejja
2000
2700
+ 12,3 %
38
Gavião (Parkatejê)
174
266
+ 34,5 %
39
Guahibo (Sikwani)
17064
29869
+ 42,8 %
40
Guaja
300+/-
370
+ 18,9 %
41
Guajajara
2600
8313
+ 68,7 %
42
Guarayo
5000
8500
+ 41,2 %
43
Guayabero
500
969
+ 48,4 %
44
Harakmbet
683
776
+ 11,9 %
45
Hoti
non contactés
398
?
46
Huambisa
5000
6000
+ 16,6 %
47
Ikito
150
150

*
48
Ingano
4492
11000
+ 59 %
49
Isconahua (Remo)
cf. Kapanahua
50

50
Itonama
200 par défaut
1600
?
51
Izoceño
?
5500
?
52
Jebero
1000
2300
+ 56,5 %
53
Juruna
60 par défaut
413
+
54
Kampa
27300
31919
+ 14,4 %
55
Kamsa
2419
2464
+ 1,8 %
56
Kanamari
?
1099
?
57
Kandoshi + Shapra
2000
3000
+ 33,3 %
58
Kanela
400
1169
+ 65,7 %
59
Kanishana
75
200
+ 62,5 %
60
Kapanahua + 4 sous-groupes
2000
1500
- 25 %
61
Karaja
1115
1820
+ 38,7 %
62
Karib (Galibi, Kaliña)
10276
21714
+ 52,6 %
63
Karijona
150
100
- 33,3 %
64
Karipuna (Pano)
non contactés
22
?
65
Karipuna/Galibi-Uaça
1082
1900
+ 43 %
66
Karitiana
45
129
+ 65,1 %
67
Kashibo/Kakataibo
1000
1150
+ 13 %
68
Katukina (Dyapa)
275
340
+ 19,1 %
69
Katukina (Waninawa)
275
353
+ 22 %
70
Kauixana
?
100
?
71
Kavineño
600 par défaut
2000
?
72
Kaxarari
50
220
+ 77,2 %
73
Kaxinawa
2100
4000
+ 47,5 %
74
Kayabi/Apiaka
529
1078
+ 50,9 %
75
Kayapo méridionaux
445 (1970)

222 (1984)

435
+ 48,9 %
76
Kayapo septentrionaux
1962
3600
+ 45,5 %
77
Kayuvava
75
40
- 46,6 %
78
Kofan
690
1550
+ 55,4 %
79
Kokama/Kambeba
10000
20831
+ 51,9 %
80
Koreguaje
673
536
- 20 %
81
Kraho
519
1198
+ 56,6 %
82
Krikati
196
420
+ 53,3 %
83
Kulina
500 par défaut
2500
?
84
Kuripako
cf. Baniwa
4814

85
Lamistas
15000
14000
- 6,6 %
86
Leko
80
200
+ 60 %
87
Machiguenga
7000
7000

*
88
Maku
1300 par défaut
2327
+
89
Makurap
500 par défaut
1023
+
90
Makushi
7000
15132
+ 53,7 %
91
Mapoyo
?
76
?
92
Marubo
450
594
+ 24,4 %
93
Maxineri
150
336
+ 55,3 %
94
Mayoruna/Matis
1700
2422
+ 29,8 %
95
Moré
150
350
+ 57,1 %
96
Morunahua/Mastanahua
cf. Yaminawa
250

97
Moseten
cf. Chimane
1200

98
Movima
1500
2000
+ 25 %
99
Moxo
10000
30000
+ 66,6 %
100
Munduruku
1400
4632
+ 69,7 %
101
Mura
1300
1600
+ 18,7 %
102
Mura-Pirahã
150
152

*
103
Nambikwara
800
972
+ 17,6 %
104
Nomachiguenga
?
3000
?
105
Nukini (Remo)
cf. Kapanahua
350

106
Okaina
300
300

*
107
Orejone
190
300
+ 36,6 %
108
Pakaa-Nova
500
1196
+ 58,1 %
109
Pakaguara
50
9
- 82 %
110
Palikur
600
1145
+ 47,5 %
111
Panare
1750
2379
+ 26,4 %
112
Parakanã
350 +/- (1972)

chute poursuivie

372

avant

+

reprise

113
Pareci/Irantxe/Myky
450
888
+ 49,3 %
114
Parintintin
90
103
+ 12,6 %
115
Parquenahua
cf. Yaminawa
200

116
Patamona (Kapon)
1000
1675
+ 40,29 %
117
Paumari
250
421
+ 40,6 %
118
Paunaka
120
170
+ 29,4 %
119
Pauserna
30
30

*
120
Pemon
5600
12200
+ 54 %
121
Piapoko
1500+/-
2331
+ 35,6 %
122
Piaroa
4000
12500
+ 68 %
123
Piro
1700
2000
+ 15 %
124
Pisabo
cf. Kapanahua
200

125
Poturuyar
non contactés
133
?
126
Poyanawa
cf. Kapanahua
300

127
Puinave
1250
4643
+ 73 %
128
Pukobyé
?
354
?
129
Quechua

(Canelo, Quixo)

22000
22000

*

130
Reyesanos
400
1200
+ 66,6 %
131
Rikbaktsa
300
555
+ 45,9 %
132
Saliba
766
1000
+ 23,4 %
133
Sanema
2000 (1970)

1700 (1980)

2365
+ 28,1 %
134
Satere-Maue
2000
4710
+ 57,5 %
135
Shapra
cf. Kandoshi
1000

136
Sharanawa/Marinawa
2000
1250
- 37,5 %
137
Shavante
1660
5201
+ 68 %
138
Shawanawa
cf. Yaminawa
330

139
Sherente
260
850
+ 69,4 %
140
Shipaia-Kuruaya
130 par défaut
609
+
141
Shipibo
14000
20000
+ 30 %
142
Shuar
18000
30000
+ 40 %
143
Siona/Sekoya
550
770
+ 28,5 %
144
Siriono
500
1000
+ 50 %
145
Surui
44
134
+ 67,1 %
146
Takana
3000
5000
+ 40 %
147
Tanimuka
200
376
+ 46,8 %
148
Tapirape
100
210
+ 52,3 %
149
Tembe
260
880
+ 70,4 %
150
Tenharim
250

chute poursuivie

264

avant

+

reprise

151
Tikuna
22000
25637
+ 14,1 %
152
Tiriyo/Akulio/

Kachuyana

1240
1753
+ 29,2 %
153
Tukano
13125
27000
+ 51,3 %
154
Tunebo
1076
2389
+ 55 %
155
Txikão
60
146
+ 58,90 %
156
Umutina
200
191
- 4,7 %
157
Urarina
600 (1925)
2700
+
158
Urubu-Ka'apor
480
500
+ 4 %
159
Urueuwauwau
non contactés
1200
?
160
Waimiri-Atroari
600
505
- 15,8 %
161
Waiwai
700
1400
+ 50 %
162
Waorani
600
750
+ 20 %
163
Wapishana
7200
13467
+ 46,5 %
164
Warao
11700
19573
+ 40,2 %
165
Warekena
cf. Baniwa
316

166
Wayana/Apalai
560
1102
+ 49,1 %
167
Wayãpi
410
850
+ 51,7 %
168
Witoto
3271
7000
+ 53,2 %
169
Xinguanos
743
1513
+ 50,8 %
170
Yabarana
64
155
+ 58,7 %
171
Yagua
3000
3500
+ 14,2 %
172
Yamamadi
890
1500
+ 40,6 %
173
Yaminawa

+ 5 sous-groupes

2000
2643
+ 24,3 %
174
Yanomami (a)
13000
19627
+ 33,7 %
175
Yaruro
3000
3859
+ 22,2 %
176
Yawanawa/

Kamanawa

cf. Yaminawa
460

177
Yekwana
2500
3308
+ 24,4 %
178
Yukuna
500
1322
+ 62,1 %
179
Yuqui
non contactés
250
?
180
Yurakaré
1700
3000
+ 43,3 %
181
Zaparo
?
150
?
182
Zuruaha
non contactés
125
?
(a) L'augmentation masque plusieurs données : le recensement de 1970 est probablement sous-estimé en raison de groupes alors non contactés. Au Venezuela, la population a globalement augmenté durant ces vingt dernières années, ce qui masque le chiffre de 1500 personnes décédées au Brésil entre 1987 et 1992; ces décès sont à imputer aux maladies, aux violences physiques et à la destruction de l'environnement dues aux invasions des orpailleurs (Albert B., Libération, jeudi 1er mars 1993).

Le tableau 5, les figures 1, 1bis et 2 permettent de constater l'évolution démographique depuis 1970.

figure 2 : La tendance démographique contemporaine

A l'heure actuelle,
87 % des 182 ethnies connues de la Grande Amazonie
sont en augmentation démographique.

Le choix de l'année 1970 comme référence de départ est du à la présence d'une documentation de qualité (Kietzman, 1967, Situación del Indigena en America del Sur, 1971; Ribeiro, 1979), mais aussi au fait que pour de nombreuses populations, cette date marque effectivement la fin de la baisse ou de la stagnation démographique. Cette recherche ponctuelle n'a pas pu être documentée avec précision pour la totalité des groupes, mais telle quelle, elle présente une tendance que l'on peut désormais qualifier de générale. Étant donné qu'elle ne peut être attribuée ni à une bonne situation socio-politique de ces populations ni à un bon état des milieux naturels, ni même à une assistance sanitaire loin d'être constante ou généralisée, on peut se demander, à la suite de divers médecins (Drs E. Bois et A. Fribourg-Blanc, comm. pers.), si nous ne sommes pas face à l'acquisition de résistances aux maladies importées. Ceci est en particulier suggéré par le fait que les augmentations les plus spectaculaires sont souvent enregistrées dans les populations ayant un contact intense avec le monde extérieur (cas des Apinayé, avec 70 % d'augmentation; des Munduruku, + 69 % ou des Shavante, + 68 %). Pour certaines grandes ethnies, l'évolution semble moins spectaculaire : soit que les recensements, toujours dans ces cas difficiles à appréhender, aient été optimisés dans la période 1970, soit que ces sociétés, souvent en contact partiel sinon total avec le monde extérieur depuis fort longtemps, perdent à chaque génération un certain nombre d'individus qui vont se perdre dans la foule anonyme des métis (cas des Tikuna, + 14,4 %). En revanche, un certain nombre de populations gardant une forte cohésion culturelle dans un milieu en bon été global semble avoir une croissante plus lente, ce qui pourrait suggérer une limitation volontaire des naissances (cas des Harakmbet, + 9,11%, des Siona/Sekoya, + 28,5%, ou encore des Yekwana, + 24,4%).

Quant aux populations en voie d'extinction, elles sont peu nombreuses (6% du total). Lorsqu'il s'agit de petits groupes, on peut les considérer comme condamnés (cas des Pakaguara, - 82 % ou des Karijona, - 33,3%). Dans le cas de groupes plus importants, on est sans doute face à une situation transitoire, qu'une politique indigéniste saine pourrait sans doute inverser (cas des Koreguaje, - 20%, à qui un territoire indigène vient d'être accordé, ou encore des Sharanawa/Marinawa, - 37,5 %).

[4] Le cas extrême rencontré est celui de Sponsel (1992) qui attribue à l'Amazonie colombienne le chiffre de 450 000 Amérindiens alors que notre comptage par ethnies en donne 80 431 seulement.

[5] N'est pas inclus ici l'essentiel des ethnies non contactées.

[6] Certaines ethnies étant à cheval sur les frontières de plusieurs États, le nombre total des ethnies ne correspond pas à l'addition du nombre d'ethnies par État.

[7] Afin de pouvoir être comparés aux données démographiques de l'année 1970, les chiffres en gras pour l'année 1990 indiquent le total de plusieurs ethnies.


<< >> Up Title Contents