Les Jahai (Shuttleworth, V.D.Sluys), appelés par les Malais Orang Semang ou O. Pangan, se nomment Jah Jehai <<les Jehai>>. Dans les forêts du haut Perak, Kelantan et NW Pahang.
Les Semaq beri (Kuchikura, Morris, Jensen) vivent sur la côte et l'intérieur des états de Pahan (Tembeling, Kuantan, Kemaman, Dungun, la rivière Pahang) et de Trengannu. Ils appartiennent au groupe Senoi. Ils se nomment Semaq <<peuple>> et sont appelés par leurs voisins Semaq beri; dans la littérature, ce sont aussi les <<Jakun de la rivière Tekai>>, et par erreur <<Semalai>>. Ils sont bilingues parlant presque tous le malais, langue commerciale et véhiculaire (5% de monolingues). 3% des hommes (1% des femmes) parlent le Batek, inversement quelques Batek parlent le Semaq.
les Batek, Batek de' (K. & K. Endicott) sont appelés par leurs voisins <<Sakai>>, <<Pangan>>, <<Orang Asli>>; dans la littérature <<eastern Semang>>, <<Batek>>, <<Bateq>>, <<Pangan>>. Ils vivent dans les états de Kélantan (rivière Lebir), et de Pahang (rivières Tahan, Keniyam et Sat). (cf carte p. 198). Ils sont bilingues parlant presque tous le malais.
Les Chewong (S. Howell) sont divisés en 2 groupes, l'un déjà proche de la société malaise, l'autre encore enfoncé dans la forêt et vivant de chasse, pêche et cueillette. C'est de ceux là qu'il est question. Ils vivent dans la Réserve de Krau Game dans le centre nord Pahang.
Les Temiar (Sakai) (Benjamin 1966, Endicott 1979a, Cole 1959a). Ils vivent dans le NE Perak, SW Kelantan
La sédentarisation entraîne l'appauvrissement, cas des Semelai notés plus haut.
Variation culturelle de l'acculturation
Elle est à souligner pour tous les groupes. Ainsi les Semaq Beri vont des chasseurs-cueilleurs aux agriculteurs sur brûlis. Ceux du nord-est Pahang et du Trengannu sont chasseurs-cueilleurs et totalement dépendants de la forêt, mais ils utilisent le village gouvernemental <<settlement>> comme camp de base.
A l'opposé, les Semaq Beri du sud (Trengannu) vivent dans des agglomérations gouvernementales. Ces communautés accessibles par route sont sujettes à l'intervention croissante du gouvernement en matière de développement et de projets agricoles (palmier à huile, caoutchouc). En bref ce sont les communautés les plus menacées et en voie d'être transformées en communautés de Malais pauvres. Jensen les qualifie de semi-nomades et bien que moins dépendants de la forêt que les Semaq Beri du nord, ils chassent, pêchent régulièrement et ramassent pour la vente les produits de la forêt (rotin, bois parfumés etc.). Il est donc juste de dire que les Semaq Beri du sud comptent sur les ressources de la forêt (production de subsistance et de marchandise) pour couvrir les frais de subsistance.
Certains vivent dans des réserves (les Chewong) .
L'habitat varie de l'abri à la longue maison.
Nom d'ethnie
|
Campement
|
Village
|
Distance
entre communautés
|
Territoire
|
Rotation
|
| Jahai
|
4
à 5 abris (35 pers.)
|
env.
70 pers.
|
|||
| Batek
|
35
(6 à 8 familles)
|
env.
20 km
|
1500
miles2
|
||
| Semaq
Beri
|
60
(16 familles)
|
100
(6 à 9 familles)
|
env.
50 km
|
||
| Temiar
|
35
(1 parentèle)
|
25
à 60 pers.
|
1
à 3 ans
| ||
| Chewong
|
12
à 20 (2 familles)
|
190
miles2
|
2
à 3 ans
|
Il est non permanent ou semi-permanent, souvent à proximité de l'eau (Batek), les camps se déplacent dans les limites du territoire (Semaq Beri) et les rotations sont liées aux abattis (Temiar, Chewong). Les Batek ont une installation permanente, le Poste Lebir, gouvernemental. La totalité du groupe ethnique se rencontre librement formant des camps transitoires.
Les Jahai préfèrent les abris couverts de feuilles où ils entretiennent un feu permanent contre les moustiques, feu qu'ils emportent dans leurs déplacements. Les Temiar vivaient traditionnellement dans les longues maisons sur pilotis (Endicott, Slave raiding).On accède au camp ou village par des sentiers ou la rivière, il n'y a pas de routes.
Le village Semaq Beri de Kampong Orang Asli en 1978 : 60 pers. en 16 familles; 3 naissances et 3 morts en I an. Sur les 29 adultes, 7 sont des Bateq (negrito) mariés avec les SB (Kuchikura, 1988). Le campement Batek comprend en moyenne 35 pers. : 5 à 8 familles nucléaires : 11 hommes, 20 femmes et 15 enfants)(Karen Endicott 1986).
Les déplacements en forêt
Ils ont lieu toute l'année sauf pendant la saison des pluies (Nov et Déc.) pour la chasse et la cueillette (de 2 à 36 jours); ils sont parfois liés à des périodes rituelles. De 2 à 15 familles peuvent y participer. En 1 an (1977-78) on a noté 21 déplacements (Batek). Les aires de déplacement vont jusqu'à 600m, en majeure partie en forêt primaire. On vit alors dans des campements temporaires (Batek, Semaq Beri, Jahai).
Structure sociale et politique.
L'unité résidentielle est la ou les familles nucléaires associées au foyer, elle comprend de 2 à 6 pers. (Chewong). La structure de la communauté est la filiation du groupe (Semaq Beri, Batek). La famille conjugale est économiquement autosuffisante et politiquement indépendante (Batek, Chewong). Les Jahai se voient comme formant une grande famille.
La structure du pouvoir est égalitaire. Les décisions sont prises par consensus, avec une grande autonomie d'action individuelle. Il n'y a pas de chef élu, mais le gouvernement appointe un responsable, sans que celui-ci ait une autorité réelle. Son rôle concerne les affaires extérieures. Ses décisions sont respectées mais pas nécessairement suivies. Mais l'apparition de produits de rentes, entraîne une certaine inégalité (Chewong).
Les droits territoriaux traditionnels dans quelques sociétés
Chez les Semaq Beri, les territoires sont distincts au niveau du groupe. Les limites, clairement définies et déterminées par le respect mutuel, permettent l'accès aux ressources disponibles sur demande. Les droits à couper la forêt sont familiaux.
Pour les Temiar, la terre ne peut pas être possédée, seuls le sont les produits de la terre et les constructions. Ainsi les droits de quelqu'un sur une terre cessent avec son exploitation. La seule propriété durable est celle des fruitiers et ipoh. Théoriquement une personne a des droits sur plus d'un village si ses parents et grands-parents viennent de villages différents. En pratique on choisit le village où l'on vit et les droits sur les autres ne sont plus considérés. Ils pratiquent au niveau du village ou du groupe le partage des travaux de défrichage et celui des produits obtenus (Endicott 1979a)
Pour les Batek, la terre a été créée pour être utilisée par tous, Batek et non Batek. Ils reconnaissent cependant le pesaka, lieu où un individu a grandi, a passé son enfance et avec lequel on a de forts liens sentimentaux, même si on habite loin de là; mais on n'en a pas un sentiment de propriété (K. & K. Endicott 1988:113-4).
Les droits à cultiver une terre sont familiaux, ils ne durent que le temps de la culture. Le territoire, vaste et traditionnellement ouvert à tous, a aujourd'hui perdu beaucoup de terres pour la plantation de palmiers à huiles.
Semang de l'ouest : à l'opposé, chaque tribu possède une portion de forêt à l'intérieur de laquelle chaque famille possède son terrain; seuls les liens acquis par le sang ou le mariage donnent des droits sur ces terres. L'on a soin de ne pas empiéter sur le territoire des voisins. Cette attitude semble résulter de ce que les Semang de l'ouest ont été pris entre les Temiar et l'avancée constante des Malais (id.).
Les Mendriq, agriculteurs sur brûlis, de la rivière Nenggeri ont aussi l'idée de limite des territoires, saka', et d'une propriété exclusive sur eux. Ils vivent sur le saka' du chef de groupe, considéré comme le propriétaire de la terre, et qui la partage entre les membres pour les plantations. Ils considèrent le saka' du chef comme leur appartenant, même s'ils ne l'utilisent pas (quand il est en friche) et parfois le JOA a du les aider pour obtenir une reconnaissance légale de leurs droits. Tout comme les Semang de l'ouest, les Mendriq vivent dans un territoire très peuplé et doivent rivaliser pour la terre avec les fermiers Malais et Temiar (id.).
L'agriculture sur brûlis est encore un peu pratiquée.
La plupart cultivent sporadiquement les parcelles prises sur la forêt ou les terres en friches, ignorant l'agriculture permanente (Batek, Semaq beri);
Certains défrichent annuellement environ 100 m2 (Jahai). Il y eut des essais gouvernementaux d'horticulture (2,52 ha alloués comme jardin), mais sans succès car ces populations sont en fait totalement inadaptées à l'agriculture (du riz principalement) et n'ont pas l'intention d'en dépendre pour leur approvisionnement pendant l'année. Elles sont également peu disposées à devenir des agriculteurs à plein temps (Semaq beri, Kuchikura).
Les cultures de base sont le riz de montagne, le maïs, les tubercules (manioc, patate douce, taro, igname), les bananes douces et plantains, les courges et des légumes. Les Batek cultivent environ 15 espèces, les Semaq beri 6 à 8 espèces. Un peu de tabac (Chewong)
Mais certains ont une agriculture sophistiquée et rentable; cultures principales : riz, manioc; cultures secondaires : maïs, canne à sucre, banane, piments et autres légumes (Temiar, Cole 1959).
Pour le riz on utilise les terres prises sur la forêt primaire ou une forêt secondaire bien repoussée. Du manioc est planté tout autour du champ pour détourner les bêtes nuisibles du riz si valorisé. Du côté proche du campement on plante maïs et légumes, au centre sont plantés plusieurs variétés de riz et on fait au moins 2 récoltes. Une seule plantation de manioc donnera pendant 30 mois, après quoi le champ est mis en friche. On conserve des petits jardins de manioc en forêt pour l'approvisionnement des chasseurs-cueilleurs.
L'utilisation de la friche varie de 1 à 3 ans (Chewong, Temiar). Le cycle de rotation de défrichement est de plus de 40 ans chez les Jahai (un homme ne réutilise jamais la même friche). Ceux qui possèdent des jardins gouvernementaux réutilisent les mêmes parcelles (Semaq beri).
Le Bétail est récent, quelques poules, certains n'en ont pas (Batek).
Il n'y a pas de signes de dégradation de la forêt si ce n'est autour des installation du gouvernement avec apparition d'Imperata cylindrica. La population déplore la perte de toutes les bonnes terres utilisées pour les plantations de palmier à huile ( Batek, Jahai). .
Chasse, pêche et cueillette fournissent la plupart des protéines
On chasse toute l'année le petit gibier :
écureuils, oiseaux, rongeurs, chauve-souris, lézards, chats sauvages, civette (3 espèces chez les Batek), singes de diverses espèces, gibbons (Hylobates lar ) et siamangs (H. syndactylus), mais ils préfèrent les singes végétariens (4 espèces Presbytis obscura, P. memalophos, macaques, Macacus fascicularis et M. nemestrinus), lémuriens. On trouve partout ces espèces mais elles varient en densité, de 4,5 animaux/ km carré pour les siamangs à 74 animaux /km carrés pour les végétariens vivant en bande. Les animaux vivants au sol sont capturés à la main ou machette, tortue birmane brune (Testudo emys) et plusieurs espèces de terre et de rivière, porc-épic, varan, python réticulé, pangolin (Manis javanica), rat de bambou (Rhyzomys sumatrensis) (Jahai, Temiar, Batek, Semaq beri). Semaq Beri, Chewong, et Jahai chassent peu le gros gibier, divers cerfs (Cervus unicolor), ours, boeuf sauvage, cochon sauvage et tapir. Chez les Chewong, les hommes chassent les cochons, cerfs, ours, les femmes les tortues, varans et porcs-épics. Elles aident à la confection et l'inspection des pièges à cochons dans les champs.
La Pêche est très pratiquée par tous dans les rivières et les ruisseaux, à l'hameçon, au filet, au poison; la pêche à la main est la plus productive.
Elle fournit une grande variété de poissons, tortues (Trionyx cartilagineus, Cyclemis dentata) et grenouilles (Rana macrodon) (Semaq beri).
Les techniques sont les pièges, la sarbacane à flèches empoisonnées, le harpon, le fusil. Les outils sont pour la plupart indigènes (paniers, outils de chasse, sarbacanes) et l'équipement et les matériaux viennent de la forêt; on achète les couteaux;
Les Semaq beri fabriquent une centaine d'outils, les Batek en disposent d'un vingtaine.
Cueillette de très nombreux produits sauvages, tubercules, fruits, champignons, noix, pousses, poisons pour flèches :
Les Jahai récoltent durians , ignames, petai, noix de perah, champignons, et poisons pour flèches (divers Ipoh). Les Batek, plus de 12 espèces d'ignames sauvages dont une seule doit être détoxifiée Dioscorea hispida, à toutes les époques de l'année dont la quantité sur une aire précise est suffisante, selon eux, pour nourrir un campement pendant plusieurs jours puis on change le campement. Les fruits sauvages (nombreuses espèces d'Artocarpus et Durio pinanganus), seconde source importante de nourriture, sont largement disséminés dans la forêt. On les trouve aussi dans les vergers abandonnés : Durio zibethinus, ramboutan (Nephelium lappaceum ) et langsat Lansium domesticus). On ramasse les larves d'abeilles et le miel d'Apis dorsata, en les enfumant.
Mais l'importance de végétaux sauvages a diminué de 1975 à 1990. Les Semaq beri ramassaient 23 espèces de tubercules (ignames, taros), le coeur de plusieurs espèces de palmiers, champignons, feuilles, noix, des centaines de fruits. Mais ces produits, très importants avant la sédentarisation, ont vite perdu leur rôle dans l'alimentation avec l'accroissement de l'économie de marché.
La dépendance alimentaire en produits sauvages diminue.
Chez les Batek, en 1975-76, les ignames, les fruits, le gibier et le poisson fournissaient environ 54% des calories. En 1990 les mêmes aliments ne fournissent plus qu'environ 20% des calories
La dépendance alimentaire des produits cultivés par eux-mêmes : en 1975-76, maïs, concombre apportaient environ 1% des calories (de nombreux produits de commerce étaient cultivés par d'autres). En 1990, maïs, riz, manioc apportent environ 10% des calories. Ils produisent eux-mêmes et obtiennent par échange des Malais riz, farine, sucre.
Leur dépendance des aliments du commerce s'accroît; en 1975-76, riz, farine, sucre fournissent environ 45% des calories; en 1990, riz, farine, sucre, huile à cuire fournissent environ 70% des calories.
Karen Endicott (1980) fournit un bilan de l'alimentation incluant les prises de chasse à la sarbacane et sans sarbacane, la chasse au rat de bambou déterré, la pêche, la récolte des tubercules (ignames) à quoi s'ajoute la nourriture (riz, sucre) obtenue par l'échange (rotin).
activités
|
poids
total (kg)
|
poids
total par jour
|
poids
par adulte - g
|
| chasse
|
586
|
6,3
|
315
|
| pêche
|
35
|
0,4
|
20
|
| collecte
des tubercules
|
2065
|
22,2
|
1110
|
| collecte
(autres)
|
229
|
2,5
|
125
|
| miel
|
264
|
2,8
|
140
|
| aliments
village (riz)
|
934
|
10,0
|
500
|
Ce qui donne une quantité de viande par personne dans le camp (enfants et vieillards compris) de 195 gr par jour et 1.098 gr par jour de végétaux, ce qui les place dans une moyenne très honorable compte tenu de leurs activités.
Les Semaq Beri tirent de la forêt des protéines et des sucres qui excèdent largement le minimum requis (Kuchikura) : tout le poisson, toute la viande et 90% des végétaux viennent de la forêt. Mais la dépendance alimentaire sur les produits agricoles reste assez grande : riz acheté au magasin et consommé au moins 5 à 6 fois /semaine, sucre, thé, sel, oignons, épices, sucreries. On paye le plus souvent à crédit et les dettes sont payées aux marchands en produits de la forêt : rotin, résines, parfums, miel. Rations fournies par le JOA : sucre, riz, huile. Chiffres de consommation sur un an (1977-1978) :
La chasse à la sarbacane fournit 41% de la viande animale consommée. La chasse à la main 12,7%, la pêche 33,7%. La tortue brune birmane fournit 76% des prises totales dans un contexte de forêts intérieures.
Le village consomme en moyenne de 8,6 kg de viande par chasse/an (à plusieurs et journées longues). Le camp consomme une moyenne de 7,1 kg de viande par chasse/an (seul et journée courte).
Diète traditionnelle : 90% de l'énergie totale est fournie par les végétaux. 53% des protéines sont d'origine animale. Les animaux chassés à la sarbacane fournissent 4% du montant total d'énergie et 21% de protéines pendant l'année étudiée.
Ce qui ressort des tableaux de sources de nourritures (sauvages, cultivées achetées), c'est que le JOA supplée très exactement pendant les périodes de baisse ou non production et rétablit l'équilibre alimentaire (22,1% en 17 semaines/29).
Les Semaq Beri ont augmenté beaucoup leur nourriture achetée et ont actuellement une diète équilibrée, mais on ne peut toutefois comparer avec la situation antérieure. Cependant il semble que le seul produit défaillant de leur diète traditionnelle (de chasseur-cueilleur) soit les graisses qui sont fournies aujourd'hui au village par l'huile de cuisson;
Malheureusement 40% de l'argent gagné est utilisé à la nourriture et 60% à des gadgets occidentaux
Chez certains (Temiar), devenus de bons agriculteurs, le manioc constitue les 2/3 de leur nourriture de base.
L'orientation vers une économie de rente signifie pour les hommes une intensification du travail et de l'énergie nécessaire pour aller chercher le rotin de plus en plus loin. Auparavant, quand ils ne dépendaient que de cueillette et chasse pour leur nourriture, ils séjournaient plus longtemps au campement. La dégradation des ressources du rotin intensifie le travail et les dépenses énergétiques (ce rotin de fort diamètre, coupé en forêt primaire, s'épuise en 1 an et il faut 15 ans pour sa repousse); de plus la concurrence entre la longue recherche du rotin et la basse saison agricole fait que la non-chasse à cette époque ne supplée plus à la disette, même si les femmes vont ramasser les ignames sauvages (Semaq Beri).
Auparavant, disent-ils, il n'y avait jamais de période de disette, remarque valable pour toutes les populations de chasseurs-cueilleurs des forêts tropicales.
Ils n'accordent pas de valeur à la viande de bétail (buffle, poulet) (Morris 1990). Ils ne mangent jamais de buffles, poulets ou chèvres mais les échangent contre de la viande de chasse et parfois les vendent (Semaq Beri, Temiar Endicott 1979).
On prépare des boissons alcoolisées à partir du fruit tempoi (Baccaurea malayana) (Semelai, Collins 1949a, Temuan et Temiar, Rambo 1979a : 46).
Les cultures de rente
Elles sont peu développées. Dans les années 70, le JOA a tenté de persuader certains de créer des vergers de fruitiers, mais sans réussir : <<ce n'est pas notre but, on n'est pas intéressé par les récoltes, on aime bouger, chasser et ramasser les fruits sauvages à la saison>> (Chewong). Chez les Batek, jusqu'en 1976, les cultures sur brûlis étaient familiales et dispersées sur le territoire. Maintenant ils travaillent dans les plantations de palmiers à huile.
Contacts
Ces populations, essentiellement non violentes et particulièrement fragiles, craignent les contacts avec l'extérieur, mais elles n'organisent ni défense ni contre-attaque. Les commerçants viennent chez eux, car eux ne vont pas dans les lieux de commerce. Ils sont aussi en contact avec les forestiers, les scieurs, les bûcherons, les agriculteurs immigrants et les officiers du gouvernement avec qui ils ont un minimum de relations (Batek).
Les voisins des Semaq beri et des Batek sont les Malais, producteurs de riz et de caoutchouc, et petits marchands. Ils ont souvent des dettes envers eux d'où des relations tendues. A proximité des communautés on trouve des marchés, des magasins, des centres médicaux gouvernementaux, mais il n'y a ni mission, ni station agricole. Semaq beri et Batek sont en contact (intermariages), aussi avec des chasseurs, des pêcheurs, mais pas avec des braconniers, ni des forestiers ou bûcherons, ni des agriculteurs immigrants, ni des prospecteurs, ni des mineurs.
Ils sont herboristes et guérisseurs réputés auprès des Malais
Ils utilisent de nombreux produits de la forêt dont beaucoup sont remarquables (Semaq beri, Batek et Temuan). On dispose d'inventaires pharmacognosiques, mais ils n'ont pas été analysé chimiquement. Voir cependant Burkill (1935). Il existe une collection de plantes médicinales des Semaq Beri à Ukm Bangi, Sélangor.
La vision du monde :
La forêt profonde est leur habitat, la forêt est fraîche, elle fournit la subsistance et s'oppose aux maladies et à la chaleur des villages près des rivières (Semaq Beri, Morris 1990, Chewong).
Les rituels religieux sont étroitement liés à l'usage de la forêt :
Ils ont lieu particulièrement pendant la saison des fruits, du miel et les orages; il n'y pas de sites rituels dans la forêt, mais il y a traditionnellement des lieux dangereux, et des espèces et époques dangereuses. De grandes cérémonies se déroulent dans des lieux de la forêt à forte signification mythologique. La forêt est peuplée d'êtres non-humains qui sont en relation constante avec les êtres humains. Par les rêves et la transe ces êtres établissent des contacts et guident hommes et femmes. Ces êtres non-humains sont toutes choses de la forêt, des végétaux, des animaux, mais aussi des pierres, des montagnes. Ces associations engendrent de nombreux interdits en relation avec les plantes et les animaux de la forêt. Ils pratiquent la transe chamanique et la thérapie par les végétaux. Il n'y a pas de chef religieux, chacun est apte à la transe et au chant (Jahai, Semaq beri, Batek, Batek de', Chewong).
Situation politique nationale, juridique et problèmes
Chaque village a un représentant appointé par le gouvernement, nommé après consultation sommaire avec le peuple. Ceux-ci sont les gardes-forestiers du parc national et l'aide médicale ambulante (Batek, Semaq Beri).
Du point de vue de l'État, bien que leurs terres soient leur habitat traditionnel, ils n'ont ni titre légal ni contrôle sur elles. Légalement la terre appartient à l'État et les Batek sont tout simplement des <<squatters>>, bien que eux et les autres Orang Asli de Kelantan soient autorisés à occuper ces terres quand elles sont inutilisées. Ils n'ont cependant aucun pouvoir pour empêcher l'État d'utiliser la terre à n'importe quel moment et aucun moyen d'assurer leurs propres intérêts sur elle (Endicott 1982).
La situation juridique des terres varie selon les ethnies :
- Pour les Semaq Beri, leurs terres dépendent de l'état, non du gouvernement fédéral. Elles sont la propriété de l'état, pour partie parc national, pour partie réserves des bois. Ils sont concernés par un plan de développement sans protection avec obligation, sous peine de rétorsion, à la sédentarisation.
- Les Batek dépendent du JOA. Leur territoire appartient à l'État et au gouvernement fédéral. La politique définie consiste en une protection dans la petite réserve autour de Poste Lebir mais elle n'est jamais officiellement garantie. Le gouvernement tente de les sédentariser au Poste Lebir et les transformer en récolteurs de caoutchouc musulmans : le JOA a obtenu temporairement une grande surface mais l'État refuse d'y établir une réserve permanente d'aborigènes. On a construit une école, un poste médical, distribué des graines et des jeunes plants d'Hévéas. Mais les femmes passent au moins la moitié de leur temps à la cueillette de produits forestiers (Endicott 1982).
Attitude face au changement : Ils expriment avec force leur désir de préserver leur culture traditionnelle et leur identité ethnique. Les projets de développement visent à les transformer en petits producteurs (Semaq beri et Batek ).
La destruction de la forêt vient des concessions vendues par l'État pour l'extraction du bois avec des conséquences dramatiques pour certains : à la fin de 1980 le tiers de la surface qu'ils occupent traditionnellement est coupé. Un tiers supplémentaire a été vendu pour le bois à des concessions et l'on peut penser qu'à la fin de la décade, la totalité de la surface en dehors du parc national (autour de Poste Lebir) sera déforestée. Les conséquences sont dramatiques pour eux : destruction de leur source principale de subsistance mais aussi de revenu monétaire, ils devront dépendre de leur propre agriculture à laquelle ils ne sont pas préparés, sans parler d'un démoralisement dû à la disparition de leur monde culturel et religieux (Batek, Endicott 1982).