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B - SITUATION ACTUELLE ET PROBLèMES DES ORANG ASLI


1) LA DéFORESTATION

La déforestation est la première cause qui affecte
leur mode de vie traditionnel.

Motifs principaux : l'exploitation forestière, les fronts pionniers, les barrages, les mines et la création de zones militaires.


* L'exploitation forestière en elle-même n'est pas tant cause de déforestation que la mise en place ultérieure au même endroit de cultures industrielles (palmier à huile, caoutchouc...).

Les forêts d'État sont exploitées par des licences malgré les clauses de maintien de la forêt dans la région. Seules en principe les terres de réserves forestières ne peuvent être exploitées commercialement, mais leurs statuts sont très variables et toujours défavorables aux Orang Asli. Les exploitations se font avec de larges routes qui permettent la pénétration des territoires.


* Les barrages hydroélectriques sont la 2ème raison importante de déforestation : 6 des plus importants de la péninsule sont dans la Chaîne Centrale du Perak; celui de Temengor a submergé 140 km2 de forêt primaire. Certains projets ont été repoussés.

Chez les Semaq beri, l'exploitation forestière exerce depuis 1985 de fortes pressions sur l'environnement par une exploitation extensive dans l'état de Trengannu. Dans le nord est du Pahang, l'impact est peu important. Il y a des projets de barrages depuis 1981, et une zone militaire est crée depuis 1957. Mais il n'y a pas d'agriculteurs immigrants ni d'exploitation minière. Les Semaq beri n'exercent pas de pressions internes sur l'environnement par surexploitation agricole et excès de chasse.

Les Batek, Batek de subissent depuis 1940 des pressions pour l'exploitation des mines; depuis 1972, pour l'exploitation de la forêt (la FELDA a projeté d'exploiter en caoutchouc plus de 36.000 acres de forêt dans leur territoire entre 1976 et 1980, Endicott 1979 a); depuis 1980 pour des projets de barrage; depuis 1985 pour la création de zones militaires.

2) POLITIQUE DE DéVELOPPEMENT : LES <<FRONTS PIONNIERS>>

Il reste encore inégal entre les plaines côtières et les basses terres d'une part et le centre montagneux d'autre part. Mais un développement intense est programmé pour les régions de basses et moyennes montagnes du centre.

La Fédération malaise pratique activement depuis 1957 (indépendance) une politique agricole de développement qui, après s'être confinée aux basses terres rizicoles, tente la conquête et le contrôle de l'intérieur par le biais de la colonisation. Les colons sont les Malais musulmans.

Trois agences de tailles inégales se partagent la mise en place de la colonisation de l'intérieur, FELDA, FELCRA et RISDA, qui ont joué un rôle central dans la politique de développement et de consolidation des frontières agricoles en Malaysia, essentiellement par la culture de l'Hévéa et du Palmier à huile (Elæis guineensis).

1) La FELDA, agence fédérale créée en 1956 (sous les Anglais), encourage le développement de la terre par le travail collectif, une aide financière, l'établissement d'industries coopératives et la création de conseils locaux. C'est le principal organisateur et gestionnaire des programmes de développement des fronts pionniers de colonisation.

Depuis 1986 ce puissant appareil dispose de plus de 700.000 ha (956 km2 /an entre 1985-90 contre 2500 km2 /an à la fin des années 70) défrichés et mis ou prêts à être mis en valeur par 90.000 familles de colons (que l'on peut évaluer à une population de x 5 = 450.000, soit 0,33% de la population totale).

Chaque famille contrôlée par cette agence dispose d'env. 4 ha pour la culture de l'Hévéa et du Palmier à huile, plus un jardin vivrier contigu à la maison.

2) Les colons encadrés par la FELCRA disposent d'environ 2 ha pour la culture de l'Hévéa. Cette agence contrôle environ 160.000 ha.

3) L'agence RISDA (créée au début des années 1970) incite plutôt les petits planteurs à améliorer l'état de leurs petites plantations d'hévéas.

Les états les plus drastiquement concernés par le <<développement des fronts pionniers>> sont ceux de Pahang, Negeri Sembilan, Johore, le sud du Perak et le sud de Kelantan. Dans ces états vivent précisément chasseurs-cueilleurs et essarteurs dont la situation est par moments très critique.

L'augmentation de 70% en 20 ans de la surface des cultures [de KONINCK 1986] montre l'ampleur des cultures de rente à coté de celle du riz, et la pression sur ces populations :

Cultures

1965 (en ha)
1985
hévéa
1.892.000
2.012.000
palmier à huile
102.000
1.400.000
riz
500.000
775.000
cocotier
266.000
200.000
cacaotier
68 ha
237.000
Total
2.760.000
4.624.000

Les fronts pionniers de la Péninsule Malaise. Périmètre et installations de l'agence Felda en 1981 (de Koninck, 1986).

3) LA SéDENTARISATION

La sédentarisation prend 2 formes : settlements (déplacements) et regroupment (regroupement dans la zone d'origine)

La sédentarisation commence lors de l'<<Emergency>> (période de guérilla communiste) dans les années 60 et provoque des regroupements d'Orang Asli (Semaq Beri, Temaq, Negritos -Bateq, Jahai, Lanoh- et Chewong) soupçonnés de sympathie et la création de grands villages avec des terres pour les maisons, les jardins de subsistance et l'agriculture de rente (caoutchouc). Mais ce qui était prévu, 10 acres pour les arbres à caoutchouc et 2 acres pour la maison et le jardin, est souvent beaucoup plus réduit et les terres deviennent vite stériles. De plus le droit d'utiliser les terres communales alentour pour la cueillette, la chasse, le pacage, est rendu sans effet par l'état de dégradation où elles se trouvent très rapidement (Endicott 1987). Autre problème : le temps de croissance des arbres à caoutchouc ajourne les rentrées monétaires et le gouvernement n'a pu faire face financièrement au règlement de ce problème.

Les settlements sont de plusieurs sortes; certains sont grands et près des villes, d'autres sont petits et à l'orée des forêts pour que les gens puissent encore utiliser les ressources de la forêt.

Ces déplacements entraînent la perte du mode de vie traditionnel et le manque de droits sur la terre. Cela signifie aussi que Malais et Chinois viennent pêcher, chasser, utilisant souvent des méthodes non disponibles aux Orang Asli (filets spéciaux, poison, fusil). Ils profitent de leur gentillesse, les utilisent comme guides et ramassent même les fruits sur les arbres plantés par les Orang Asli qui n'en ont même pas la propriété. Plusieurs de ces regroupement se sont faits près de villes, ainsi Gombak près de Kuala Lumpur.

La sédentarisation entraîne l'appauvrissement. Exemple des Semelai (Jah het, J. hut) (Hoe 1964, in Dunn 1975).

Ils vivent à Fort Iskandar dans le sud Pahang, près du lac Tasek Bera, près d'une forêt secondaire et un peu de forêt primaire. Sédentarisés, ils vivent d'agriculture et de pêche; 2 personnes de la communauté sont cueilleurs à plein temps. La plupart des cueillettes sont du type expédition; un groupe d'hommes quittent la communauté pendant 1 ou 2 mois de morte saison agricole.

Dégradations des alentours du lac, terrains broussailleux, couverts d'herbe lalang, de parcelles brûlées et une pauvre forêt secondaire. Pour trouver les produits traditionnels de la grande forêt, il leur fallait aller loin (5 espèces de rotins, 3 de damars) et le produit des ventes ne leur fournit pas beaucoup d'argent

Malheureusement on note peu d'informations sur l'état de santé de cette population.

25 regroupements ont été prévus sur 10 à 15 ans à partir de 1979.

Le plan 1986-90 prévoit le regroupement de 23.000 Orang Asli de la Chaîne Centrale montagneuse en 5 types d'agglomérations agricoles.

Comparaison de la base de subsistance et de la densité de population avant et après le regroupement de 2 groupes Semai de l'état de Pahang (Colin Nicholas, 1990) :


Kampung Kuala Tal

K. Sungei Buntu
taille du territoire nenggerik
7.000 ha
25.000 ha
surface allouée après le regroupement
95,1 ha soit 1,4 %
109,6 ha soit 1,4 %
population
103
139
maisonnées
16,5
19
surface/pers. avant le regroupement
68 ha
180 ha
surface/pers. après le regroupement
0,9 ha
0,8 ha
Les surfaces allouées ne correspondent même pas au minimum vital

Un rapport de la Faculté de Médecine a constaté lors d'une récente inspection (1990) de 24 villages d'Orang Asli sédentarisés une forte baisse du statut nutritionnel, sans qu'on y apporte aucune amélioration. Endicott note que 20% des bébés meurt avant 3 ans chez les Batek sédentarisés. Idem chez les Chewong.

Les conséquences du resettlement seraient catastrophiques : Jimin (1983) estime que 7.000 Orang Asli sur 25.000 ont succombé à la chaleur (des basses terres opposée à la fraîcheur de la forêt d'altitude), aux maladies et aux dépressions mentales.

L'aide sanitaire est une des initiatives de base, mais elle est limitée à quelques centres de soins et un hôpital aux environs de Kuala Lumpur.

Les écoles : l'enseignement est en malais, langue nationale. Les enseignants malais n'ont aucune connaissance des traditions des Orang Asli ni de leur langue. Chez les Batek, entre 0 et 40% des enfants y vont. Les Semaq beri n'ont pas d'écoles.

4) LES ASSOCIATIONS DE DéFENSE

Les Associations de défense (Howell 1992) La vie sociale des Orang Asli est dirigée par un concept de la nature humaine qui résulte d'une interaction pacifique et d'institutions sociales égalitaires. Ils sont timides et inhabiles à se défendre quand on vient sur leurs terres. Leur tactique est la fuite. Tout ceci au détriment de la lutte pour leur survie.

POASAM, association crée en 1977 (aujourd'hui 10.000 membres), est un groupe de pression très actif diffusant l'information sur la situation générale des Orang Asli, et les exactions dont ils sont l'objet. Leur but est de contrer la rapide perte des terres par l'enregistrement (to gazette) des terres des Orang Asli. Ils agissent dans la presse nationale et sont alliés à l'influente Association de Consommateurs de Penang dont le journal bihebdomadaire a publié à plusieurs reprises des articles sur la situation critique des Orang Asli.

Le POASAM est aussi un centre de documentation et de recherche sur les Orang Asli. Depuis 1991 il publie en malais et anglais la revue trimestrielle Orang Asli News. Bien que modeste, elle maintient l'information sur les injustices de la part d'individus, de compagnies, du JOA ou autres agences gouvernementales.

Quelques résultats encourageants: 1er cas qui pourra faire précédent : récemment la Haute Cour a jugé en faveur d'un groupe d'Orang Asli contre l'état de Perak sur le fait que celui-ci avait violé the Aborigenal people Act de 1954 (révisé en 1974) en donnant un permis d'exploitation forestière dans une aire de réserve aborigène bien que celle-ci n'ait pas été enregistrée.

Persatuan Orang Asli est une autre association des Orang Asli.

En conclusion :

* La position actuelle des Orang Asli sous la loi malaise n'est pas satisfaisante sur de nombreux points :

1 - d'abord leur statut comme <<bumiputera>> a besoin d'être sûr. Car cela entraîne la diminution de la responsabilité du JOA pour la santé, l'éducation, et le développement par transfert aux départements appropriés du gouvernement.

2 - la conversion ou non à l'Islam ne doit pas intervenir pour influencer le statut d'Orang Asli comme bumiputera. En l'état actuel des choses, la conversion soulève ou peut soulever des problèmes légaux qui n'ont pas de solution évidente.

3 - The Aborigenal People Act est obsolète étant fait pour un situation statique qui n'est plus approprié à la Malaisie moderne.

4 - La clé de l'intégration et du développement tient dans la sécurité de la propriété de la terre. Cela peut être obtenu par :

a - l'inclusion dans les programmes des agences FELDA et FELCRA de modes d'appropriation des terres possédant les mêmes restrictions que celles du système de réserves malais.

b - pour les habitants de la jungle, la publication officielle des réserves (similaire encore au système des réserve malais) avec la sécurité d'occupation garantie. La licence temporaire actuelle est insuffisante.

5) COMMERCE ET INSERTION DANS L'éCONOMIE RéGIONALE ET NATIONALE. RAMASSAGE DE PRODUITS DE VENTE; TOUS VENDENT DU ROTIN.

Tous les groupes, à des degrés divers, même les agriculteurs sur brûlis, sont fortement orientés vers les ressources de la forêt tropicale, tant pour leurs propres usages alimentaire (ignames sauvages, durian, miel, chasse, pêche...), médicinal que pour le commerce, toutes pratiques millénaires.

De nombreux groupes d'Orang Asli sont impliqués dans le commerce des produits de la forêt avec les Malais de la côte et les Chinois. Cette relation symbiotique est ancienne. Mais les termes en sont aujourd'hui différents. Alors qu'ils vendaient jusqu'à il y a peu les produits de la forêts pour acquérir principalement des objets en fer, aujourd'hui c'est dans l'autre sens que se passent les transactions. En effet, des produits de la forêt, seuls quelques uns continuent à se vendre et le caoutchouc, bien que marchandise sûre, connaît des cours fluctuants; par contre les marchandises achetées et offertes à l'achat sont beaucoup plus nombreuses (cas des Semai, Gomes, 1990).

Produits de la forêt ramassés : produits sauvages alimentaires (miel, fruits petai (Parkia speciosa), des animaux sauvages vendus sous forme de viande crue (Semaq beri, Batek), produits non alimentaires, rotins de diverses espèces (Calamus sp.), résines, des plantes médicinales qu'ils vendent aux Malais et marchands chinois, des charmes magiques, un peu de cire, oiseaux.

L'argent qu'ils reçoivent leur sert à acheter du riz, des poissons en conserve, des vêtements, allumettes, kérosène. La coupe des rotins est équivalente à certains égards à la nourriture dans l'économie batek puisque ce produit est échangé contre du riz et de la farine. (K. & K. Endicott 1987:150-1).

Chez les Semaq Beri, le rotin, exclusivement ramassé par les hommes, a rapporté 93% de l'argent total pour tout le groupe pendant 1 an ( 8-78/7-79), il a servi aussi à l'achat de couteaux, bateaux, moteurs, fusils, aiguilles à coudre, filets. Avec l'argent des ventes, ou avancé par les commerçants, ils acquièrent riz, farine de blé, sucre et huile. Une autre source d'argent est le travail sporadique et local : ramassage, aide aux agriculteurs, et travail pour le JOA dans les exploitations forestières.

La niche écologique que les Orang Asli remplissent aujourd'hui est donc celle de fournisseurs de produits de la grande forêt à des groupes sédentaires. Leur seule chance de survie est fortement dépendante de l'obtention de produits extérieurs à la forêt. (in Rambo, 1979 a : 49)

Chez les Chewong, en 1981, a commencé la récolte du gros rotin, dit Malacca cane (Calamus scipionum Lour.) dont les Chinois font du mobilier expédié dans le monde entier. Il se trouve principalement dans l'état de Perak. Les hommes s'impliquèrent totalement dans sa récolte abandonnant la chasse, la cueillette et toutes les tâches quotidiennes. Mais cela ne dura que 8 mois. Au rotin, dont l'exploitation est difficile succéda celle du bois d'aloès (Aquillaria agallocha), beaucoup plus aisée où participent hommes et femmes.

6) ETHNOéCOLOGIE : L'IMPACT DES ORANG ASLI SUR LEUR ENVIRONNEMENT

Les études ont montré que les Orang Asli ont une connaissance très détaillée des phénomènes de l'environnement, temps, zoologie, mammifères, insectes, mollusques et plantes cultivées et sauvages utiles. (Rambo, 1979 a : 53)

Plusieurs auteurs suggèrent que la vie de nombreux animaux et de plantes dépendent des activités des Aborigènes. En effet les bovins sauvages (gaur et seladang) semblent être dépendants des pâtures qu'offrent les parcelles de régénération forestière après leur abandon par les Orang Asli (Wharton, 1968). Dentan (1968 e) a la même position : les activités des Orang Asli sont donc des conditions essentielles à la survie de nombreuses plantes sauvages et d'espèces animales.

Mais par ailleurs les parcelles brûlées de forêt créent des conditions idéales pour l'Anopheles maculatus, le principal vecteur de la malaria des forêts malaises (Polunin, 1962: 388, in Rambo, 1979 a : 54-5).

Il semble qu'il faille au moins 50 ans pour que la forêt se régénère totalement, mais il apparaît que la culture sur brûlis des Orang Asli, à l'inverse des pratiques des Malais et des Chinois, n'aboutit pas à l'envahissement des parcelles par l'herbe lalang, Imperata cilindrica.

Jusqu'à quel point les Orang Asli ont-ils conscience de leur impact sur l'écosystème et prennent des mesures pour conserver leur ressources naturelles? Les Temuan ont soin de ne récolter que les rotins adultes et laissent toujours les petits plants pour une cueillette suivante (Dunn, 1975: 80). Les Batek ont un comportement semblable envers les ignames sauvages (Endicott, 1974: 104); Baharon (1973 : 233) note que le soin apporté par les Temuan dans la cueillette des durians est un facteur de perpétuation de l'espèce sans compter le rôle important de l'homme - et des oiseaux - dans la dispersion des graines dans la forêt (in Rambo, 1979 a : 55).

Parfois, il n'y a pas de signe de dégradation de la forêt (Semaq Beri), pas de surexploitation agricole, pas de diminution du gibier, mais une diminution des produits sauvages de commerce : rotins, résines (Batek). Mais la cueillette sur une grande échelle, la conversion au palmier à huile, et les plantations sur des surfaces en dehors du parc National, sont des changements qui, dans les dernières années, ont affecté l'accès aux ressources naturelles.

On peut ajouter que les croyances religieuses et les rituels contribuent à l'adaptation des populations à l'environnement. Ainsi l'arrêt rituel des travaux agricoles pendant certaines phases de la lune provoque une diversion dans l'effort pour la chasse et la pêche, ce qui assure un équilibre adéquat entre les hydrates de carbure et les protéines de la diète alimentaire (in Rambo, 1979 a : 53).


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