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V - EXEMPLES DéCOSYSTèMES INDIGèNES DE LA GRANDE AMAZONIE


Le traitement par fiche de dix ethnies dans les pages qui suivent a pour but d'illustrer de manière plus concrète toutes les données rassemblées et commentées dans les pages de ce rapport consacrées à l'Amérique.

Nous nous sommes efforcés de les choisir avec pertinence, de manière à mettre en relief le plus de critères possible, comme la taille démographique de l'ethnie, le statut de ses terres, le(s) milieu(x) dans le(s)quel(s) elle vit. Des données succinctes sur son appartenance linguistique, son système social et ses particularités culturelles les plus remarquables doivent contribuer à la situer sur l'échiquier amazonien.

Sont ensuite abordées les données d'écologie culturelle proprement dite. Nous avons particulièrement insisté sur les quatre activités, chasse, pêche, cueillette et agriculture, afin de bien faire ressortir à la fois leur complémentarité au sein de chaque ethnie, ainsi que leur poids différentiel d'ethnie à ethnie. Nous terminons par des données sur l'alimentation.

La difficulté la plus importante à surmonter n'a pas été le manque de documentation mais bien plutôt son hétérogénéité, chaque auteur ayant presque mis au point sa propre batterie de paramètres.

Les dix ethnies, ainsi que les principales sources utilisées, sont les suivantes :


* Aguaruna

sources : Berlin B. & Berlin E. A. (1983); Berlin E. A. & Markell (1977); Brown (1980, 1984).


* Chimane

sources : Stearman (1992); Rioja-Ballivián (1993 : réponse à notre questionnaire).


* Kayapo-Mekrangnoti

sources : Flowers, Gross, Ritter & Werner (1982); Werner (1983); Anderson & Posey (1985); Zarur (1979).


* Maku

sources : Silverwood-Cope (1980); Milton (1984).


* Nambikwara

sources : Aspelin (1976, 1979); Roquette-Pinto (1975).


* Piaroa

sources : Overing & Kaplan (1988); Eden (1980); Mansutti (1988, 1990, 1993 : réponse à notre questionnaire).


* Shipibo-Konibo

sources : Behrens (1981); Tournon (1988).


* Urubu-Ka'apor

sources : Balée (1985, 1992, 1993 : réponse à notre questionnaire).


* Wayãpi

sources : Grenand, P. (1980, 1993); Grenand, F. (1993); Grenand, F. & Haxaire (1977).


* Yanomami

sources : Chagnon (1977), Fuentes (1980); Lizot (1980, 1984, 1988, 1993 : réponse à notre questionnaire).

Aguaruna

localisation : Pérou.

Départements de Loreto, Amazonas et

San Martin

milieu : forêt tropicale ombrophile de terre ferme et forêt tropicale d'altitude

démographie :

25 000 personnes environ. Population en augmentation rapide.

densité : 0,9 h/km2

famille linguistique : famille Jivaro

particularités culturelles : L'un des quatre sous-groupes Jivaro. Les activités guerrières avec les ethnies voisines (têtes réduites) ont disparu. Restent des vendettas entre groupes locaux et une résistance déjà ancienne au contact. Le chamanisme est omniprésent. La bière de manioc est un ciment social essentiel.

système social :

Jusque vers 1960, habitat dispersé en maison collective pour famille étendue; depuis 1970, regroupement de plusieurs maisons collectives en village (120 ou 150 h. en moyenne).

Pas de chefferie fédérative. Chaque chef de maisonnée détient le pouvoir sur elle.

L'espace :

conception : Une opposition contemporaine assez nette s'est fait jour entre le territoire habité et cultivé (par eux aussi bien que par les métis) et les espaces sauvages non perturbés par l'homme.

statut officiel des terres : Des terroirs sont reconnus aux communautés, déclarés dans le cadre de la réforme agraire nationale. Les 6 318 ha accordés à une communauté de 121 h. dans le San Martin sont une bonne moyenne. L'invasion par des petits colons est intense.
surface du pays indigène : 2 200 000 ha sont parcourus pour les activités de subsistance.

agriculture : Il s'agit d'une agriculture raffinée comprenant 54 espèces différentes et de nombreux cultivars. Une parcelle de 0,5 ha est ouverte au feu annuellement. On y fait des cultures de subsistance (manioc doux dominant suivi de banane plantain) et des cultures de rente. Entretien soigneux d'un verger polyspécifique.

chasse : Elle est très importante. Elle se pratique à la sarbacane associée aux fléchettes empoisonnées; s'y ajoute aujourd'hui le fusil; 26 espèces de mammifères et d'oiseaux sont couramment chassées.

pêche : Pratiquée surtout aux ichtyotoxiques, elle est de même importance quantitative que la chasse.
cueillette : Très diversifiée : fruits, champignons, larves et poussins du guacharo (oiseau cavernicole recherché pour sa concentration en graisse).

alimentation : Elle est bien équilibrée : 60% de manioc doux; 15% de banane plantain et autres végétaux cultivés et semi-cultivés; 25% de produits sauvages, provenant essentiellement de la chasse des animaux terrestres et aquatiques.

Chimane

localisation :

Bolivie, département du Beni.

milieu :

forêt tropicale ombrophile de terre ferme; savane inondable et forêt galerie.

démographie :

4 000 personnes environ. [Les recensements divergent fortement : 4 000 (CIDEBENI, 1991); 2 000 (Ethnologue, 1987); 7 000 (Rioja-Ballivián, comm. pers., 1992)].

densité : 1,17 h/km2

famille linguistique :

Mosetene-Chimane, groupe macro-pano

(+/- 70 % de monolingues)

particularités culturelles : Le chamanisme passé a été remplacé par une forme d'ésotérisme. Des lieux de culte en forêt sont tenus cachés.

système social :

L'unité pertinente est la famille étendue, chacune dirigée par l'homme le plus âgé.

Elles sont établies à 100 ou 200 m les unes des autres. Cette dispersion entraîne une grande mobilité en forêt de familles qui se visitent sans cesse.

L'espace

conception : L'espace est conçu au niveau des familles étendues, et les limites en sont maintenues par respect mutuel.

statut officiel des terres : La propriété commune des terres qu'ils occupent, regroupées en des territoires indigènes, leur est reconnue. Existe aussi une réserve de la biosphère.
surface du pays indigène : 600 000 ha.

agriculture : Agriculture itinérante sur brûlis. Une parcelle de 1 à 1,5 ha annuels par famille, utilisée durant deux à trois ans et laissée en jachère durant 4 à 8 ans. Les cultures principales sont le manioc amer, la banane plantain et le riz pluvial.

possession de la terre : Propriété collective.

chasse : Grande pratique de la chasse (grands rongeurs, pécaris, tatous, primates et cervidés), menée collectivement ou individuellement, le plus souvent à l'arc et à la flèche, quelquefois au fusil.

pêche : La pêche se fait à l'hameçon, aux ichtyotoxiques et, de manière minime, au filet. Même si la chasse a un plus grand prestige que la pêche, c'est cette dernière qui, en tonnage, l'emporte.
cueillette : Elle concerne essentiellement les fruits sauvages, en particulier ceux de palmier. La collecte de feuilles de palmier (Geonoma deversa) pour la vente (toiture) est importante. Depuis très longtemps, les Chimane sont liés avec des petits patrons de l'extractivisme et avec les commerçant itinérants locaux dans des rapports complexes de compérage.
élevage : Les Chimane ne pratiquent pas l'élevage. Pourtant, ils ont acquis l'habitude déjà ancienne de se louer comme peons sur les ranches d'élevage des alentours.

alimentation : Elle est encore auto-produite, et basée sur la réciprocité de dons. La part des produits de la forêt peut être estimée à +/- 20 %, celle des produits achetés dans le commerce à 10 % environ, les 70 % restant proviennent de l'agriculture. Une autre source, non chiffrée, parle de dominante animale dans l'alimentation (Stearman, 1992).

Kayapo-Mekrangnoti

localisation : Brésil

État de Pará

milieu : forêt tropicale ombrophile de terre ferme

démographie : 564 personnes environ (plus un groupe non contacté)

densité : 0,08 h/km2

famille linguistique :

famille Gé

particularités culturelles :

Les Mekrangnoti constituent deux sous-groupes de la grande nébuleuse Kayapo. Une chefferie bien structurée, un chamanisme circonscrit et contrôlé ainsi qu'une puissante vitalité font des Kayapo une des nations amérindiennes les plus combatives de l'Amazonie.

système social :

L'unité pertinente est le village. Les relations de parenté sont recoupées par d'autres structures telles que les sociétés masculines, les groupes cérémoniels et les classes d'âge, qui sont les acteurs effectifs.

L'espace :

conception: : L'espace, découpé en fonction de son degré de manipulation par l'homme, est ainsi finement conceptualisé.

statut officiel des terres : 4 913 000 ha sont en zone interdite et 1 850 000 ha sont au stade de l'identification.
surface du pays indigène: C'est ici l'un des rares cas où l'aire allouée est largement supérieure à l'aire exploitée.

agriculture. : Chaque année, une petite parcelle d'environ 0,25 ha (les sources sont très imprécises) est ouverte au feu. On y plante du manioc (38%), de la patate douce (27,5%), des bananes (17,5%), du maïs (14%) et des ignames (3%).

possession de la terre : Aucune propriété n'est reconnue.

chasse : Elle est l'activité essentielle, caractérisée par un éclatement régulier en bandes qui a lieu autant en saison sèche qu'en saison des pluies et occupe 22% du temps annuel. Le gros gibier et la tortue terrestre dominent.

pêche : Elle est d'une importance minimale, ne représentant qu'un vingtième de la chasse.
cueillette : Elle est associée aux sorties de chasse. Le miel est avidement recherché. Chez leurs parents Kayapo-Gorotire (Anderson & Posey, 1985), on observe un aménagement systématique des milieux ouverts et semi-ouverts, se traduisant par un enrichissement floristique en vue de favoriser la cueillette de plantes utiles.

alimentation : Elle provient pour 50% des plantes cultivées. 45% proviennent de la chasse et 5% de la cueillette de plantes et autres produits sauvages.

Maku

localisation : Brésil : État d'Amazonas;

Colombie : États de Vaupes et Guainia.

milieu : forêt tropicale ombrophile de terre ferme et forêt basse sur sable blanc (campina)

démographie : +/- 2300 personnes (non comptés les groupes isolés). Ethnie en augmentation démographique lente.

densité : +/- de 0,1à 0,2 h/km2

famille linguistique : langue isolée

particularité culturelles : Les Maku sont une nébuleuse de nombreux sous-groupes mobiles, très dispersés, dont certains encore non contactés. Ils entretiennent des relations de vassalité avec leurs voisins Tukano, sédentaires pêcheurs, à qui ils procurent les produits forestiers (viande fumée surtout) et leur force de travail (agriculture et construction des maisons) en échange de manioc, tabac, piment et produits manufacturés.

système social : L'unité idéalement perçue est le clan, mais celle pertinente au niveau du fonctionnement économique est le <<foyer>>, ou famille étendue, dirigé par un homme âgé. Les villages, composés de plusieurs foyers (15 à 25 personnes), sont très rudimentaires. Leur degré de cohésion est faible et leur recomposition fréquente. Ils servent par intermittence (six mois par an), le reste du temps étant consacré à déambuler en forêt dans des campements provisoires.

L'espace :

conception: La forêt est l'espace de vie par excellence; Elle n'est marquée d'aucune force négative (elle n'abrite aucun esprit) et les pratiques de chasse ne révèlent aucune préoccupation magique. Un homme passe un jour sur quatre au village, les trois autres jours en forêt : un pour chasser, deux pour la cueillette alimentaire et artisanale, et de manière aléatoire, pour la pêche et la chasse.

statut officiel des terres : Les terres qu'ils parcourent sont incluses dans les réserves de leurs voisins Tukano (Brésil, Colombie), dans les forêts nationales (Brésil) ou sans garantie aucune (Brésil).
surface du pays indigène : En raison de l'extrême mobilité et de la dispersion des sous-groupes, la surface réellement parcourue pour les activités de subsistance est difficilement quantifiable, mais en tout état de cause très importante.

agriculture. : Elle semble acquise depuis quelques générations seulement, même si les Maku louent leur force de travail depuis longtemps dans les parcelles des Tukano. Elle est menée sans soin dans des parcelles de 0,3 à 0,5 ha partiellement plantées. On ne rencontre que 13 espèces dont la plupart à titre de curiosité, sauf le manioc (avec 7 cultivars seulement).

possession de la terre : Aucune propriété n'est reconnue. Un droit d'usufruit est garanti durant le temps de la plantation.

chasse : Elle emplit la vie des hommes, qui recherchent 75 espèces de gibier. Les femmes prennent part aux battues en se servant d'épieux. Les hommes, chassant généralement seuls plusieurs heures avant l'aube, utilisent la sarbacane, l'arc et la flèche et aujourd'hui, le fusil. Les poisons de chasse sont classiquement utilisés.

pêche : Considérée comme subsidiaire et facile, elle n'est pratiquée qu'en cas d'insuccès à la chasse; 42 espèces de poissons seulement sont distinguées. Utilisation d'ichtyotoxiques, de l'arc et de la flèche.
cueillette : Elle est menée par les hommes et porte autant sur les produits végétaux (54 espèces de fruits comestibles, produits artisanaux) qu'animaux (24 espèces d'insectes ou de miels comestibles). Les produits animaux <<sans sang>> sont principalement collectés par les femmes qui, en période de menstruation, doivent s'abstenir de poisson et de gibier.

alimentation : Malgré le genre de vie énoncé ci-dessus, une source donne 80% de la diète des Maku comme dépendant uniquement du manioc (galette, farine torréfiée et bières) dont une bonne partie est troquée avec leurs voisins Tukano. On rapporte aussi le chiffre moyen de 44 gr de protéine/adulte/jour, ce qui couvre leurs besoins. Il faut le mettre en relation avec celui de 5,15 kg de viande/homme/sortie de chasse, sur lequel une partie non négligeable est donnée à leurs voisins Tukano, tandis que les Maku consomment 0,83 kg de poisson/ homme/sortie quand il s'en trouve.

Nambikwara

localisation : Brésil, États de Mato Grosso et de Rondônia.

milieu : forêt tropicale ombrophile de terre ferme, forêt tropicale décidue, savane arborée (cerrado).

démographie :

+/- 1000 personnes.

population en augmentation lente.

densité : 0,06 h/km2

famille linguistique :

langue isolée

particularités culturelles : Plus d'une quinzaine de sous-groupes dialectaux forme une unité culturelle pertinente. La réputation de nomadisme qui les caractérisait a été battue en brèche. Ils reviennent régulièrement sur les tombes de leurs défunts pour nourrir leurs esprits.

système social :

L'unité pertinente est la famille qui se déplace de novembre à mars et en juin-juillet pour se regrouper en avril-mai et d'août à octobre en communauté villageoise stable (+/- 40 personnes), très soudée par l'échange.

Les sites de village sont occupés entre 3 et 10 ans.

Les décisions sont consensuelles.

L'espace :

conception : Les Nambikwara affichent une préférence marquée pour les milieux ouverts, déambulant davantage dans le cerrado que dans la grande forêt.

statut officiel des terres : 1 107 593 ha régularisés; 359 206 ha homologués; 130 577 ha délimités.
surface du pays indigène : La surface garantie par l'État recouvre l'aire de mouvance, mais l'invasion des terres par des populations allogènes (petits colons et projets industriels de canne à sucre) sont source de problèmes.

À titre d'exemple, deux communautés regroupant 80 personnes exploitent 9 000 ha.

agriculture. : Des petites parcelles sont ouvertes par brûlis pour y cultiver du manioc, du maïs, des haricots, des ignames et des bananes.

possession de la terre : Territoires lâches exploités par chaque bande, avec recouvrement partiel possible pour les aires de chasse et de cueillette. Pas de notion de propriété.

chasse : Surtout conduite en saison des pluies, elle est très importante. Les armes sont le bâton, l'arc et la flèche auxquels s'ajoute aujourd'hui le fusil.

pêche : Elle est presque négligeable.
cueillette : Menée par les hommes et les femmes, en dehors des périodes de soins que demandent l'agriculture. Elle est à la fois une collecte animale (diverses larves) et une cueillette végétale de plantes favorisées par l'homme le long des itinéraires de chasse. La récolte des fruits de palmiers (Oenocarpus bacaba) est importante.

alimentation : Une source du début du siècle (Roquette-Pinto, 1975) affirme que, <<d'une façon générale, les Nambikwara mangent tout>>. Le végétal couvre 59% de la diète (41% manioc, 4% bananes, 14% autres fruits et divers, maïs, igname et plantes semi-cultivées). 41% de la diète proviennent d'animaux produits par la chasse (23% oiseaux, 5% pécaris, 5% singes, 5% divers), la pêche (0,9% poissons), ou la collecte (2,6% insectes, 3% divers animaux et végétaux).

Piaroa

localisation :

Venezuela : États de Bolívar et d'Amazonas

Colombie : Llanos orientales (Vichada)

milieu : forêt tropicale ombrophile de terre ferme

démographie :

Venezuela : 12 400 personnes (1992)

Colombie : 600 (1992)

population en augmentation

densité : 0,27 h/km2

famille linguistique : Saliva

(+/- 64 % de monolingues)

particularités culturelles :

Les Piaroa étaient autrefois les plus gros producteurs de curare.

Leurs chamanes sont réputés.

Une maison des hommes abrite les masques et les instruments sacrés.

système social :

Trois types de maisons collectives regroupent des familles élargies : conico-rondes (pouvant abriter 100 personnes), éliptico-coniques (40 personnes) ou rectangulaires (15 personnes); elles reflètent le statut de leur chef. Elles peuvent être associées autour d'un chef régional. On assiste à une tendance forte à la sédentarisation autour des centres créoles.

Les décisions sont prises par consensus.

L'espace

conception : Des rituels liés à la réactualisation périodique de l'alliance avec les entités créatrices ont lieu en forêt, spécialement près des cascades dans les zones montagneuses.

Autour des plus gros villages sédentarisés, on note une tendance à la savanisation.

statut des terres : Venezuela : Pas de loi particulière, les terres habitées par les Piaroa sont domaniales. Contrôle du tourisme. Il y a 2 parcs nationaux et 1 réserve forestière. 41 000 ha accordés à des communautés en aires discontinues. Colombie : 3 réserves de 181 193 ha.
surface du territoire occupé : Venezuela : 45 000 km2. La concentration démographique dans le moyen Orénoque conduit à une raréfaction des terres agricoles disponibles et à une surexploitation du gibier.

agriculture : Chaque famille ouvre annuellement par brûlis un 1/2 ha de forêt primaire et secondaire, pour y cultiver une cinquantaine de plantes, dont les principales sont le manioc amer, le maïs, la patate douce. La parcelle est abandonnée au bout de quatre ans pour une jachère de 15 ans et plus. On note aujourd'hui une tendance à une plus grande utilisation de la forêt secondaire et une diminution de la diversité spécifique et variétale. Une partie de la production agricole est vendue : sous-produits du manioc , ananas, bananes...

possession de la terre : Un droit d'usufruit est reconnu à qui travaille la terre, sans possibilité de transmission. Le chef de chaque maison collective est responsable du maintien de la fertilité du territoire qui l'entoure, dont les contours sont redéfinis à chaque changement de chef.

chasse : Chasse du gros et petit gibier, spécialement tapir, pécaris et cervidés. Les Piaroa chassaient à la sarbacane et à la lance. Aujourd'hui, le fusil les remplace. Le piégeage est répandu. Vente de viande d'agouti et de paca salée et fumée.

pêche : Elle est importante, pratiquée préférentiellement dans les eaux noires plutôt que dans les eaux blanches. Utilisation d'ichtyotoxiques, de barrières, de nasses, de fils et d'hameçons; pêche au coup, au harpon, à l'arc et à la flèche. Vente de poisson salé et fumé.
cueillette : Les mouvements sont intenses toute l'année, à la recherche des produits de cueillette. La collecte des fruits de différents palmiers est importante. Miel, larves de coléoptères, fourmis volantes. Vente de fibre de piaçava (Leopoldinia piassaba), d'huile de fruits de palmier.
élevage : Quelques villages possèdent un troupeau de bovins à la fois pour leur consommation personnelle et pour la vente.

alimentation : 80% dépendent de l'agriculture, 20% de la forêt.

L'alimentation est encore auto-produite pour les communautés les plus isolées et pour les gens de plus de 40 ans. Pour les enfants des grands villages, la dépendance à l'égard d'une alimentation extérieure est totale.

Shipibo-Konibo

localisation :

Pérou : Départements d'Ucayali et Loreto.

milieu : Principalement forêt inondable (várzea ) : les eaux recouvrent 10% du territoire en permanence, 90% durant 2 mois par an. Le reste est en forêt tropicale ombrophile de terre ferme.

démographie :

+/- 20 000 personnes

densité : 4 h/km2. Elle est parmi les plus fortes enregistrées et ne s'explique que par la richesse des sols soumis à l'annuel alluvionnement par le fleuve.

famille linguistique : famille pano.

particularités culturelles :

Les Shipibo sont un peuple de pêcheurs évoluant dans le riche milieu de várzea. Ce sont des potiers et des tisserands raffinés.

système social :

L'unité pertinente est le village (de 100 à 1000 h), constitué de maisons abritant des familles nucléaires. Ils sont allongés le long des berges, pas toujours protégés des crues.

L'espace :

conception : Les Shipibo distinguent de très nombreux écotones.

surface du pays indigène : Leur territoire, occupant les deux rives de l'Ucayali sur 640 km, est entrecoupé par un peuplement allogène (petits colons andins, métis amazoniens).

agriculture. : agriculture sur brûlis sur les terrasses hautes (parcelle +/- d'un 1/2 ha par famille), avec une rotation de 3 à 6 ans. La banane plantain est la plante principale, suivie du maïs.

Cultures de décrue (riz) sur les berges très fertiles du fleuve et de ses affluents (parcelle de +/- 750 m2), sans nécessité de rotation.

possession de la terre : De nombreuses communautés se sont vues reconnaître leur terroir agricole (72 en 1976, chiffre probablement en augmentation).

chasse : Elle a lieu de manière intensive en février et mars (durant les hautes eaux) sur les terrasses hautes où les animaux sont concentrés (tatous, coati, paca, tapir). Elle produit annuellement 1,60 kg /heure/homme. L'arc, la flèche et la machette sont utilisés de façon majoritaire; les fusils sont peu communs.

pêche : Elle est pratiquée toute l'année, avec un pic d'octobre à janvier. Elle produit annuellement 1,15 kg/heure/homme. Elle se pratique à l'arc et à la flèche, au harpon, à la ligne et à la nasse.
cueillette : Elle semble négligeable.

alimentation : Même si la chasse est plus rentable que la pêche, la production annuelle en poisson (407 kg/homme/an) est bien supérieure à celle en viande (133 kg/homme/an) et assure la régularité de l'apport en protéines. Ces deux sources totalisent 30% de l'alimentation, les 70% restant étant assurés par les produits cultivés.

Urubu-Kaapor

localisation : Brésil,

État de Maranhão.

milieu : forêt tropicale ombrophile de terre ferme.

démographie :

520 personnes environ. Population en lente augmentation.

densité : 0,2 h/km2

famille linguistique :

Tupi-Guarani.

particularités culturelles :

Le chamanisme revêt un aspect individuel (tabous personnalisés, obligations rituelles).

Il tend aujourd'hui à prendre une influence grandissante pour résoudre les problèmes liés au contact.

système social :

L'unité pertinente est la famille étendue, plusieurs étant rassemblées en village de +/- 40 h., changeant de place tous les 10-15 ans. Les relations intervillageoises sont paisibles.

L'égalitarisme et le consensus sont la base des relations sociales.

L'espace :

conception : Les ressources forestières sont considérées comme renouvelables à condition de respecter des temps de rotation entre divers secteurs du territoire. Cette rotation s'effectue avant les signes d'épuisement.

statut officiel des terres : Ils vivent sur des terres d'État (réserve régularisée de 530 524 ha). Un front pionnier les menace provenant de l'est.
surface du pays indigène : Les Urubu-Ka'apor se sentent actuellement limités dans leurs déplacements en raison des colons qui les entourent.

agriculture : Ouverture annuelle par le feu d'une grande parcelle de 2,5 ha de forêt mixte primaire et secondaire. Culture de +/- 25 plantes différentes : 61% manioc amer, 21% manioc doux, patate douce et igname, 6,5% maïs, 4% banane, 4% papaye, 3,5% autres cultures. Le temps de jachère est toujours supérieur à 15 ans. L'introduction récente du riz pluvial comme culture de rente dans quelques villages déstabilise le système agricole et raccourcit le temps de jachère.

possession de la terre : Seul un droit d'usage, comprenant un droit de chasse réservée, est reconnu à la famille durant le temps d'exploitation de la parcelle cultivée.

chasse : C'est l'activité masculine majeure, la plupart du temps menée individuellement. Les armes sont l'arc et la flèche, le fusil et la carabine 22 long rifle. Une proportion appréciable du gibier (27%) est capturée dans la zone des cultures (parcelles en cours d'exploitation, friches et forêt secondaire). Vente occasionnelle de viande fumée de tatou.

pêche : La pêche est moins développée; elle se pratique fréquemment aux ichtyotoxiques.
cueillette : Elle tourne autour d'une centaine d'espèces artisanales et de 5 ou 6 produits végétaux alimentaires très estimés (dont Euterpe oleracea). La recherche des tortues terrestres, seule viande autorisée à la femme menstruée, est systématique et importante. Vente de résine (Protium sp.) et de liane à lien (Heteropsis sp.) sur le marché extérieur.
élevage : Quelques villages possèdent depuis peu des chevaux, des mules, des ânes dont le rôle n'est pas encore défini.

alimentation : Les produits cultivés représentent +/- 80% de l'énergie; les fruits sauvages, en particulier ceux de palmier, +/- 15%. La viande de chasse procure la quasi-totalité des protéines en quantité suffisante. La dépendance vis-à-vis d'aliments extérieurs est nulle.

Wayampi

localisation : Guyane Française

Brésil : Territoire de l'Amapá.

milieu : forêt tropicale ombrophile de terre ferme

démographie :

850 personnes environ. Population en augmentation.

densité : 0,10 h/km2

famille linguistique : famille Tupi-Guarani.

particularités culturelles : Venus du sud de l'Amazone au XVIIIe siècle. La tradition orale et le chamanisme tupi contrastent avec la civilisation matérielle fortement influencée par les ethnies karib des Guyanes. Les très nombreuses réunions où un couple offre de la bière de manioc à l'ensemble de la communauté sont le ciment de la vie sociale.

système social :

L'unité pertinente est la communauté villageoise, dont les tendances endogames sont souvent contrebalancées par une exogamie extra-villageoise. Les leaders, au pouvoir faible, sont constamment contestés.

L'espace :

conception: La forêt est l'espace originel de référence peuplée d'entités dangereuses pour l'homme, en particulier les maîtres des animaux qu'il ne doit pas offenser par une chasse excessive. Des pratiques et des attitudes de tempérance et de modestie sont de mise.

statut officiel des terres : 543 000 ha identifiés au Brésil et 268 750 ha en cours d'attribution en Guyane française.
surface du pays indigène : Les terres réclamées correspondent à 65% des aires de parcours (en raison des frontières entre la Guyane et le Brésil). Quelques invasions au nord et au sud par des orpailleurs.

agriculture : Une famille brûle annuellement une parcelle de 0,5 ha, mixte en forêt primaire et forêt de moyenne régénération (5 à 10 ans). Une agriculture sophistiquée y est pratiquée : plus de 35 espèces différentes, dont le manioc, avec 33 clones différents et un rendement excellent de 18,4 t/ha, ainsi que bananes, ignames, maïs, plusieurs marantacées. Les travaux d'entraide sont socialement très importants.

possession de la terre : Aucun autre droit que celui d'usufruit n'est reconnu aux familles exploitantes qui se regroupent néanmoins entre alliés pour leurs rotations.

chasse : Le fusil a détrôné l'arc et la flèche à la génération présente. En réponse à la sédentarisation forcée, les stratégies se sont adaptées : augmentation du temps de sortie journalier (70% du travail masculin est occupé par les activités en forêt), expéditions lointaines masculines ou familiales, les rendements de viande de chasse ne diminuant pas. Pour toutes les communautés des hautes rivières, la chasse représente 72% du tonnage des captures animales dont 27,5% proviennent de la forêt secondaire.

pêche : On utilise le fil et les hameçons toute l'année, l'arc et la flèche et les ichtyotoxiques en basses eaux; les éperviers ont fait leur apparition, les filets droits sont peu prisés. Toujours pour les communautés des hautes rivières, la pêche représente 28% du tonnage des captures animales.
cueillette : Les hommes se chargent des produits artisanaux, du miel, et des fruits comestibles (23 espèces importantes). Les femmes collectent les crabes, les oeufs de reptiles, les larves de coléoptères, la terre à poterie. La collecte des fruits de certains palmiers (en particulier Euterpe oleracea), qui, en saison, mobilise les hommes et les adolescents presque chaque jour, occupe, par son imposant tonnage, une place à part dans l'esprit des Wayampi.

alimentation : Pour presque toutes les communautés, la dépendance de la nourriture extérieure est encore négligeable, voire nulle. Selon que les communautés sont plus forestières ou davantage liées au fleuve, la part du gibier augmente au profit du poisson ou diminue. 37% de l'alimentation proviennent de la chasse ou de la pêche; 6% de la collecte végétale ou animale; 57% des produits agricoles. La pratique du don et du contre-don dans une communauté amène la circulation généralisée des produits frais ou cuisinés.

Yanomami

localisation :

Brésil : Territoire de Roraima et État d'Amazonas

Venezuela : Territoire de l'Amazonas

milieu :

forêt tropicale ombrophile de terre ferme, avec des poches de savane sèche; forêt tropicale d'altitude

démographie :

19 700 personnes environ (non comptés les Sanema, sous-groupe septentrional distinct). Population en courbe globale ascendante avec cependant un déclin très récent dans les zones de contact.

densité : 0,27 h/km2

famille linguistique :

famille isolée, (+/- 95 % de monolingues)

caractéristiques culturelles : Les Yanomami forment une grande nébuleuse marquée par des sous-groupes différenciés. Les relations entre communautés peuvent être hostiles. Les chamanes et la prise d'hallucinogènes jouent un rôle important. Les cendres des morts sont consommées par la communauté, les vivants devenant les dépositaires des morts.

système social :

Plusieurs familles nucléaires ou étendues, liées par l'alliance et la consanguinité vivent dans de grands abris circulaires (chapuno) d'environ 65 personnes dont l'emplacement change tous les 6 ans selon la situation socio-politique.

Société acéphale, avec cependant des factions animées (mais non commandées) par des leaders.

Les décisions sont prise par consensus.

L'espace :

statut officiel des terres : La propriété collective des terres occupées est reconnue par l'État, dans des zones protégées : 3 420 000 ha de parc naturel au Venezuela et 9 419 108 ha de terres indigènes au Brésil leur sont réservés officiellement.

surface du pays indigène : Les Yanomami évoluent sur une superficie de 26 419 108 ha. Envahissement violent par les orpailleurs au Brésil.

agriculture : Une parcelle 0,9 ha de forêt primaire est abattue et brûlée pour servir durant 6 ans. Ensuite, une jachère d'une quinzaine d'années peut suppléer à l'abandon de la parcelle. Le retour périodique sur les mêmes terres, de l'ordre de 45 à 50 ans, existe.

Une trentaine d'espèces sont cultivées, avec une forte prépondérance pour la banane plantain chez les groupes du nord alors que le manioc domine chez les groupes du sud.

Les cultures de rente sont inconnues.

possession de la terre : Les Yanomami ne s'approprient aucun autre droit que celui d'usufruit.

chasse : La chasse du gros et du petit gibier est une activité essentielle. Elle se pratique à l'arc et à la flèche, avec une nette augmentation du fusil dans les zones de contact. Utilisation de poisons de chasse.

pêche : Également une activité importante. Sont utilisés les flèches, le fil et les hameçons ainsi que des ichtyotoxiques.
cueillette : Tout au long de l'année, les hommes, les femmes et les enfants se déplacent en groupe, établissant des camps en forêt pour la récolte des produits sauvages et visitant périodiquement les anciennes plantations de palmier (Guilielma speciosa).

alimentation : Dans les conditions habituelles, elle dépend entièrement de l'auto-production. La part de l'agriculture représente 80 % et la part forestière les 20 % restants.

Pour les groupes dont les conditions socio-politiques se sont détériorées, ou pour ceux vivant à proximité des missions, les changements sont difficiles à évaluer.


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